Présidentielle russe : le candidat antiguerre et opposant à Vladimir Poutine disqualifié
La Commission électorale centrale de Russie a disqualifié le seul candidat antiguerre et opposant au régime actuel à l’élection présidentielle, Boris Nadejdine, ce jeudi (8 février) en raison de plusieurs erreurs au niveau des signatures de citoyens qu’il a collectées pour soutenir sa candidature.
La Commission électorale centrale de Russie (CEC) a disqualifié le seul candidat antiguerre et opposant au régime actuel à l’élection présidentielle, Boris Nadejdine, ce jeudi (8 février) en raison de plusieurs erreurs au niveau des signatures de citoyens qu’il a collectées pour soutenir sa candidature.
L’ordre d’écarter M. Nadejdine a été donné par le Kremlin, comme l’ont expliqué à Euractiv deux responsables russes impliqués dans l’organisation des élections présidentielles.
« La vision des files dans les rues des villes russes a été une surprise désagréable pour le Kremlin. Après cela, la [décision qui devait être prise concernant sa] participation à l’élection était évidente », a déclaré une source proche du Kremlin à Euractiv sous couvert d’anonymat, n’étant pas autorisée à parler aux journalistes.
« Si au début, nous pensions encore que permettre à M. Nadejdine de se présenter revitaliserait la campagne électorale terne et rendrait la victoire de [Vladimir] Poutine plus éclatante, ces files ont irrité les hauts responsables du Kremlin », a déclaré une autre source à Euractiv.
« Nous ne devrions avoir qu’un seul homme politique publiquement aimé par le peuple. C’est Poutine », a poursuivi la source.
Selon la loi en vigueur, M. Nadejdine, en tant que candidat d’un parti sans représentation à la Douma (l’Assemblée législative russe), devait présenter au moins 100 000 signatures des citoyens russes collectées dans chacune des régions de la Russie.
Le candidat a présenté 109 000 signatures, mais selon la CEC, la vérification a révélé 9 147 signatures non valides, dont des signatures de personnes qui seriant décédées. Il dépasse donc largement la marge d’erreur autorisée, qui est de 5 %.
Boris Nadejdine a l’intention de faire appel de cette décision auprès de la Cour suprême et de demander l’autorisation de participer aux élections, qui se tiendront entre le 15 et le 17 mars.
« Pour ma campagne, des citoyens russes ordinaires ont donné des dizaines de millions de roubles. C’est sans précédent dans l’histoire de la Russie. Des dizaines de millions de personnes aimeraient voter pour moi. Et vous me parlez de 11 “âmes mortes” », a déclaré le candidat exclu après la décision de la CEC.
Boris Nadejdine, 60 ans, est un vétéran de la politique russe et un ancien assistant du responsable de l’opposition russe Boris Nemtsov, qui a été abattu juste à l’extérieur du Kremlin en 2015.
M. Nadejdine s’est retrouvé sous les projecteurs après s’être opposé à la guerre du président Vladimir Poutine en Ukraine, qui dure depuis février 2022.
En janvier, des centaines de milliers de Russes opposés à la guerre étaient descendues dans les rues de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de villes de Sibérie et d’autres régions de Russie. Le mouvement de protestation avait également touché les Russes opposés à la guerre qui étaient partis s’installer à l’étranger.
Chaque jour, les médias indépendants russes diffusaient des images montrant de longues files d’attente aux bureaux de collecte de signatures dans différentes villes.
Vladimir Poutine devait quant à lui fournir 300 000 signatures, mais selon son quartier général, c’est plus de 2 millions de signatures qui ont été recueillies.
Cependant, « personne n’a jamais vu de files d’attente aux points de collecte de signatures pour M. Poutine, ce qui met à mal le mythe du soutien populaire », a expliqué à Euractiv Dmitry Gudkov, ancien député de la Douma qui a quitté la Russie en 2021 en raison de poursuites pénales.
Petr Kozlov du Moscow Times est hébergé par Euractiv dans le cadre du programme de résidence EU4FreeMedia financé par l’UE.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]