Questions de genre, santé publique et controverses : les sujets qui ont marqué l’audition d’Hadja Lahbib
La commissaire belge désignée à l’État de Préparation et la Gestion des crises, ainsi qu’à l’Égalité, Hadja Lahbib, s’est montrée confiante face aux eurodéputés qui l’ont interrogée ce mercredi 6 novembre sur les controverses de son passé et les questions qui seront de son ressort.
La commissaire belge désignée à l’État de Préparation et la Gestion des crises, ainsi qu’à l’Égalité, Hadja Lahbib, s’est montrée confiante face aux eurodéputés qui l’ont interrogée ce mercredi 6 novembre sur les controverses de son passé et les questions qui seront de son ressort.
Désignée comme potentiel point faible de la nouvelle Commission à sa nomination, Hadja Lahbib a été interrogée sur la future stratégie de l’Union européenne (UE) pour faire face aux catastrophes naturelles et aux crises sanitaires, sur les questions de genre, mais aussi sur son parcours en tant que journaliste et ministre des Affaires étrangères de la Belgique.
Dans son discours d’ouverture, elle a évoqué les victimes des inondations de Valence, en Espagne, tout en soulignant les trois domaines principaux par lesquels elle approchera son portefeuille : une stratégie proactive, une meilleure coordination entre les États membres et une approche de la société incluant la société civile.
Les réponses de la commissaire désignée belge sur les questions des enjeux liés aux femmes, telles que le droit à l’avortement et la prévention des violences conjugales, ont été applaudies à plusieurs reprises.
« Le corps des femmes est devenu un champ de bataille. Il est plus source de division aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été », a souligné Hadja Lahbib.
Une audition sur fond de controverse
Pourtant, rien n’a échappé à l’attention des eurodéputés. Après avoir brisé la glace avec des questions sur son portefeuille, ils ont attaqué les sujets les plus sensibles, dont la visite d’Hadja Lahbib en Crimée en 2021 en tant que journaliste et le scandale des visas qui a secoué son ministère pendant son mandat aux Affaires étrangères de Belgique.
L’eurodéputée belge Assita Kanko (Conservateurs et réformistes européens) a été la première à confronter l’auditionnée sur le scandale des visas de 2023, qui a failli, à l’époque, entraîner sa démission. Son ministère avait délivré des visas à une délégation iranienne de 14 membres, dont le maire de Téhéran, ainsi qu’à des fonctionnaires russes.
Hadja Lahbib s’est défendue en répondant qu’en dépit de la controverse, son gouvernement continuait à lui faire confiance. « Il y a eu un vote positif au parlement belge déclarant que ces visas avaient été délivrés contre la volonté de mon ministère », a-t-elle rappelé.
La commissaire belge a également dû répondre à des questions concernant son voyage journalistique en Crimée, à l’occasion d’un festival organisé par un théâtre russe, au cours duquel elle avait déclaré au service de radio et télévision belge RTBF, pour lequel elle travaillait, qu’elle s’était rendue « en Russie ».
Dans la même interview, elle avait éludé la question de savoir si elle était revenue « d’Ukraine ou de Russie », expliquant qu’un visa russe était nécessaire pour atterrir à l’aéroport de Simferopol, en Crimée.
Tout en affirmant son soutien à l’Ukraine et en reconnaissant que la Crimée en fait partie, Hadja Lahbib a estimé qu’« il est normal que les journalistes aillent partout, cela fait partie de leur liberté d’expression ».
Santé publique et préparation aux crises
« La pandémie de Covid-19 nous a enseigné les limites de notre préparation. Aucun pays ne peut faire face seul à une urgence sanitaire mondiale », a tenu à rappeler Hadja Lahbib face aux eurodéputés au début de son audition.
« Si ma nomination est confirmée, je travaillerai à l’élaboration d’une nouvelle stratégie visant à soutenir les contre-mesures médicales pour faire face aux menaces pour la santé publique », a-t-elle répondu lorsqu’interrogée sur la préparation de l’Union aux futures crises sanitaires. Sa stratégie inclura des achats communs, la constitution de stocks et la sécurisation des médicaments, de la recherche à la fabrication.
Les députés lui ont ensuite demandé comment elle comptait s’attaquer à la résistance aux antimicrobiens (RAM) et aux risques chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN).
« Nous devons essayer d’éviter d’administrer des antibiotiques de manière excessive », a-t-elle répondu, rappelant que la RAM est un tueur invisible qui cause la mort de près de 1,5 million de personnes chaque année.
La commissaire désignée belge compte soutenir le développement de nouveaux types d’antibiotiques, car elle considère que les anciens ne sont pas assez efficaces. « Depuis 2017, seuls 14 nouveaux antibiotiques ont été produits ». La lutte contre la « pandémie silencieuse » (due à la résistance aux antimicrobiens) sera menée en étroite collaboration avec les futurs commissaires à la Santé et à l’Agriculture.
« Nous devons également veiller à ce que notre Union soit préparée », a-t-elle affirmé concernant les menaces liées aux substances chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN). Le développement de la capacité à faire face aux menaces CBRN sera l’une de ses priorités, mais pour cela, « nous avons besoin de confiance », selon elle.
En effet, Hadja Lahbib a reproché aux gouvernements nationaux de ne pas partager les données en la matière. « L’un des problèmes est que nous n’avons pas une vue d’ensemble claire des capacités parmi les États membres, car il s’agit d’informations très sensibles. »
Selon la commissaire auditionnée, l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) jouera un rôle crucial « en veillant à ce que des contre-mesures médicales soient disponibles pour protéger et sauver la vie de nos concitoyens ».
Enfin, si l’accès à l’avortement et les droits des personnes en situation de handicap restent avant tout une compétence nationale, Hadja Lahbib, en tant que commissaire désignée pour l’Égalité, compte veiller à ce que ces droits soient respectés dans toute l’Europe.
La question reste maintenant de savoir si elle a convaincu les députés européens — ce qui sera décidé lors d’une réunion à huis clos avec les coordinateurs des quatre commissions compétentes qui ont dirigé l’audition : la commission du Développement (DEVE), celle des Droits des femmes et de l’Égalité des genres (FEMM), celle des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) et celle de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI).
Hadja Lahbib devra obtenir le soutien des deux tiers des eurodéputés de ces commissions être confirmée.
[Édité par Anna Martino]