Les émissaires de Trump sèment la pagaille en Europe

Dans l'édition de vendredi, également : Qatargate, migration en Espagne.

/ EURACTIV.com

Au cours d’une semaine calme à Bruxelles, l’attention s’est portée sur le « Conseil de paix », auquel ont participé jeudi 14 pays de l’UE et la Commission européenne. Tous, à l’exception de la Bulgarie et de la Hongrie, bien sûr, ont simplement rejoint le conseil en tant qu’observateurs. La France a mené l’opposition à la participation de la Commission, qui a tout de même eu lieu, rappelant ainsi l’influence du PPE (centre-droit) sur l’élaboration des politiques à Bruxelles.

À moins d’une escalade militaire de Trump contre l’Iran, l’attention politique européenne se portera ce week-end sur le salon agricole annuel français, terrain de bataille pour la course à la présidence, auquel Emmanuel Macron lui-même participera.

TGIF. Vous lisez Rapporteur le 20 février. Ici Eddy Wax, avec Nicoletta Ionta à Bruxelles.

À savoir :

🟢 Les envoyés de MAGA testent la patience de l’Europe

🟢 Échec de la contestation judiciaire des suspects du Qatargate

🟢 La Norvège nie qu’elle accueillera la réunion du Conseil de paix


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Bruxelles en un coup d’oeil


Les ambassadeurs de Donald Trump à travers l’Europe semblent avoir adopté une ligne de conduite qui va bien au-delà de la diplomatie traditionnelle : promouvoir le film Melania , organiser des célébrations extravagantes pour le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis et susciter la controverse à la manière du mouvement MAGA.

En Belgique cette semaine, l’ambassadeur américain Bill White a fait la une des journaux nationaux après avoir accusé le gouvernement d’antisémitisme dans une dispute sur la circoncision juive. Convoqué par le ministre belge des Affaires étrangères, il a redoublé d’efforts, plutôt que de se laisser intimider.

Les envoyés de Trump se sont révélés tout aussi controversés ailleurs.

En Pologne, l’ambassadeur Tom Rose s’est disputé avec le président du Parlement, de gauche, qui a refusé de soutenir la candidature de Trump au prix Nobel de la paix. Au Danemark, l’ambassadeur Ken Howery a provoqué une tempête en retirant les drapeaux rendant hommage aux soldats de l’OTAN tombés au combat.

La nouvelle ambassadrice au Luxembourg a réussi à susciter la condamnation tant du Duché que de Pékin avant même son arrivée, après avoir déclaré qu’elle « éduquerait humblement » les Luxembourgeois sur la menace chinoise. À Malte, la controverse a suivi l’ambassadrice de Trump après que son mari ait été cité dans les dossiers Epstein, demandant au délinquant sexuel si une femme qu’il fréquentait apparemment était une « prostituée ».

De telles incursions peu diplomatiques ne sont pas surprenantes. La stratégie de l’administration américaine consiste à « raviver l’esprit » en Europe, en encourageant le continent à « corriger sa trajectoire actuelle ». Organiser des réceptions n’est plus la seule mesure de l’efficacité du travail.

Une tendance perceptible est également apparue dans l’utilisation de l’antisémitisme comme levier politique.

En ce sens, les remarques de White à Bruxelles suivaient un scénario préétabli. Charles Kushner, le père du gendre de Trump, Jared, a suscité la colère des Parisiens l’été dernier lorsqu’il a accusé la France de ne pas en faire assez pour lutter contre l’antisémitisme.

Une part notable des choix de Trump en Europe sont des personnalités juives conservatrices, affectées dans des pays tels que la Belgique, la France, l’Estonie, la Roumanie, la Hongrie, le Luxembourg et la Finlande. Il est intéressant de noter qu’en Irlande, l’un des pays les plus virulents de l’UE à l’égard d’Israël, l’ambassadeur Ed Walsh – qui n’est pas juif malgré sa passion pour le golf – a fait profil bas.

L’enquête sur le Qatargate peut se poursuivre

La chambre d’accusation belge a infligé un revers aux accusés dans l’enquête sur la corruption du Qatargate, rejetant les allégations selon lesquelles l’enquête présentait des vices de forme.

Dans un arrêt de 113 pages, la cour d’appel de Bruxelles a jugé l’enquête « régulière » et a refusé de suspendre la procédure, rapporte ma collègue Elisa Braun. Cette décision permet aux enquêteurs de poursuivre leur travail après des mois de contestations procédurales. Parmi les personnes faisant l’objet de l’enquête figurent les anciens députés européens S&D Pier Antonio Panzeri et Eva Kaili, ainsi que le partenaire de Mme Kaili, Francesco Giorgi.

