Quand les socialistes imaginent un Parlement européen de gauche

Les socialistes français se prennent à rêver d'un Parlement européen de gauche. Avec au programme l'emploi, les négociations commerciales, la solidarité et la démocratisation des processus législatifs.

EURACTIV.fr
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Les socialistes français se prennent à rêver d'un Parlement européen de gauche. Avec au programme l'emploi, les négociations commerciales, la solidarité et la démocratisation des processus législatifs.

À l’université d’été de La Rochelle, le parti socialiste français s’est penché ce week-end sur les enjeux des élections européennes de mai 2014. Alors que le Parlement européen reste marqué par une majorité de droite, avec un groupe socialiste de 195 députés contre 275 pour le Parti populaire européen, la gauche française veut croire à la victoire.  « En 2014, le parlement européen changera de majorité si les socialistes gagnent seulement deux députés par pays.. donc c'est tout à fait jouable !”  assure Estelle Grelier, secrétaire national sur les questions européennes au PS.

Encore faut-il multiplier les 2 députés par 28. Et pour cela, trouver des chevaux de bataille communs aux partis socialistes des différents pays, en évoquant les sujets sur lesquels la gauche pourrait faire bouger les lignes dans le futur.

Travailleurs détachés et menace de l'extrême-droite

Parmi les thèmes prioritaires, chômage et croissance seront incontournables. La question connexe des travailleurs détachés préoccupe à la fois la base du parti et ses caciques. « Il faut que les travailleurs obtiennent des salaires en accord avec la législation du pays dans lequel ils travaillent, et non pas du pays duquel ils viennent » rappelle Thierry Repentin, ministre des Affaires européennes. Car les cas de « dumping social » sont légion, et entraînent souvent des conditions de travail catastrophiques. Invité au forum, le leader socialiste belge Paul Magnette a rappelé l'exemple des porcs belges envoyés dans des abattoirs allemands où des ouvriers polonais achèvent et décarcassent les bêtes pour un euro par animal. En Charente, le cas des ramasseurs de melon en provenance de la péninsule ibérique préoccupe la section locale du PS. Et le parti de gauche craint que le thème ne soit exploité par le Front national, si l'on en croit Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères. Marine Le Pen, la présidente du Front national, aurait l’intention de lancer la controverse sur le sujet ; elle lui a assuré disposer de photos de travailleurs étrangers en Europe qu’elle utiliserait pour sa campagne. La campagne de l'extrême-droite inquiète sérieusement le parti.

En réponse au problème, la modification de la directive sur les travailleurs détachés, ainsi que la création d’une agence européenne du travail ont été proposées par la gauche. Mais c’est surtout la question de l’établissement d’un salaire minimum, différent d’un pays à l’autre, mais généralisé, que souhaite la gauche française.

Des désaccords sur les questions économiques

Tous les sujets ne font pas consensus, loin s’en faut. Les questions économiques ont été largement débattues, et alors que les membres du gouvernement affichent des positions plutôt modérées, militants et élus appellent parfois à des ruptures radicales. « Nous ne voulons tout simplement pas d’accord de libre-échange avec les États-Unis », a martelé la députée PS Marie-Noëlle Lienemann, applaudie par les militants. Les négociations ont pourtant démarré début juillet, avec une feuille de route sur laquelle le gouvernement assure avoir pesé. « Nous sommes parvenus à imposer trois « lignes rouges » sur lesquelles il n’y aura pas de discussions possibles : l’exception culturelle, l’armement ainsi que les choix de société : agroalimentaire, décontamination chimique des viandes, hormones de croissance » a souligné le ministre des Affaires européennes, Thierry Repentin. Les spécialistes craignent pourtant les contournements juridiques qui pourraient avoir lieu. Zaki Laïdi, professeur à Sciences Po et spécialiste de géopolitique, alerte sur les risques d’un accord mené par une commission majoritairement à droite, qui pourrait redessiner les cartes du commerce mondial. «Il faut être vigilant, parce que les positions de la Commission ne sont pas si claires, notamment sur le principe de précaution. Il faut aussi faire attention au calendrier : la droite européenne va tenter de précipiter les négociations avant les élections » prévient le spécialiste. Des craintes balayées par le ministre des Affaires européennes, qui se dit persuadé que les discussions sur cet accord prendront des années. Les socialistes ont également affiché leurs dissensions sur une question sensible, à l’heure où les Français reçoivent leurs feuilles d’impôt sur le revenu : celle des taxes. Alors que le FMI ou encore le leader des libéraux, Olli Rehn, appellent à arrêter la hausse des prélèvements obligatoires en France, l’idée d’une contribution énergie-climat soulevée par le nouveau ministre de l’Environnement, Philippe Martin, a déchaîné des critiques à l’intérieur du parti comme à l’extérieur, mais aussi…au sein du gouvernement.

La contribution énergie-climat fait débat

Selon une source gouvernementale, le projet qui faisait partie de la feuille de route du PS sur la transition énergétique avait pourtant été validé par l’équipe gouvernementale dans son ensemble avant que le ministre de l’Environnement ne l’évoque. Les modalités de cette nouvelle fiscalité écologique n’ont toutefois pas été précisées ce week-end, même si l’élu gersois, qui a remplacé Delphine Batho au début de l’été, s’est attaché à défendre le projet.

"C’est en ne faisant rien sur l’énergie que l’on continue d’appauvrir les plus pauvres" a argumenté Philippe Martin, rappelant que la facture énergétique française risquait de s’alourdir de 100 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2025. Les prix du gaz ont déjà grimpé de 80 % depuis l’an 2000,  alors que les prix de l’électricité progressaient de 20 % sur la même période. Le principe de verdir la fiscalité fait partie des priorités de la gauche française, mais la tentative de taxe carbone concoctée en 2010 par le précédent gouvernement a laissé un souvenir très impopulaire. À terme, les socialistes français rêveraient pourtant, à l’instar de ce qui se passe au Danemark ou en Suède, d’instaurer une contribution énergie-climat au niveau européen qui se substituerait au marché du carbone actuel, jugé inefficace.

Démocratisation et personnalisation de élections : le processus démocratique appelé à évoluer

Du côté des militants, la question de la démocratisation des processus européens revient souvent. « C’est déjà bien que le futur président de la commission soit choisi par le Parlement européen, mais la suite, c’est quoi ? Ce n’est pas facile à expliquer ! » remarque un militant. Les modifications institutionnelles que pourrait mettre en place un parlement de gauche sont nombreuses. Pour Yves Bertoncini, directeur du think-tank Notre Europe-Jacques Delors, une étape majeure pourrait être de permettre au parlement de proposer des directives, un pouvoir aujourd’hui réservé à la commission.

“C'est le seul parlement au monde à ne pas avoir ce droit !” observe le spécialiste.

La question de la personnalisation de l’élection européenne a en tout cas pris corps avec l’intervention de Martin Schulz, samedi soir. Le président allemand du Parlement européen, qui appartient au mouvement allemand SPD, pourrait être le candidat de la gauche aux européennes au printemps prochain. Jouant la carte de la séduction devant les militants français, le parlementaire a défendu l’idée d’une Europe sociale et solidaire « qui n’ait ni maître ni valet », devant des militants plutôt enthousiastes, même si certains d’entre eux penchent en faveur d’une éventuelle candidature du français Pascal Lamy, président de l’Organisation Mondiale du Commerce. Les primaires socialistes destinées à désigner un leader, qui sera automatiquement président de la Commission Européenne en cas de victoire, devrait se dérouler en octobre.