Olli Rehn dévoile sa « vision » de l'Europe

EXCLUSIF / Olli Rehn s'engage dans une lutte acharnée contre Guy Verhofstadt pour la tête de liste des libéraux aux européennes. EURACTIV rapporte les propos tenus par Olli Rehn lors d'un entretien exclusif.

/ EURACTIV.fr
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EXCLUSIF / Olli Rehn s'engage dans une lutte acharnée contre Guy Verhofstadt pour la tête de liste des libéraux aux européennes. EURACTIV rapporte les propos tenus par Olli Rehn lors d'un entretien exclusif.

En marge du sommet des chefs d'État de l'UE, les dirigeants des partis libéraux européens ont discuté du processus de nomination de leur candidat unique pour les élections européennes de mai 2014.

Si aucune autre personnalité politique ne se lance dans la course, l'Alliance des libéraux et démocrates pour l'Europe (ADLE) aura deux candidats : Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, et Guy Verhofstadt, chef de file du groupe ADLE au Parlement européen.

La tête de liste sera désignée lors d'un congrès électoral à Bruxelles le 1er février.

Alors que Guy Verhofstadt a annoncé depuis longtemps son ambition de prendre la succession de José Manuel Barroso, Olli Rehn vient de déposer sa candidature. Il obtient, à la surprise générale, le soutien de 14 partis libéraux européens.

« Je pense que l’on peut dire que nous avons tous les deux un soutien important au sein de la famille ADLE », indique le commissaire finlandais. « Je suis un ami proche de Guy et je le respecte. Il est énergique et a de l’expérience en politique. »

>> Lire : Olli Rehn en pole position chez les libéraux

Nombre sont ceux qui ont critiqué l'eurofédéralisme ardent de Guy Verhofstadt, même au sein de l'ADLE. Olli Rehn a, quant à lui, une vision plus modérée de l'avenir de l'Europe à court terme selon le principe prudent du compromis avec les autres partis.

« J'ai une vision : nous devons dorénavant nous concentrer sur la reprise économique et la création d'emploi. Cela commence avec une Union européenne à la hauteur des défis majeurs qui l’attendent et moins ambitieuse vis-à-vis des thèmes de moindre importance, explique-t-il.

« Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de l'UE par une sorte de planification centralisée », ajoute-t-il dans ce qui semble être un rejet du fédéralisme de Guy Verhofstadt.  « Nous avons besoin d'une gouvernance plus solide au sein des [États membres] aussi ».

>> Lire l'entretien intégral avec Olli Rehn (en anglais)

Dans la perspective d'une lutte acharnée entre les deux candidats, l'ADLE a désigné deux médiateurs : Mark Rutte, premier ministre néerlandais, et l'Allemand Christian Lindner, révèle le quotidien belge De Standaard.

Les deux médiateurs seront chargés d'éviter des coups bas politiques. Ils pourraient même parvenir à un compromis sur la désignation d'un candidat unique sans devoir passer par la case « congrès » du 1er février, qui pourrait donner lieu à un vote préjudiciable.

Grande coalition après les élections

Les autres partis européens sont également en train de choisir leur éventuel candidat successeur à José Manuel Barroso, l'actuel président de la Commission. Même si certains partis ont déjà désigné leur tête de liste pour les campagnes paneuropéennes, rien ne prouve que les chefs d'État et de gouvernement acceptent ces candidats à la présidence de l'exécutif européen.

Lors du dernier sommet en octobre, Angela Merkel, la chancelière allemande, a fait part de ses objections à ce sujet : « il n'existe aucun lien automatique » entre la victoire électorale d'un parti et la nomination d'un nouveau président de la Commission européenne.

Olli Rehn est convaincu que ce système fonctionnera : « Il n'existe peut-être aucun lien automatique, mais une relation forte, certainement. […] L'Europe est foncièrement une démocratie et c'est la manière de la démocratiser encore davantage. »

Le commissaire espère qu'une grande coalition émergera des prochaines élections. Il envisage une éventuelle collaboration entre les socialistes, les libéraux et les verts à la suite des élections : « À mon avis, il est nécessaire d'avoir une coalition entre trois ou quatre familles politiques. Cela permettra d'apporter une stabilité suffisante dans la prise de décision politique dans les cinq années à venir. »

« Nous ne pouvons pas nous permettre une dispute institutionnelle, nous devons nous concentrer sur des solutions pour les citoyens européens », ajoute-t-il.

Le score des eurosceptiques demeure la principale inconnue des prochaines élections européennes. Le leader néerlandais populiste Geert Wilders, et la dirigeante du Front national, Marine Le Pen, souhaitent créer une alliance paneuropéenne. D'après les politologues et les commentateurs, cette initiative laisse penser que le Parlement européen sera largement constitué d'eurosceptiques.

Olli Rehn répond à ces propos alarmistes : « Je ne fais pas de la politique par peur, mais pas espoir. Il est dorénavant crucial que les familles politiques européennes, dont nos propres libéraux et démocrates, proposent une vision de l'Europe. »