Pedro xcx
Également dans l'édition de lundi : Ceuta, « personnalités éminentes », outil d'IA
Vous lisez Rapporteur ce lundi 3 août. Eh oui, je suis toujours là ! Ici Eddy Wax, à Bruxelles, pour donner le coup d’envoi d’une dernière semaine de couverture avant nos vacances d’été.
À retenir :
🟢 Sánchez tient tête à 22 dirigeants au sujet de Ceuta
🟢 La Commission fait appel à des personnalités « éminentes » pour enquêter sur l’AfD
🟢 L’UE envisage d’exclure les technologies américaines de son outil de recrutement interne
Sur le rond-point Schuman : le PPE rejette l’appel de l’extrême droite en faveur d’une session plénière estivale
L’Europe, vue de Bruxelles
« Spring summer ’26, when the world is gonna end, no hope for any of it » (Printemps-été 2026, lorsque le monde va prendre fin, plus aucun espoir), chante la pop star britannique Charli xcx sur son nouvel album teinté d’une sombre ironie.
C’est une bande-son qui convient parfaitement aux derniers jours apocalyptiques que vient de connaître la politique européenne, marqués par l’effondrement de l’unité de l’UE après le passage de près de 80 000 Marocains dans l’enclave nord-africaine de Ceuta, possiblement dans le cadre d’une action concertée de Rabat visant à faire valoir ses revendications sur le territoire espagnol.
Mais malgré les images montrant des gardes-frontières marocains restant les bras croisés, et un article du New York Times indiquant que le Maroc a encouragé les migrants à entrer en Espagne, rares sont les gouvernements européens, pour ne pas dire aucun, qui ont osé pointer du doigt Rabat.
De hauts responsables de l’UE ont félicité les autorités marocaines pour avoir coopéré « très, très pleinement » alors que la crise se déroulait vendredi, tout en évitant ce qu’ils ont qualifié de « spéculations » sur le rôle éventuel de Rabat.
Il était plus facile de faire de Pedro Sánchez – qui semble en permanence sur le point de perdre le pouvoir – le bouc émissaire plutôt que d’une monarchie dont l’UE dépend pour la gestion des migrations.
Le Premier ministre espagnol, qui a lui-même accusé les passeurs, s’est opposé à Giorgia Meloni, Mette Frederiksen et 20 autres dirigeants dans une guerre de lettres ouvertes démoralisante à l’adresse de Bruxelles au cours du week-end.
Sánchez les a accusés d’agir à l’encontre des « principes de solidarité » de l’UE. Ils ont laissé entendre qu’il n’avait pas su protéger la frontière extérieure de l’Union et ont critiqué son projet controversé visant à régulariser des centaines de milliers de migrants en Espagne.
Ne vous attendez pas à ce que les tensions s’apaisent lorsque les ministres des Affaires intérieures de l’UE se réuniront mardi par vidéoconférence. Cette réunion, loin d’être urgente maintenant que la crise immédiate est passée, s’annonce comme une nouvelle occasion de s’en prendre à Sánchez, et pour ce dernier de dénoncer le manque de solidarité européenne – bien qu’il n’en ait pas sollicité.
Le véritable test de cette solidarité aura lieu à l’automne, lorsque la Commission européenne devra décider si l’Espagne doit rester sur la liste des pays de l’UE éligibles à un soutien financier ou opérationnel en raison de la forte pression migratoire à ses frontières. Le PPE (centre-droit) pourrait-il sanctionner Sánchez en retirant l’Espagne de cette liste ?
Les autorités espagnoles prennent soin de souligner qu’aucun des migrants n’a réussi à atteindre le continent espagnol ni l’espace Schengen au sens large. Au moins 72 Marocains ont trouvé la mort en tentant la traversée, selon les autorités locales, tandis que plus de 100 personnes sont toujours portées disparues.
Critiqué pour ne pas avoir déclaré l’état d’urgence et pour avoir déployé l’armée trop tard, Sánchez s’est moqué de l’opposition samedi en publiant… sa playlist musicale estivale, qui comprend un titre de Charli xcx.
Le message semblait être : je suis détendu, je suis une star et il n’y a aucune crise que je ne puisse gérer.
