Pas de montagnes de sucre et de lacs de vin selon les défenseurs des quotas
Les détracteurs de la prolongation de la limitation de plantation de vignes et des protections pour les producteurs de betteraves sucrières ont utilisé cette image cette semaine au Parlement européen pour rappeler les montagnes de beurre et les lacs de lait.
Les détracteurs de la prolongation de la limitation de plantation de vignes et des protections pour les producteurs de betteraves sucrières ont utilisé cette image cette semaine au Parlement européen pour rappeler les montagnes de beurre et les lacs de lait.
L'eurodéputée libérale allemande Britta Reimers, présente lors des débats sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC), a utilisé l'exemple des excédents du passé pour s'opposer à la reprise des quotas et, dans le cas de production de raisins, à la limitation de la quantité de vignobles à cultiver.
« L'histoire nous a démontré que nous avons commis des erreurs et que nous avons vu les choses se dégrader », a-t-elle déclaré au Parlement mardi (12 mars).
« Nous ne voulons pas de lacs de lait et de montagnes de beurre. Ces dernières années, les agriculteurs européens ont montré qu'ils peuvent gérer les conditions de marché, qu'ils sont capables, dans une large mesure, d'être compétitifs. Nous devons les aider à aller de l'avant plutôt que de retourner à un vieux monde. »
Pénurie de sucre
Le retour aux pratiques qui entraînent un gaspillage au cours des premières années de la PAC n'a pas porté ses fruits. Le Parlement européen a approuvé mercredi (13 mars), à 375 votes pour et 277 contre, des mesures en faveur du soutien du marché qui prolongeront les quotas de sucre jusqu’en 2020 et les limitations des plantations pour les viticulteurs jusqu’en 2030.
L'analogie n'est pas de rigueur à l'heure actuelle.
Il n'existe plus de montagnes de sucre et l'UE doit importer cette denrée pour répondre à la demande, ce qui énerve les confiseurs et l'industrie agroalimentaire, qui affirment que le système protectionniste augmente les prix. La commission de gestion du sucre de la Commission européenne a autorisé l'importation de 584 000 tonnes de sucre brut depuis janvier, soit près de la moitié des 1,2 million de tonnes prévues pour cette année.
L'Europe produit beaucoup plus de vin que sa population ne peut consommer et la consommation intérieure est en baisse. Elle a toutefois la mainmise sur le marché mondial où la demande augmente, selon le Comité européen des entreprises vins (CEEV), une association qui représente le commerce de vin. La part de terres consacrée à la viticulture en Europe a chuté de 12 % entre 2001 et 2011, selon les chiffres de l'Organisation internationale de la vigne et du vin.
Daniela Ida Zandonà de la Fédération européenne des vins d’origine (EFOW), l’une des organisations qui lutte pour le maintien des droits de plantation de vignes, a indiqué que la comparaison aux excédents du passé financés par l'UE constituait un « slogan » pratique qui n'est plus pertinent aujourd'hui.
« Il s'agit d'un raccourci très facile », a-t-elle déclaré. « Je pense qu'il est très dangereux pour l'Europe d'oublier la nécessité d'une agriculture stable. »
Le vote du Parlement en faveur d'un soutien spécifique aux secteurs agricoles « envoie un message extrêmement positif », qui accordera au législateur européen une position forte dans les négociations à venir entre les preneurs de décisions, a déclaré Mme Zandonà.
Les vignobles étaient l'un des rares domaines agricoles à avoir échappé à la libéralisation, alors que la Commission s'est attelée pendant des années à la tâche de supprimer les protections aux produits laitiers entre autres. La fin des droits de plantation découle de réformes de la dernière révision de la PAC qui appelaient également à la fin des soutiens au prix du sucre.
La commission de l'agriculture a approuvé en janvier les protections rédigées par l'eurodéputé français de centre-droit Michel Dantin, qui revenaient sur les mesures en faveur de la libéralisation.
Les négociateurs du Parlement, la présidence irlandaise de Conseil de l'UE, les dirigeants nationaux et la Commission européenne doivent maintenant travailler sur les détails et les propositions plus larges comprises dans la politique agricole commune de 2014-2020 approuvée par le Parlement mercredi.
La libéralisation à l'envers
Les détracteurs déclarent que l'utilisation de la PAC pour soutenir des secteurs spécifiques est injuste, entrave la compétitivité et touche les consommateurs en provoquant la hausse des prix.
« Alors que l'économie européenne a désespérément besoin de décisions politiques claires sur la compétitivité, la création d'emploi et la [stimulation] de la croissance. Le maintien jusqu'à 2020 des quotas de sucre qui engendrent des perturbations et éventuellement au-delà serait un mauvais signal », a déclaré Muriel Korter, secrétaire générale de European Sugar Users Association (CIUS).
« Ce vote ne nous garantit pas que le Parlement européen comprend ses responsabilités en vue de promouvoir un secteur agricole moderne et concurrentiel ainsi qu’une chaîne d'approvisionnement alimentaire en Europe », a-t-elle indiqué dans un communiqué.
Les protections du marché divisaient, d'une part, les deux plus grands groupes politiques, le Parti populaire européen et les Socialistes et Démocrates, largement en faveur de la restauration des protections, et d'autre part, les autres partis, les grandes industries agroalimentaires, les confiseurs et les défenseurs de l'environnement.
Étant donné le vote relativement serré au Parlement et les divergences entre les chefs d'État de l'UE concernant les interventions sur le marché, les négociateurs de la PAC trouveront certainement un terrain d'entente. En ce qui concerne le sucre, cela se traduirait par des différences entre la suppression des quotas en 2015 et l'échéance de 2020 approuvée par le Parlement.
« En règle générale, nous sommes tout à fait déçus des résultats [engendrés] par l'échéance », a déclaré Jamie Fortescue, le directeur général de l'Association des Amidonniers et Féculiers (AAF), qui représente 23 industries et producteurs d'amidons des édulcorants.
Il a toutefois déclaré à EURACTIV : « Je pense que les Irlandais sont enclins à obtenir un accord au cours de leur présidence, cela ne nous surprendrait donc pas de constater une date intermédiaire. »
L'AAF prévoit que 11 pays s'opposent au quota de sucre et que 13 soient en faveur. Trois pays resteraient neutres : Chypre, le Luxembourg et la République tchèque.
L'industrie de l'amidon est concernée, car les quotas de sucre limitent la production d'isoglucose à 5 % du marché du sucre, soit une production annuelle de 670 000 tonnes. Le Parlement a cependant augmenté la limite de production à 700 000 tonnes.
Les protections du marché approuvées par les eurodéputés accordent également un soutien aux producteurs de tabac alors que certains craignent que cette décision n'aille à l'encontre des efforts de l'UE visant à la réduction du tabagisme.