Pays-Bas : Mark Rutte remporte les élections, les partis pro-européens sortent vainqueurs
La grande majorité des électeurs néerlandais ont soutenu les partis pro-européens lors des élections d'hier (12 septembre). Ils ont choisi les partis centristes favorables aux mesures d’austérité.
La grande majorité des électeurs néerlandais ont soutenu les partis pro-européens lors des élections d'hier (12 septembre). Ils ont choisi les partis centristes favorables aux mesures d’austérité.
Avec 96 % des voix comptabilisées, le premier ministre intérimaire issu du Parti libéral (VVD), Mark Rutte, a remporté 41 sièges à la chambre basse du parlement qui en compte 150, tout juste deux sièges de plus que son rival, le Parti du travail (PvdA).
« Nous avons remporté la plus grande victoire de notre histoire et nous devenons pour la seconde fois le premier parti des Pays-Bas », a déclaré M. Rutte devant ses partisans, après que le leader du Parti du travail, Diederik Samsom, lui a téléphoné pour reconnaître sa défaite, selon Reuters.
M. Rutte a refusé de préciser vers quels partis il se tournerait pour former sa coalition. Lors de la campagne électorale, les libéraux et les travaillistes ont nié souhaiter former une coalition ensemble.
Toutefois, au vu du résultat du scrutin, ce pourrait bien être le cas en raison du paysage politique très fragmenté dans le pays.
« Le VVD et le PvdA pourraient former un gouvernement à eux deux », a expliqué à EURACTIV Andy Langenkamp, analyste politique mondial chez ECR Research et expert de la politique néerlandaise. « Lors de l'un des derniers débats télévisés, MM. Rutte et Samsom ont semblé disposés à gouverner ensemble et ils se sont fait des compliments. »
« Ils n'auront pas la majorité au Sénat, mais ce n'est pas un problème. Les deux partis peuvent tenter de s'appuyer sur une des majorités ad hoc au Sénat », a-t-il précisé.
Rumeurs sur la future coalition
Si MM. Rutte et Samson souhaitaient disposer d'une majorité plus confortable au sein de la Chambre des représentants et se faciliter la vie au Sénat, ils pourraient se tourner vers le parti social-libéral D66 pour lui demander de se joindre à eux.
Selon M. Langenkamp, les trois partis ne disposeraient toujours pas d'une majorité au Sénat (35 sièges sur 75), mais le D66 pourrait servir de fondation à un gouvernement centriste, comme l'a déjà suggéré le leader du parti, Alexander Pechtold.
« Avec une coalition regroupant le VVD, le PvdA et D66, les Pays-Bas seraient gouvernés par trois partis qui ont tous gagné des sièges en comparaison à 2010. Cela reviendrait à respecter les vœux des électeurs », a expliqué l'analyste politique.
M. Samsom, ancien directeur exécutif d'une entreprise d'énergie verte et militant pour Greenpeace, a déclaré le soir de l'élection que les Pays-Bas avaient besoin d'un gouvernement stable dès que possible.
« Nous souhaiterions faire partie de ce gouvernement à condition que les résultats de ce soir se reflètent réellement dans le programme du nouveau gouvernement », a-t-il ajouté.
M. Samsom ne rejoindra toutefois probablement pas la coalition, car il a déjà annoncé qu'il ne le ferait qu'en tant que premier ministre, a précisé M. Langenkamp. Il conserverait donc sa place de représentant et de leader de son groupe à la chambre.
« Si les négociations se passent vraiment mal, il pourrait peut-être se laisser convaincre de devenir vice-premier ministre et accepter un poste de ministre », a ajouté M. Langenkamp.
Défaite des partis anti-UE
Le gouvernement minoritaire de centre-droit de M. Rutte avait été renversé par le Parti pour la liberté anti-UE d'extrême droite (PVV) dirigé par Geert Wilders en avril dernier en raison de ses propositions de coupes budgétaires pour réduire le déficit du pays. Le PVV devrait perdre la moitié de ses sièges en comparaison avec les élections d'il y a deux ans.
Hans Vollaard, professeur assistant à l'institut des sciences politiques de l'université de Leyde, a expliqué à EURACTIV qu'il était surprenant que M. Wilders soit parvenu à conserver 13 sièges au vu du changement de direction de son parti lors de la campagne et de son rôle dans l'échec du précédent gouvernement. Lors de la campagne, le PVV est passé d'une approche anti-immigration à un discours anti-renflouement.
L'autre grand parti anti-UE, le Parti socialiste de gauche (SP) aurait des chances de conserver ses 15 sièges au parlement néerlandais. Toutefois, ce résultat reviendrait à une défaite, dans la mesure où le leader du parti, Emile Roemer, était en tête des sondages trois semaines plus tôt.
« Le plus important, c'est que les électeurs néerlandais ont montré leur attachement à l'Europe. Ils semblent avoir accordé leur soutien aux partis du centre », a déclaré M. Langenkamp.
« Peu importe la coalition que formera M. Rutte, Bruxelles et le reste de l'UE seront satisfaits. Il est probable que le nouveau gouvernement emprunte une vois plus pro-européenne que le précédent gouvernement », a-t-il poursuivi.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, il a parfois fallu plus de trois mois pour former un gouvernement néerlandais, mais comme EURACTIV l'a fait remarquer, cela ne signifie pas forcément que les Pays-Bas ne sont pas capables de prendre des décisions au niveau européen.
« Un nouveau gouvernement aura plus de facilité à le faire, mais ces deux dernières années ont montré que les partis de la coalition pouvaient conclure des accords, notamment sur les questions européennes, donc il existe une certaine flexibilité sur les affaires européennes au parlement néerlandais », a-t-il ajouté.