Opposition grandissante aux taxes sur les panneaux solaires chinois
Une majorité de gouvernements de l’UE s’oppose à un projet d’imposition des droits de douane élevés sur les panneaux solaires importés de Chine, a révélé lundi (27 mai) une enquête des États membres. Cette situation complique la tâche de Bruxelles qui souhaite mettre la pression sur Beijing en raison de ses pratiques commerciales.
Une majorité de gouvernements de l’UE s’oppose à un projet d’imposition des droits de douane élevés sur les panneaux solaires importés de Chine, a révélé lundi (27 mai) une enquête des États membres. Cette situation complique la tâche de Bruxelles qui souhaite mettre la pression sur Beijing en raison de ses pratiques commerciales.
La Commission européenne accuse les entreprises chinoises de vendre des panneaux solaires en dessous de leur prix de revient en Europe, une pratique appelée « dumping », et envisage de compliquer la tâche de la Chine dans l'acquisition de parts de marché.
Les droits de douane, de 47 % en moyenne, devraient être adoptés pour une période probatoire à partir du 6 juin et pourraient être levés si les deux camps aboutissent à un règlement négocié.
Il s'agit de la plus grande affaire commerciale de la Commission : elle concerne des panneaux solaires fabriqués en Chine et vendus dans l'UE pour une valeur estimée à 21 milliards d'euros.
Le commissaire européen en charge du commerce, l’avocat belge Karel De Gucht, a proposé ces droits de douane et a rencontré de manière informelle le vice-ministre chinois du commerce, Zhong Shan, ce lundi à Bruxelles.
La Chine a pour sa part qualifié cette rencontre de « constructive » et a indiqué que les entretiens avaient porté non seulement sur les droits de douane sur les panneaux solaires, mais aussi sur les menaces de l'UE d'enquêter sur des soupçons de pratiques anticoncurrentielles de la part des équipementiers télécoms chinois Huawei et ZTE.
Toute initiative de l'UE sur l'un de ces deux sujets entraînera nécessairement une réaction chinoise, a dit Zhong Shan.
« De telles pratiques protectionnistes ne sont pas acceptables pour la Chine […] et dégraderaient fortement le climat des relations économiques et commerciales bilatérales », a indiqué une porte-parole de la mission chinoise auprès de l'Union européenne dans un communiqué.
« Le gouvernement chinois ne resterait pas passif et prendrait les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts nationaux » si l'UE poursuivait sur sa lancée, a-t-elle ajouté.
Crainte de représailles
Par crainte de représailles et d'éventuelles pertes commerciales, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas font partie des 14 États membres à s'opposer aux sanctions, ont expliqué des diplomates à Reuters.
La Commission a déclaré que la Chine faisait pression sur certains États membres de l'UE afin qu'ils aillent à l'encontre des droits de douane.
« Le commissaire De Gucht […] a très clairement signifié au vice-ministre qu'il était informé des pressions exercées par la Chine sur un certain nombre d'États membres de l'UE, ce qui explique pourquoi ils se positionnent comme ils le font dans leur recommandations à la Commission européenne », peut-on lire dans un communiqué de la Commission.
Les 27 pays membres de l'UE ont jusqu'à vendredi pour soumettre leur réponse formelle à la proposition de Karel De Gucht. Même si le commissaire en charge du commerce aurait le droit d'appliquer le relèvement des droits de douane, il sera délicat de le faire sans l'aval des États membres.
Selon le communiqué de la Commission, Karel De Gucht a évoqué devant le vice-ministre chinois sa volonté « d'étudier la possibilité d'un règlement négocié en partenariat avec les États-Unis si cela devait devenir nécessaire ».
Des droits de douane provisoires commenceront probablement le 6 juin, dès leur publication au Journal officiel de l'Union européenne, selon des représentants, mais la pression sera intense afin de les lever avant qu'ils ne deviennent permanents en décembre.
Cette divergence d’opinions entre les États membres révèle la profondeur de la division au sein de l'UE sur les relations avec la Chine, un marché important pour de nombreux exportateurs et le deuxième partenaire commercial de l’Union.