Politique industrielle européenne : les États y croient-ils encore?
Le texte n’est même pas encore publié que, déjà, le scepticisme monte du côté des États. La Commission espère pourtant bien relancer la compétitivité industrielle européenne avec des propositions à venir le mois prochain.
Le texte n’est même pas encore publié que, déjà, le scepticisme monte du côté des États. La Commission espère pourtant bien relancer la compétitivité industrielle européenne avec des propositions à venir le mois prochain.
Bruxelles entend donner un énième coup d’envoi à la compétitivité industrielle européenne le 10 octobre en publiant une communication, intitulée « Politique industrielle – une contribution à la croissance et la relance économique »
EURACTIV Bruxelles a eu accès à ce texte. Il prévoit six « lignes d’actions prioritaires » dans des secteurs bien définis : construction durable, véhicules propres, marchés de produits bio, technologies génériques, réseau énergétiques, techniques propres de fabrication.
Après de multiples tentatives restées vaines et des divisions de fonds, les Etas demeurent perplexes. Pas sûr que ce nouveau texte change la donne.
Un texte qui suscite peu d’attentes
Les États n’attendent en effet pas grand chose des propositions à venir. Et pour cause, la plupart des initiatives lancées par la Comission en matière de politique industrielle se sont globalement soldées par des échecs.
Un conseiller politique bruxellois a confié à EURACTIV.com que d’ailleurs, il ne fallait s’attendre à « rien de révolutionnaire ».
« Il s’agit juste d’un remaniement de tout ce qui a déjà été fait, sans aucune réelle surprise, ce qui est bien dommage », a-t-il déploré. Plusieurs axes sont en effet liés à des travaux déjà en cours à la Commission.
Perplexité également quant aux nouvelles pistes évoquées. Le texte prévoit un partenariat technologique pour une production industrielle plus propre ainsi qu’un plan d’action pour la construction verte. « C’est très bien, mais reste encore à définir ce que cela signifie en détail », a souligné le conseiller politique.
Politique industrielle européenne : des essais jamais transformés
La nouvelle communication de la Commission s’inscrit dans une réflexion de longue date menée par l’exécutif. Pourtant inextricablement liée à la construction européenne, la politique industrielle reste l’un de ses parents pauvres.
Bruxelles a eu beau multiplier les effets d’annonces, les communications et inscrire la politique industrielle dans sa fameuse Stratégie 2020, elle n’est, jusque-là, pas parvenue à des résultats pertinents.
« Elle a été une question secondaire lors des soixante dernières années. Même si elle est l’une des sept initiatives phares de la stratégie Europe 2020, aucun objectif spécifique ou indicateur précis n’ont été définis », peut-on lire dans un rapport du Parti des Socialistes européens publié en amont de la Communication.
>>> Pour en savoir plus, lire notre dossier « L’UE en quête d’une politique industrielle »
Mêmes causes, mêmes conséquences
La promotion d’une politique industrielle à l’échelle paneuropéenne rencontre des obstacles majeurs. A commencer par sa définition même. La nature des secteurs qui devraient être concernés a en effet toujours été sujette à controverse.
Les principales pierres d’achoppement et divisions entre les États restent, à ce jour, irrésolues, pour ne pas dire insolubles. Quand certains États n’entendent pas céder sur leur vision libre et flexible des marchés, les autres défendent leur modèle social.
La politique industrielle européenne a souvent été considérée sous l’angle de la politque de concurrence et du marché libre. Ce n’est cependant pas du goût de tous. Ces tensions devraient refaire surface dans le sillage de cette nouvelle publication. Avec la crise économique et des disparités croissantes en termes de droits sociaux et de coût du travail, la formulation d’une politique commune relève du casse-tête chinois.
A titre d’exemple, le texte appelle au renforcement du contrôle pour les contrats de marché public lorsqu’ils sont conclus par des entreprises non européennes. La proposition vise, en clair, à plus d’égalité entre les Européens et les partenaires commerciaux étrangers. Nul doute que l’intiative déchirera les Vingt-sept. En France, le sujet avait été abordé lors de la campagne présidentielle, sous le terme « réciprocité », principe soutenu aussi bien par la droite que la gauche.
Seul aspect qui devrait faire consensus parmi les États membres : les mesures annoncées visant à réduire la bureaucratie et débarrasser les entreprises de règles trop encombrantes.