Les juges ont également refusé d’examiner les plaintes concernant les fuites dans la presse, affirmant que celles-ci faisaient l’objet d’une enquête distincte.

C’est la Norvège ou rien

Lors d’un événement organisé jeudi à la Maison Blanche, Trump a promis 10 milliards de dollars pour lancer le « Conseil de la paix » et a déclaré que les membres s’étaient engagés à verser 7 milliards de dollars supplémentaires.

La Commission était représentée par Dubravka Šuica, une décision qui a secoué plusieurs capitales européennes. La France a publiquement condamné cette décision, le ministre européen Jean-Noël Barrot déclarant que la Commission « n’aurait jamais dû y assister » sans l’accord du Conseil.

Trump a également suggéré que la Norvège accueillerait la prochaine réunion. Oslo a rapidement rejeté cette affirmation. « Il n’y aura pas de réunion du Conseil de paix organisée en Norvège », a déclaré un porte-parole de la Norvège à NRK.

L’UE ouvre un bureau des visas en Inde

L’UE ouvrira un nouveau bureau à New Delhi afin d’accélérer la délivrance des visas Schengen pour les spécialistes indiens des TIC, a déclaré jeudi la vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Henna Virkkunen.

Le « Bureau européen d’accès à la justice », le premier du genre dans un pays partenaire, a été annoncé lors de la visite de Mme Virkkunen en Inde pour le sommet sur l’IA, rapporte mon collègue Théophane Hartmann. Cette initiative intervient alors que Bruxelles et New Delhi négocient un accord commercial dans un contexte de pressions tarifaires américaines et d’inquiétudes croissantes concernant la pénurie de compétences numériques en Europe.

L’Espagne défend la régularisation des migrants

La ministre espagnole de la Migration, Elma Saiz, a défendu le projet du gouvernement de régulariser plus de 500 000 migrants sans papiers, arguant que le débat était devenu « complètement politisé ».

Selon cette proposition, les migrants résidant déjà en Espagne pourraient demander, pendant une période de trois mois, un permis de séjour et de travail d’un an.

Dans une interview avec sa collègue Inés Fernández Pontes, Mme Saiz a accusé l’opposition conservatrice de déformer le débat avec une rhétorique « raciste » et « xénophobe ».

« Nous ne parlons que des personnes qui se trouvent déjà en Espagne… dont beaucoup travaillent dans l’économie souterraine », a-t-elle déclaré. « Elles doivent également avoir la possibilité d’avoir des droits et des obligations. »


Les capitales


PARIS 🇫🇷 / ROME 🇮🇹

Une dispute diplomatique a éclaté jeudi entre Giorgia Meloni et Emmanuel Macron après le meurtre à Lyon de Quentin Deranque, un militant d’extrême droite âgé de 23 ans. Macron a accusé Meloni de s’ingérer dans les affaires françaises après qu’elle ait qualifié ce décès de « blessure pour toute l’Europe ». Meloni s’est dite « surprise » par ses propos, insistant sur le fait que ses commentaires faisaient référence à la polarisation politique croissante, et non à la France.

– Nicoletta Ionta

BERLIN 🇩🇪

Un an après sa victoire électorale, Friedrich Merz affronte vendredi le congrès de son parti, la CDU, sous la pression de sondages défavorables, d’une économie morose et de la progression de l’AfD, parti d’extrême droite. S’il a joué un rôle de premier plan à l’étranger, en soutenant l’Ukraine et en augmentant les dépenses de défense, il a été critiqué dans son pays pour avoir rompu sa promesse de ne pas s’endetter et pour des réformes jugées trop lentes ou trop diluées.

– Christina Zhao

MADRID 🇪🇸

Le Parti populaire, dans l’opposition en Espagne, a déclaré jeudi qu’il convoquerait l’ancien Premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero pour témoigner devant la commission Koldo du Sénat au sujet de ses liens présumés avec le sauvetage de la compagnie aérienne Plus Ultra, soutenu par l’État. Ce sauvetage, qui a eu lieu pendant la pandémie, fait l’objet d’une enquête judiciaire après l’arrestation du directeur général de la compagnie aérienne dans le cadre d’une enquête sur des irrégularités présumées dans les marchés publics et le blanchiment d’argent.

