Pologne : le candidat conservateur remporte la présidentielle, revers pour le gouvernement pro-UE

Karol Nawrocki a remporté le second tour de l’élection présidentielle polonaise face au maire libéral de Varsovie, Rafał Trzaskowski — un revers majeur pour le gouvernement pro-UE.

AFP / EURACTIV.com
Second round of Presidential election in Poland
Karol Nawrocki (indépendant) a obtenu 50,89 % des suffrages, contre 49,11 % pour son adversaire, Rafał Trzaskowski (Coalition civique, KO). [Getty Images/Jakub Porzycki_Anadolu]

Le conservateur Karol Nawrocki a remporté de justesse le second tour de l’élection présidentielle face au maire libéral de Varsovie, Rafał Trzaskowski, selon les résultats officiels publiés lundi 2 juin — un revers majeur pour le gouvernement pro-UE du Premier ministre Donald Tusk.

Selon les résultats officiels du scrutin de dimanche 1er mai, Karol Nawrocki (indépendant) a obtenu 50,89 % des suffrages, contre 49,11 % pour son adversaire, Rafał Trzaskowski (Coalition civique, KO). Ces résultats marquent un revers majeur pour le gouvernement centriste et pro-UE de Donald Tusk.

Historien de formation et ancien boxeur, Karol Nawrocki a mené une campagne centrée sur la loi, l’ordre et la défense des valeurs polonaises traditionnelles, tout en esquivant une série de scandales. Il était soutenu par le parti conservateur Droit et Justice (PiS).

Sa victoire garantit la présence d’un président conservateur à la tête de l’État jusqu’en 2030 et prolonge l’influence du PiS malgré la perte du pouvoir parlementaire en 2023, après huit années au pouvoir.

Le président conservateur sortant Andrzej Duda, également proche du PiS, a félicité Karol Nawrocki sur les réseaux. « Félicitations au vainqueur ! », a-t-il écrit sur X, remerciant également les Polonais pour la forte participation qui s’élèverait à 72,8 % selon Ipsos.

Plus de 700 000 électeurs polonais vivant à l’étranger ont voté sur les deux tours, dont 200 000 nouveaux inscrits entre les deux scrutins. La diaspora, traditionnellement plus conservatrice, a ainsi contribué à la victoire de Karol Nawrocki.

Les ambitions de Donald Tusk menacées

« Cette nuit, nous allons gagner, nous gagnerons et sauverons la Pologne », avait assuré Karol Nawrocki à ses partisans avant l’annonce des résultats. « Nous ne permettrons pas que Donald Tusk ait […] le monopole du pouvoir. »

En Pologne, le chef de l’État exerce une certaine influence sur la politique étrangère et de défense. Il dispose également d’un pouvoir de veto au niveau législatif, qui ne peut être outrepassé que par une majorité des trois cinquièmes au parlement.

Plusieurs réformes prévues par Donald Tusk et son gouvernement pro-UE arrivé au pouvoir en 2023 ont été bloquées par Andrzej Duda — ancien membre du PiS resté proche du parti.

Et la défaite de Rafał Trzaskowski constitue un obstacle majeur pour Donald Tusk, dont le gouvernement ne dispose pas d’une majorité suffisante au parlement pour annuler les vetos présidentiels.

Parmi les textes bloqués on retrouve des réformes judiciaires, des lois pour le rétablissement de l’indépendance des médias et la libéralisation des lois sur l’avortement ou encore des législations garantissant les droits des personnes LGBTQ+.

Le scrutin de dimanche était vu par de nombreux analystes comme un référendum informel sur le gouvernement Tusk, et la défaite de Rafał Trzaskowski, qui appartient au parti du Premier ministre, est vue par certains comme un rejet du programme de l’exécutif actuel.

Przemysław Czarnek, député du PiS, a déclaré que son parti allait « se mettre au travail avec énergie afin d’offrir un autre cadeau au peuple polonais : la fin du gouvernement Tusk ».

D’autres membres du parti ont fait écho à ce sentiment.

Ainsi, la victoire de Karol Nawrocki rendra encore plus difficile la tâche déjà compliquée de gouverner la sixième économie de l’UE. Les prochaines élections législatives ne sont prévues qu’en novembre 2027, mais le président pourrait user de son droit de veto sur le budget, ce qui pourrait entraîner des élections anticipées.

