Poches trouées ou bourses pleines, tour d’Europe des vacanciers
Un Européen du Nord a deux fois plus de chances de partir en vacances qu’un Européen de l’Est. Encore émergent, le tourisme social transfrontière tente de pallier la sédentarité subie de certains citoyens.
Un Européen du Nord a deux fois plus de chances de partir en vacances qu’un Européen de l’Est. Encore émergent, le tourisme social transfrontière tente de pallier la sédentarité subie de certains citoyens.
En famille, entre amis, en couple, à l’autre bout du monde ou dans sa région, les vacances restent un rituel bien connu décliné de mille manières. Les 500 millions de citoyens qui vivent dans l’Union européenne sont sûrs de pouvoir bénéficier d’un répit minimum de quatre semaines par an. Mais tous ne partent pas, loin s’en faut. En 2010, seuls 56% des Européens ont largué les amarres. Sans surprise, les habitants des pays du Nord constituent le plus gros bataillon de touristes. En 2010, environ 75% des Danois et des Finlandais sont partis en voyage, contre 30% des Hongrois ou 35% des Slovaques.
Diplômé, citadin et financièrement autonome
Les Français occupent une position médiane. 62% d’entre eux entreprennent des séjours touristiques, mais la courbe suit une tendance négative. Une étude récente du Conseil d’analyse stratégique rappelle qu’ils étaient 70% en 2006. Le profil type est celui du Français diplômé, citadin, entre 25 et 40 ans et dont les revenus mensuels sont supérieurs à 1500 euros. Un portrait qui s’applique à ses voisins européens, dont le goût du voyage ne se marrie pas si facilement avec le goût de l’aventure.
Pendant ses vacances, l’Européen moyen se montre grégaire. 78% des sondés comptant partir en 2011 vont séjourner dans leur propre pays ou, tout au plus, dans un autre État européen.
Mais les motivations de chacun restent largement influencées par les cultures nationales. Les Allemands, les Finlandais et les Autrichiens ont par exemple à cœur de choisir un lieu de villégiature où l’environnement naturel est de qualité. Les Espagnols ou les Néerlandais sont de leur côté plus attirés par la dimension culturelle et patrimoniale de leurs vacances.
Mais le contraste le plus marqué est ailleurs. Les vacances restent un révélateur des inégalités de pouvoir d’achat. Ainsi, les ressortissants d’Europe de l’Est sont les plus nombreux à rester chez eux, faute de moyens financiers. A l’inverse, seuls 5% des Danois ou 8% des Finlandais invoquent cette raison.

© APT del Comasco – Domasio en Lombardie
Jeunes et seniors défavorisés
La France s’est historiquement engagée dans ce domaine à travers une politique volontariste. Elle a été le premier pays de l’UE à mettre en place les chèques-vacances dès 1982. Dans d’autres pays comme l’Italie, la Hongrie ou la République tchèque, le dispositif reste balbutiant. « Les chèques-vacances reposent sur un cofinancement entre le salarié et les entreprises, mais la situation économique que traversent les États membres n’incitent pas ces dernières à participer », observe Philippe Kaspi, directeur général de l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV). En France, ces coupons font un tabac et permettent à 3,4 millions de personnes de s’évader à moindre coût, soit une multiplication par deux des bénéficiaires en dix ans.
L’Espagne s’est quant à elle forgée une spécialité en prenant en charge les seniors. En 2010, plus d’un million de personnes âgées sont parties en vacances grâce au programme Imserso. Un partenariat devrait d’ailleurs voir le jour entre l’Espagne et la France, via l’ANCV, afin que les retraités français de condition modeste séjournent de l’autre côté des Pyrénées.
Les enjeux du tourisme social essaiment jusqu’à Bruxelles, à travers le tout jeune programme européen Calypso. Doté d’un budget d’1,5 millions d’euros en 2011, il profite actuellement à 8 pays, dont la France. Mais seule la région Midi-Pyrénées s’est pour le moment investie en offrant des séjours consacrés à la détente et au thermalisme pour les populations européennes défavorisées, aussi bien jeunes qu’âgées.