Nord du Kosovo : l’UE demande des élections anticipées
De nouvelles élections locales anticipées dans le nord du Kosovo sont la prochaine étape pour désamorcer la crise entre Belgrade et Pristina, a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, alors que l’UE se félicite de la libération de trois policiers kosovars kidnappés.
De nouvelles élections locales anticipées dans le nord du Kosovo sont la prochaine étape pour désamorcer la crise entre Belgrade et Pristina, a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell lundi (26 juin), alors que l’UE se félicite de la libération de trois policiers kosovars précédemment kidnappés.
La tension est montée d’un cran dans la région après que les Serbes ethniques, majoritaires dans le nord mais ne représentant qu’une fraction de la population kosovare totale, ont démissionné en masse de toutes les institutions de l’État.
Les élections visant à pourvoir les postes vacants ont été boycottées par les électeurs et les candidats serbes, ce qui s’est traduit par un taux de participation inférieur à 4 % et par l’attribution des postes à des candidats d’origine albanaise. Des protestations et des affrontements ont alors éclaté lorsque les maires nouvellement élus ont tenté de prendre leurs fonctions dans les bâtiments municipaux.
« La prochaine étape consistera à tout mettre en œuvre pour organiser des élections », a déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’Union européenne, à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Luxembourg.
La tenue de nouvelles élections, auxquelles devrait participer la minorité serbe, est l’une des principales exigences de l’UE et des États-Unis et a été acceptée par Pristina.
« Nous sommes d’accord sur le fait que nous ne pouvons pas avoir des maires dans leurs bureaux protégés par les forces de l’OTAN [la KFOR] pour toujours, [tout en] étant élus par 2 ou 3 % de la population — ce n’est pas une solution durable », a ajouté M. Borrell.
Ses commentaires interviennent après la libération des trois officiers de police kosovars, qui étaient détenus en Serbie depuis près de deux semaines. Ces derniers ont été libérés à la suite d’une décision de justice et sont rentrés au Kosovo lundi. Pristina affirme qu’ils ont été enlevés à l’intérieur du Kosovo, tandis que Belgrade, qui ne reconnaît pas l’indépendance de son ancienne province, affirme qu’ils ont été appréhendés en Serbie.
Lors de leur réunion, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont été informés par M. Borrell des derniers développements dans la région.
Alors que la plupart des États membres ont pris la parole, certains ont exprimé leur frustration face à la situation actuelle tandis que tous ont insisté sur le fait qu’une désescalade devrait avoir lieu immédiatement, ont confié deux personnes au fait de la discussion à EURACTIV.
L’UE envisage des mesures
M. Borrell a également réitéré l’avertissement selon lequel l’UE prendrait des mesures « politiques et financières […] pour accroître l’effet de levier » contre l’un ou l’autre gouvernement s’il ne s’engageait pas dans la voie d’une normalisation des relations.
« Les États membres restent prêts à prendre des mesures supplémentaires si aucun progrès n’est constaté et ont souligné à juste titre que de la part des futurs membres de l’UE, nous attendons un comportement européen », a-t-il déclaré aux journalistes.
Interrogé par EURACTIV sur ce que cela signifiera en pratique, M. Borrell a répondu que « les États membres et la Commission [européenne] peuvent envisager de prendre des mesures politiques, de limiter les contacts politiques et de mettre en place des mesures financières afin d’ajuster notre coopération en fonction de leur comportement ».
Toutefois, il a indiqué aux États membres qu’il devait s’agir de mesures « proportionnelles et réversibles ».
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, et le président de la Serbie, Aleksandar Vučić, se sont rendus à Bruxelles pour des discussions non concluantes jeudi dernier (22 juin), rencontrant séparément M. Borrell et le représentant spécial de l’UE, Miroslav Lajčák.
Bien que les discussions de la semaine dernière n’aient pas donné de résultats substantiels, M. Borrell a déclaré que les deux parties s’étaient mises d’accord sur la nécessité de nouvelles élections dans le nord du Kosovo.
M. Borrell a également déclaré que l’UE resterait en contact avec les deux parties dans les jours à venir, tandis que les fonctionnaires européens n’ont pas exclu une future rencontre entre les deux dirigeants dans les semaines à venir.
Les dirigeants de l’Union devraient également discuter des tensions entre la Serbie et le Kosovo lors de leur sommet habituel jeudi.
« Comme prochaine étape, la reprise du dialogue facilité par l’UE […] et une mise en œuvre rapide de l’accord sur la voie de la normalisation et de son annexe de mise en œuvre sont nécessaires », peut-on lire dans une première version du projet de conclusions du sommet, consultée par EURACTIV.
Les dirigeants de l’UE devraient souligner que « l’échec de la désescalade des tensions aura des conséquences négatives ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]