L’extrême droite envahit Ceuta
Dimanche midi, il semblait y avoir plus de responsables politiques d’extrême droite internationaux à Ceuta que de migrants marocains. La crise migratoire est devenue un point de ralliement pour les populistes européens, parmi lesquels Zia Yusuf, de Reform UK, le député européen d’extrême droite Alvise Pérez et l’influenceur conservateur espagnol Vito Quiles, qui est arrivé avec un convoi de sécurité pour « protéger » les citoyens espagnols de ce qu’il a qualifié d’« abandon » de l’enclave par Madrid.
Le parti Vox a qualifié l’arrivée massive de migrants d’« invasion militaire » et d’« acte de guerre », tandis que le groupe néonazi Núcleo Nacional a organisé samedi un rassemblement dans le centre-ville aux côtés du parti de Pérez, Se Acabó La Fiesta.
Les visiteurs ont été accueillis avec hostilité par la population de Ceuta. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent Pérez hué et escorté par des agents de la police nationale tandis que les habitants scandaient « Ceuta unie, pas divisée ». La police a escorté plusieurs groupes d’extrême droite, dont une vingtaine de membres de Núcleo Nacional, hors de la ville après des affrontements avec les habitants.
Pas de technologie américaine dans l’outil de recrutement de l’UE ?
La Commission envisage de remplacer la technologie américaine sur laquelle repose un nouvel outil de recrutement basé sur l’IA par des alternatives européennes, rapporte Miriam Sáenz de Tejada.
Nous avions révélé en juin que cet outil était en cours de développement à l’aide des services cloud d’AWS et du modèle d’IA Claude d’Anthropic. Mais suite à la levée de boucliers du personnel de la Cour de justice concernant la souveraineté numérique et la protection des données, la Commission envisage désormais de se tourner vers des fournisseurs européens de cloud et d’IA. Lisez l’article complet.
Des « personnalités éminentes » chargées d’évaluer une interdiction de l’AfD
Deux anciens hauts fonctionnaires devraient participer à une enquête sans précédent visant à déterminer si le parti AfD au niveau européen devrait être interdit pour avoir enfreint les « valeurs de l’UE ».
Cette enquête concerne le parti Europe des nations souveraines (ENS), qui tire l’essentiel de son financement du Parlement européen et compte parmi ses membres l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le Futuro Nazionale de Roberto Vannacci et le parti Reconquête d’Éric Zemmour.
La procédure a été lancée par l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes (APPF), un organisme peu connu chargé de veiller au respect de la législation européenne par les partis paneuropéens. Elle a récemment fait la une des journaux en raison de la nomination controversée de son nouveau directeur.
Le Berlaymont a pris contact avec Alexander Italianer, ancien secrétaire général néerlandais de la Commission, et Martine Reicherts, une fonctionnaire de carrière qui a brièvement occupé le poste de commissaire du Luxembourg. Ils devraient être officiellement nommés dans les semaines à venir, ont indiqué plusieurs sources à Rapporteur.
D’autres experts formeront le « comité de personnalités éminentes indépendantes » chargé de conseiller l’Autorité sur la manière de procéder concernant l’éventuelle interdiction de l’ENS. Ce comité sera composé de deux membres issus respectivement du Conseil, du Parlement et de la Commission. Le Conseil et le Parlement ont déjà désigné leurs représentants.
(Martine Reicherts est présidente du conseil d’administration de Mediahuis Luxembourg, filiale du groupe Mediahuis, propriétaire d’Euractiv.)
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- La réorientation de l’Allemagne en matière d’énergies renouvelables risque de compromettre la confiance des investisseurs, selon un lobby
- Les cultures génétiquement modifiées se rapprochent des champs européens
- Opinion : L’Europe devrait résister à la tentation chinoise en matière d’IA
Rond-point Schuman
Pas de séance plénière sur Ceuta : Que les députés européens se rassurent. Ils ne seront pas contraints de couper court à leurs vacances pour assister à une séance plénière cet été, malgré les demandes des Patriotes pour l’Europe de Jordan Bardella. Les Patriotes ont été les premiers à demander la reprise des travaux du Parlement pour traiter de la crise de Ceuta.
