Paris veut davantage de soutien européen en Irak

Selon le ministre des Affaires étrangères, les États membres de l’Union européenne sont prêts à livrer des armes aux autorités irakiennes. Paris veut organiser une conférence internationale avec les pays de la région pour lutter contre l’État islamique.

EURACTIV.fr
Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Credit: [European Parliament]/Flickr)
Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Credit: [European Parliament]/Flickr)

Selon le ministre des Affaires étrangères, les États membres de l’Union européenne sont prêts à livrer des armes aux autorités irakiennes. Paris veut organiser une conférence internationale avec les pays de la région pour lutter contre l’État islamique.

Pour la première fois, l’ensemble des États membres de l’UE a bien accueilli la décision de fournir des armes, selon le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui considère cet accueil comme une nouveauté. « Au cours de ces deux dernières années l’appui qu’a apporté l’UE aux initiatives françaises a toujours été moralement impeccable, mais a souvent été limité et tardif », a-t-il remarqué lors d’une audition devant les parlementaire de l’Assemblée nationale le 20 août. « Là nous avons un exemple qui probablement va être tout à fait différent parce que l’Union européenne décide d’appuyer les livraisons d’armes ».

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De même, pour Laurent Fabius « le plus important est l’évolution qui semble se dessiner chez nos amis allemands ». Ainsi, les Allemands seraient à présent ouverts à la possibilité de livrer des armes en Irak.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, aurait ainsi dit à Laurent Fabius « qu’il fallait faire un geste que les Allemands jusqu’à présent n’avaient jamais fait ». Pour le ministre français, « les allemands seraient entrés dans une phase nouvelle où ils considèrent que lorsqu’il y a des conflits il ne suffit pas seulement d’encourager les autres ». La réflexion sur le sujet a nettement évolué ces derniers jours en Allemagne.

Dans un article paru dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, le ministre allemand des Affaires étrangères a laissé entendre qu’une assistance militaire allemande pourrait être envoyée au gouvernement irakien. « À la lumière de la situation dramatique, je suis en faveur d’aller aux limites de ce qui est politiquement et juridiquement possible », a déclaré Frank-Walter Steinmeier.

L’UE augmente son aide humanitaire

Face à une situation humanitaire « effroyablement difficile pour les minorités », la France a demandé à l’Europe de mettre en place un pont européen de la solidarité. Le 12 août dernier, la Commission européenne a décidé d’augmenter les fonds alloués à l’aide humanitaire de 5 millions d’euros en plus des 12 millions d’euros qui avaient déjà été mobilisés.

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Ces efforts viennent compléter le pont humanitaire exceptionnel que vient d’annoncer le bureau humanitaire des Nations Unies et dont le but est de répondre aux besoins de 1,4 million de personnes déplacées en Irak.

En ce qui concerne l’accueil des réfugiés en France, le ministre a affirmé que « l’objectif est de laisser autant que possible les populations sur place et vivre dans des conditions décentes ». Conjointement avec le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, il a pris la décision de privilégier les populations qui ont un lien avec la France.

Paris veut une conférence internationale

Sur le plan européen, dans une telle situation, les délais ordinaires ne peuvent pas être respectés. Ces collègues européens sont d’accord avec lui. « Notre pays n’a pas à rougir de ce qu’il a fait, mais nous sommes loin du compte ».

François Hollande a par ailleurs annoncé vouloir organiser une conférence internationale afin de «prendre une série de dispositions en matière de renseignement et en matière militaire», et de mesures pour «couper les ressources» de l’État islamique. Selon le ministre, il faut également mener une action sociale afin de « couper les soutiens» dont l’État islamique peut disposer au sein de la population.

Pour Paris, les pays de l’ensemble de la région ainsi que les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) doivent participer à cette conférence internationale.

Laurent Fabius a aussi insisté sur la nécessité de dépasser les désaccords au niveau international pour que, « dans la lutte implacable contre cette menace très grave, nous soyons unis et que la France avec d’autres montre l’exemple ». « Aujourd’hui c’est l’Irak. Mais le califat, c’est l’ensemble de la région, et au-delà de la région c’est évidemment l’Europe», a prévenu le ministre.

Le débat sur le déficit public rouvert

Interrogé par les parlementaires sur la prise en compte financière par l’UE de l’effort français sur la scène internationale, Laurent Fabius a opté pour l’humour. « Pour le moment l’Union européenne a été à ce point discrète qu’elle n’a pas voulu entacher le geste français, ni sur le Mali ni sur le reste, en abordant de tristes considérations financières. […] Nous considérons que c’est très bien de nous complimenter, mais ce ne serait pas mal non plus de prendre en compte les frais que tout cela occasionne ».

De son côté, le parti socialiste a relancé le 11 août dernier le débat sur l’exclusion des dépenses militaires dans le calcul du déficit public. Le porte-parole du PS, Olivier Faure a déclaré sur RTL que l’Europe doit prendre en compte le coût de l’engagement militaire français à l’étrager dans le calcul du déficit du pays puisque la France « se bat pour les valeurs européennes contre le terrorisme à travers le monde ».

Les dépenses dans le domaine militaire entrent en effet dans le calcul des déficits publics des États. Par les traités européens, les États membres de l’UE se sont engagés à réduire leur déficit public à 3 % du PIB. En 2013, le déficit public français s’élevait à 4,3 % selon les chiffres de l’Insee. La même année, les dépenses militaire de la France représentaient 2,2 % du PIB selon la Banque mondiale, même si la part des opérations extérieures peut être circonscrite.