Reçus par la Première ministre, les syndicats appellent au retrait de la réforme des retraites

La Première ministre Elisabeth Borne a convié les syndicats à Matignon mardi et mercredi (16-17 mai), afin de « donner plus de place à la négociation et au dialogue social ». Les syndicats sont prêts à négocier, tout en continuant à appeler à l’abrogation de la réforme des retraites.

Euractiv France
French prime minister receives workers unions after weeks of protest
Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger (G) et la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet (D). [YOAN VALAT/EPA-EFE]

La Première ministre Elisabeth Borne a convié les syndicats à Matignon mardi et mercredi (16-17 mai), afin de « donner plus de place à la négociation et au dialogue social » et lancer la dynamique autour d’un nouveau « Pacte de la vie au travail ». Les syndicats sont prêts à négocier, tout en continuant à appeler à l’abrogation de la réforme des retraites.

Relancer le dialogue social, après quatre mois d’une crise politique majeure autour de la réforme des retraites : telle est l’ambition d’Elisabeth Borne en invitant les syndicats à Matignon.

Il n’y a d’ailleurs pas d’ordre du jour : « je suis à l’écoute des priorités que les organisations syndicales et patronales souhaitent mettre dans la discussion », a-t-elle précisé dimanche (14 mai) dans les colonnes du Journal du dimanche (JDD).

Si les syndicats avaient unanimement rejeté la main tendue par Emmanuel Macron en avril, et son invitation à l’Elysée, la proposition de dialogue de la part de la Première ministre a été accueillie plutôt favorablement.

« Tous les sujets semblent ouverts, donc ça démarre bien », explique Cyril Chabanier, président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), sur Public Sénat, soulignant que « recréer du dialogue social » est un impératif, après une « séquence retraites désastreuse ».

Cinq leaders syndicaux rencontreront Mme Borne, les uns à la suite des autres. Frédéric Souillot, secrétaire général de Force ouvrière (FO) et Laurent Berger, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) ont été reçus dès mardi soir.

« On a été francs, directs, de chaque côté de la table. On a ouvert le bal mais on n’a pas dansé », a expliqué M. Souillot sur BFMTV au sortir du rendez-vous.

François Hommeril, président de la Confédération française de l’encadrement (CFE-CGC), Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail, et M. Chabanier seront reçus mercredi.

L’urgence : les salaires

Tous s’accordent à dire que l’urgence concerne avant tout les salaires et le pouvoir d’achat – alors que l’année 2022 a vu l’inflation exploser à 5,2 %, contre 1,6 % en 2021 et 0,5 % en 2020, selon l’INSEE.

Quant aux salaires de base, ils n’ont augmenté que de 3,7 % à la fin de l’année 2022, soit moins rapidement que l’inflation. Seul le salaire minimum (SMIC), dont la revalorisation est automatiquement indexée à l’inflation, a crû de 6,6 % en 2022.

« Il y a 151 négociations collectives avec des niveaux de rémunérations plus bas que le SMIC », affirme M. Chabanier, qui propose, de concert avec les autres membres de l’intersyndicale, de conditionner les aides publiques afin d’empêcher leurs versements aux entreprises qui « ne jouent pas le jeu ».

Autre suggestion de la part de la cégétiste Sophie Binet : indexer les salaires à l’inflation, sans quoi les entreprises auraient « intérêt à [les] garder bas », et créer un tassement à un niveau proche de celui du SMIC.

En revanche, l’annonce par M. Macron lors de son entretien télévisé lundi (15 mai) de baisser les impôts à hauteur de 2 milliards d’euros laisse les syndicats perplexes.

« Ça ne fait pas une politique sociale », déplore Laurent Berger, qui estime que le président est coupable de « paresse pour ne pas revoir complètement la politique fiscale du pays » et aller vers une redistribution plus juste.

La question du travail

Plus largement, le sujet des conditions de travail est sur toutes les lèvres.

« Il faut mettre l’organisation du travail comme sujet de négociation obligatoire » en entreprise, lance M. Berger, qui explique que les lois ne font pas tout, et qu’un changement de paradigme est nécessaire pour « redonner des marges de manœuvre aux salariés ».

Il est convaincu que la question de la semaine des quatre jours doit être abordée, au moins dans certaines branches. Une idée qui ne déplaît pas à Mme Binet, qui assume vouloir parler de « réduction de travail » et veut la semaine de quatre jours à 32 heures.

Quant à François Hommeril, il frappera du poing sur la table lors de sa rencontre avec la Première ministre : si elle refuse de retirer le dernier dispositif de la réforme de l’assurance-chômage, qui veut qu’un chômeur perde 25 % de ses allocations-chômage si le taux de chômage national baisse sous la barre des 9 %, « la CFE-CGC refusera de travailler avec elle ».

Enfin, M. Chabanier s’est dit opposé à ce que le Revenu de solidarité active (RSA) soit conditionné à des heures de travail hebdomadaires obligatoires, un engagement qu’avait pris M. Macron lors de l’élection présidentielle de 2022. « Ça ne peut pas devenir des heures de travail à bas coût », insistant plutôt sur l’importance d’un accompagnement pour chaque bénéficiaire.

Unis contre la réforme des retraites

Pas question pour autant que ces rencontres marquent la fin de la mobilisation syndicale contre la réforme des retraites, alors qu’une nouvelle journée de mobilisations est prévue le 6 juin. Dès dimanche, l’intersyndicale publiait un communiqué pour « obtenir le retrait et la justice sociale ».

« On va d’abord parler des retraites » à Matignon, affirme M. Berger. Il fait état d’un « sentiment de colère » partout dans le pays, que seule l’abrogation de la réforme peut calmer.

Même son de cloche à la CGT et chez FO, où l’on considère qu’il « n’y aura pas de retour à la normale si la réforme n’est pas abandonnée », tant « la défiance est profonde », analyse Mme Binet.

La volonté du groupe Libertés, indépendants, Outre-mer et territoires (LIOT) à l’Assemblée nationale de déposer une proposition de loi pour abroger la réforme des retraites est donc vue d’un très bon œil par les syndicats.

Ce texte fait office de dernière chance, soupire M. Chabanier, qui laisse entendre que la bataille contre la réforme des retraites sera perdue pour de bon si la proposition de loi n’aboutit pas.

Et peu importe que la probabilité d’être approuvée au Sénat – étape incontournable pour une adoption finale du texte – soit presque nulle : « si la loi est votée à l’Assemblée nationale, ça sera un coup de tonnerre ».

De fait, empêcher l’examen de la proposition de loi, comme semble l’envisager la majorité, « serait inacceptable », a fustigé Laurent Berger après sa rencontre avec la Première ministre.

Une proposition de loi jugée « irresponsable » par Elisabeth Borne, qui contribuerait à « aggraver le déséquilibre » du système des retraites. « C’est grave de mentir aux Français », conclut-elle dans le JDD.