Inés Fernández-Pontes

VARSOVIE 🇵🇱

Le président Karol Nawrocki a signé jeudi une loi supprimant progressivement une loi spéciale de 2022 sur l’aide aux réfugiés ukrainiens, dont les dispositions sont désormais intégrées dans la loi plus générale sur la protection des étrangers. M. Nawrocki a déclaré avoir opposé son veto à un projet précédent qui ne tenait pas compte des préoccupations du public, imposant ainsi des modifications. Les règles révisées mettent fin à ce qu’il a qualifié de « privilèges inconditionnels » tout en prolongeant le séjour légal jusqu’en mars 2027, conformément au cadre de protection temporaire de l’UE.

Charles Szumski

ATHÈNES 🇬🇷

Les experts du ministère de la Culture rencontreront vendredi à Gand un collectionneur belge qui affirme détenir des photographies inédites de l’exécution de communistes grecs pendant l’occupation nazie. Cette affirmation a suscité des réactions sensibles à Athènes, touchant à des divisions qui ont refait surface pendant le conflit civil d’après-guerre. Les responsables évalueront les images attribuées au lieutenant allemand Hermann Heuer et pourraient soumettre une offre d’achat si leur authenticité est confirmée.

Sarantis Michalopoulos

BUDAPEST 🇭🇺

Le parti hongrois au pouvoir, le Fidesz, a suscité des critiques jeudi après avoir diffusé une vidéo de campagne générée par l’IA montrant une exécution en temps de guerre et avertissant les électeurs de ne pas « laisser d’autres décider du sort de leur famille ». Le clip, qui montre des hommes aux yeux bandés abattus par un soldat en uniforme de style nazi, fait écho au discours du Fidesz selon lequel une victoire de l’opposition aux élections d’avril pourrait entraîner la Hongrie dans la guerre. Le chef de l’opposition, Péter Magyar, l’a qualifié de « terrifiant et impardonnable ».

Charles Szumski

Rond-point Schuman

ESN + 1 : Le député européen italien Roberto Vannacci devrait être présenté comme le nouveau membre du groupe d’extrême droite Europe des nations souveraines lors d’une conférence de presse mardi prochain. L’ancien général, qui s’est fait connaître grâce à un best-seller anti-woke auto-publié, a quitté le groupe des Patriotes il y a deux semaines et est depuis courtisé par l’ESN. S’il rejoint le groupe, le plus petit groupe du Parlement passerait à 28 membres.

@POTUS : S’il subsistait un doute quant à la véritable intention du voyage de Dubravka Šuica à la Maison Blanche jeudi pour participer au Conseil de la paix, son compte X l’a dissipé en taguant Trump dans un post la montrant lors de la réunion.

La Géorgie dans leurs pensées : Les étudiants et anciens élèves du Collège d’Europe ont critiqué la décision d’inviter l’ambassadrice de Géorgie en Pologne, Diana Zhgenti, pour célébrer la fête nationale géorgienne sur le campus polonais de l’institution le 13 février. Les anciens élèves géorgiens ont fait circuler une lettre ouverte dans laquelle ils affirment que cette invitation confère une légitimité à ce qu’ils décrivent comme un régime anti-UE à Tbilissi.

« Dans le contexte géorgien actuel, la visibilité institutionnelle et la légitimité symbolique attachées à un représentant officiel du gouvernement du Rêve géorgien ne peuvent être considérées comme politiquement neutres », a écrit Kristine Pitalskaia, une ancienne élève qui travaille désormais au German Marshall Fund.


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Rencontre avec Laurent Duplomb, le sénateur qui mène la guerre contre les pesticides en France

La bataille contre les pesticides reprend en France, alors que le sénateur de centre-droit Laurent Duplomb renouvelle sa campagne en faveur de l’autorisation de l’acétamipride, arguant que les agriculteurs français sont pénalisés par leurs concurrents européens qui sont toujours autorisés à l’utiliser. Ce conflit, présenté par ses partisans comme une question de compétitivité et par ses détracteurs comme une ligne rouge sur le plan scientifique et environnemental, est en train de devenir rapidement le symbole d’un clivage agricole plus profond dans le pays.

De terribles tempêtes transforment l’Espagne en utopie en matière de prix de l’électricité

Une succession de tempêtes hivernales a poussé la production éolienne espagnole à des niveaux records, faisant baisser les prix de gros de l’électricité à une moyenne de 12 € par MWh en février, bien en dessous des 90 à 120 € observés ailleurs dans l’UE.

Mais l’interconnexion limitée de la péninsule ibérique avec la France, dont la capacité transfrontalière ne représente que 3,6 % de la demande de pointe, retient une grande partie de cet excédent sur le territoire national et renforce son statut d’île énergétique européenne.


Editeurs.trices : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Elisa Braun, Théophane Hartmann, Inés Fernándes-Pontes, Magnus Lund Nielsen