Ils ont écrit à Roberta Metsola, suivis ensuite par le groupe Europe des nations souveraines (ENS) puis, enfin, par les Conservateurs et Réformistes européens (CRE). Mais ces trois groupes ne disposaient pas de la majorité nécessaire pour y parvenir sans le soutien du PPE.
Et cela ne se fera pas. Un responsable du Parlement m’a renvoyé à une déclaration de la commission des libertés civiles, présidée par le PPE, qui indique que les députés européens débattront des événements de Ceuta en septembre.
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Le leader de la CSU et ministre-président de Bavière, Markus Söder, a apporté son soutien à Friedrich Merz suite aux critiques suscitées par les récentes turbulences au sein du gouvernement, tout en appelant à une ligne plus dure en matière d’immigration afin d’endiguer le soutien croissant dont bénéficie l’AfD, parti d’extrême droite. Dans une interview accordée à l’ARD, Söder a déclaré que l’AfD ne peut être vaincue ni en copiant ses politiques, ni en l’ignorant, estimant qu’une croissance économique plus forte et des contrôles aux frontières plus stricts constituent la meilleure réponse.
– Victoria Becker
DUBLIN 🇮🇪
Le soutien au Fianna Fáil, parti centriste au pouvoir en Irlande, a chuté à 16 %, son plus bas niveau depuis deux ans, selon le dernier sondage Independent/Ireland Thinks. Le Sinn Féin, parti de gauche, a gagné un point pour atteindre 20 %, à égalité avec son partenaire de coalition de centre-droit, le Fine Gael, tandis que les sociaux-démocrates de centre-gauche ont reculé à 10 %. La cote de popularité de Micheál Martin s’est maintenue à 35 %. Le coût de la vie reste la principale préoccupation des électeurs, devant le logement, 61 % d’entre eux se déclarant insatisfaits de l’action du gouvernement.
– Charles Szumski
PARIS 🇫🇷
Gabriel Attal, leader du mouvement centriste Renaissance, s’est engagé à mener « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 » s’il est élu président de la République en 2027. L’ancien Premier ministre a proposé de réduire le nombre de sièges à l’Assemblée nationale de 577 à 350 et au Sénat de 348 à 200, ainsi que d’instaurer des référendums annuels et de réformer en profondeur l’organisation territoriale. Il s’est également prononcé en faveur de quotas d’immigration, de départs volontaires pour 100 000 fonctionnaires et du remplacement de l’âge légal de la retraite par un système de retraite universel reposant en partie sur des régimes par capitalisation.
– Charles Szumski
BUDAPEST 🇭🇺
La Hongrie a exhorté les ménages à réduire leur consommation d’électricité après que le niveau historiquement bas du Danube a contraint la seule centrale nucléaire du pays, celle de Paks, à fermer pour la première fois en 44 ans. Le gouvernement a demandé aux consommateurs d’éviter d’utiliser les lave-linge et les sèche-linge pendant les heures de pointe du soir, tout en doublant ses importations d’électricité en provenance des pays voisins. Le Premier ministre Péter Magyar a averti que les cinq prochains jours seront critiques, alors qu’une nouvelle vague de chaleur se profile. Lisez l’article complet.
– Nikolaus J. Kurmayer
ATHÈNES 🇬🇷
Deux pompiers ont trouvé la mort après la collision de leurs hélicoptères alors qu’ils luttaient contre un incendie à l’ouest d’Athènes, portant à cinq le nombre de victimes des incendies qui ont ravagé la Grèce la semaine dernière. Cet accident a conduit les autorités à immobiliser au sol les hélicoptères de lutte contre les incendies de type Bell dans la région, dans l’attente des résultats d’une enquête. Près de 500 pompiers, soutenus par des équipes venues de France et de Roumanie, ont continué à lutter contre de nombreux incendies, alors que des vents violents et la sécheresse attisaient les flammes à travers tout le pays.
– Christina Zhao
Editrices.teurs : Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributrices.teurs : Inés Fernández-Pontes, Victoria Becker, Théophane Hartmann, Miriam Sáenz de Tejada, Nikolaus J. Kurmayer
Traductrice : Clara Vassent