« Un an et demi s’est écoulé depuis les élections [législatives] et de nombreuses réformes n’ont pas été mises en œuvre, non pas parce que le président y a opposé son veto, mais parce qu’il n’y avait pas de majorité au parlement », a déclaré Bartosz Rydliński, de l’Université Cardinal Stefan Wyszyński de Varsovie.

Tensions avec Bruxelles

La victoire de Karol Nawrocki devrait donc maintenir les blocages sur le programme progressiste du gouvernement, mais elle pourrait aussi raviver les tensions avec Bruxelles sur les questions liées à l’État de droit.

Karol Nawrocki a également exprimé son scepticisme à l’égard d’une intégration plus poussée de l’UE, ainsi que de l’utilisation d’instruments de dette européens communs et du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) de la Commission européenne.

Karol Nawrocki ne devrait pas pour autant faire dérailler les chantiers européens. En pratique, le futur président exercera une influence limitée sur la politique étrangère, puisque c’est le Premier ministre Donald Tusk qui représente la Pologne aux sommets entre dirigeants de l’UE.

De son côté, la présidente de l’exécutif de l’UE, Ursula von der Leyen, a félicité lundi le candidat nationaliste pour sa victoire à la présidentielle, se disant « confiante » dans la poursuite d’une « très bonne coopération » avec Varsovie.

« Je suis confiante dans le fait que l’UE poursuivra sa très bonne coopération avec la Pologne », a-t-elle écrit sur X, ajoutant : « Nous sommes plus forts ensemble ».

Quid du soutien à l’Ukraine ?

La Pologne, pays de 38 millions d’habitants et membre de l’UE et de l’OTAN, a accueilli plus d’un million de réfugiés ukrainiens depuis le début de l’invasion russe en février 2022 et s’est imposée comme l’un des alliés européens les plus engagés aux côtés de Kiev. Varsovie joue un rôle de premier plan dans la diplomatie internationale autour de l’Ukraine, et la majorité des armes occidentales et de l’aide destinées à Kiev transitent par son territoire.

Mais les liens étroits avec l’Ukraine pourraient être remis en question sous la présidence à venir.

Karol Nawrocki, admirateur du président américain Donald Trump, s’oppose à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et à l’OTAN. Il a fait écho au scepticisme de Washington à l’égard de Kiev et, pendant sa campagne, a exploité à plusieurs reprises le sentiment anti-ukrainien d’une partie de la population polonaise. Cela pourrait compliquer davantage les efforts européens pour présenter un front uni derrière l’Ukraine dans sa guerre avec la Russie.

Le premier test du président nouvellement élu aura lieu lors du sommet de l’OTAN à La Haye à la mi-juin, où il devra tenter d’obtenir un entretien avec Trump afin de démontrer son influence internationale.

« Il est clair que les canaux de communication de [Karol] Nawrocki et du PiS avec la Maison-Blanche et le Capitole sont ouverts », note le politologue Bartosz Rydliński. « Les républicains, qui détiennent actuellement la majorité, auraient certainement plus de facilité à dialoguer avec lui. »

Nouvelle alliance d’extrême droite ?

Pour le PiS, la victoire de Karol Nawrocki offre un nouvel espoir de reprendre le pouvoir. Et une question se pose désormais : celle de la formation d’une nouvelle alliance d’extrême droite.

De récents sondages suggèrent que le PiS et le parti Confédération du candidat à la présidentielle éliminé au premier tour Sławomir Mentzen pourraient obtenir la majorité parlementaire s’ils unissaient leurs forces.

Un examen plus approfondi des sondages à la sortie des urnes de dimanche sur le comportement des électeurs montre que Karol Nawrocki aurait remporté plus de 90 % des voix des personnes qui ont voté pour Sławomir Mentzen au premier tour.

Pour l’instant, les deux partis affirment qu’un tel partenariat est hors de question.

Sławomir Mentzen dispose d’un électorat pour la plupart jeunes et opposés à l’establishment. Et le candidat s’était positionné durant la campagne comme étant opposé aussi bien au gouvernement actuel qu’au PiS, ne s’alignant sur aucun d’entre eux.

Sławomir Mentzen avait par ailleurs refusé de soutenir Karol Nawrocki avant le second tour de dimanche, et avait conditionné son soutien à l’un ou l’autre des candidats encore en lice pour le second tour.

Comme l’explique Radosław Markowski, de l’Université des sciences sociales et humaines, « la Confédération bénéficie d’un front libéral uni à laquelle s’opposer et d’un électorat PiS affaibli à débaucher ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]