Référendum en Moldavie : l’adhésion à l’UE mise en péril par des allégations d’achats de voix par la Russie

Les résultats du référendum en Moldavie sur l’inscription de l’adhésion à l’Union européenne (UE) dans la constitution sont en suspens, alors que la présidente sortante Maia Sandu accuse la Russie d’avoir acheté 300 000 votes pour faire basculer le scrutin.

EURACTIV.com
Moldova holds presidential elections, EU accession referendum
S’adressant aux journalistes à Chișinău alors que le décompte des voix se poursuivait, Maia Sandu a déclaré : « La Moldavie a été confrontée à une attaque sans précédent contre la liberté et la démocratie de notre pays, tant aujourd’hui qu’au cours des derniers mois ». [EPA-EFE/DUMITRU DORU]

Les résultats du référendum en Moldavie sur l’inscription de l’adhésion à l’Union européenne (UE) dans la constitution sont en suspens, alors que la présidente sortante Maia Sandu accuse la Russie d’avoir acheté 300 000 votes pour faire basculer le scrutin.

Le double scrutin de dimanche 20 octobre — élection présidentielle et référendum sur l’adhésion à l’UE — était considéré comme un test clé pour l’orientation pro-européenne du pays, qui a coupé les liens avec la Russie à la suite de son invasion de l’Ukraine et qui a ensuite demandé à rejoindre l’Union européenne en juin 2024.

Les sondages précédant le référendum prévoyaient un « oui » à la question de savoir si la constitution du pays devait être modifiée pour faire de l’adhésion à l’UE un objectif clé.

Plus de 1,5 million de personnes, soit environ 51 % des électeurs moldaves, ont voté lors de ce scrutin, ce qui dépasse largement le seuil de 33 % requis pour qu’il soit considéré comme valide.

Selon les chiffres confirmés par la Commission électorale centrale de Moldavie tôt lundi 21 octobre (98,06 % des bulletins ayant été dépouillés), 50,11 % (729 446) des électeurs moldaves ont voté « non », tandis que 49,89 % (726 133) ont répondu « oui ».

La marge entre les deux camps est donc très mince, ce qui, selon les observateurs, pourrait remettre en question la légitimité du vote.

« Comme la propagande russe a présenté ce vote comme [un choix] en faveur ou non de l’intégration à l’UE en tant que telle, plutôt que comme un changement constitutionnel formel, le danger est que toutes les décisions ultérieures concernant notre chemin vers l’UE puissent être remises en question », a confié à Euractiv une source moldave qui s’est exprimée anonymement.

La source a ajouté qu’une autre question de légitimité résulterait du fait que la diaspora du pays fasse basculer le vote dans sa dernière ligne droite.

Le résultat sera confirmé lorsque 100 % des votes auront été dépouillés.

Le résultat serré du référendum sur l’UE constitue un revers majeur pour Maia Sandu, qui a remporté le premier tour de l’élection présidentielle, qui s’est déroulée parallèlement au référendum.

Cette dernière a obtenu 41,86 % des voix et devrait désormais affronter son plus proche concurrent, Alexandr Stoianoglo, un ancien procureur soutenu par les socialistes pro-russes, qui a quant à lui obtenu 26,32 %. Le second tour aura lieu le 3 novembre.

Un achat de voix « sans précédent »

S’adressant aux journalistes à Chișinău alors que le décompte des voix se poursuivait, Maia Sandu a déclaré : « La Moldavie a été confrontée à une attaque sans précédent contre la liberté et la démocratie de notre pays, tant aujourd’hui qu’au cours des derniers mois ».

« Des groupes criminels, en collaboration avec des forces étrangères, ont déployé des dizaines de millions d’euros, des mensonges et de la propagande » pour tenter de maintenir la Moldavie « dans l’incertitude et l’instabilité », a-t-elle accusé dans des remarques brèves mais exceptionnellement fortes.

« Nous avons des preuves évidentes que ces groupes criminels avaient pour objectif d’acheter 300 000 votes — une fraude d’une ampleur sans précédent — leur objectif étant de nuire au processus démocratique, de répandre la peur et la panique dans la société », a poursuivi la présidente sortante.

Maia Sandu n’a pas fourni de preuves immédiates de ces allégations, mais des responsables moldaves ont expliqué qu’il était probable que l’enquête soit clarifiée dans le courant de la journée de lundi.

La Commission électorale centrale de Moldavie et la mission d’observation électorale de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) devraient présenter leurs résultats dans la journée.

« Nous n’abandonnerons pas la défense de la démocratie et de la liberté ; nous attendons les résultats définitifs et nous prendrons des décisions fermes », a affirmé Maia Sandu.

La police moldave a procédé à des centaines d’arrestations au cours des dernières semaines après avoir découvert un système présumé d’achat de votes par la Russie qui, selon elle, était susceptible d’avoir un impact sur plus de 130 000 citoyens.

L’oligarque pro-russe Ilan Sor, qui a été sanctionné par l’Occident pour avoir dirigé les opérations du Kremlin en Moldavie, a publiquement offert de l’argent en échange de votes contre l’intégration à l’UE.

Chișinău considère également que Moscou était derrière les plans de formation de centaines de ses citoyens en Russie pour organiser des troubles civils en Moldavie pendant ou après les élections.

Avant le vote, les fonctionnaires et les experts moldaves ont présenté les élections de dimanche comme un test pour les élections parlementaires de l’année prochaine, qui pourraient être encore plus décisives pour l’orientation pro-européenne du pays.

Qu’en est-il de l’UE ?

La vice-première ministre moldave Cristina Gherasimov, qui s’est confiée à Euractiv avant le vote la semaine dernière, a déclaré que l’adhésion à l’UE était « existentielle » pour son pays et qu’il n’y avait pas de « plan B » pour Chișinău à l’avenir.

Avant le scrutin de dimanche, des fonctionnaires et diplomates européens avaient exprimé en privé leur crainte qu’un résultat négatif du référendum sur l’UE ne fasse retomber le pays dans la sphère d’influence de la Russie.

Le résultat est maintenant susceptible de créer un casse-tête majeur pour Bruxelles et ses intérêts dans le voisinage proche de l’Union, d’autant plus que l’élargissement a été déclaré comme une priorité absolue après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

« Nous [l’UE] ne devrions pas considérer l’élargissement comme acquis », a déclaré Ioanela Maria Ciolan, chercheuse au Centre Wilfried Martens à Bruxelles.

« Le processus peut être retardé, arrêté et même inversé si le contexte international change, et dans le cas de la Moldavie, les enjeux sont plus élevés parce que la Russie a un intérêt plus direct à garder le pays en dehors de l’UE et sous son influence », a expliqué la chercheuse.

Un fonctionnaire de l’UE, réagissant aux résultats préliminaires, est allé encore plus loin en affirmant qu’il craignait que le résultat des élections en Moldavie ne soit pas de bon augure pour l’objectif global de l’UE dans son voisinage.

« La semaine prochaine, nous aurons probablement un autre problème en Géorgie, où tout indique que le gouvernement du Rêve géorgien, proche de la Russie, remportera les élections », a-t-il exposé.

« Il ne s’agit pas seulement d’une mauvaise image, mais d’une atteinte profonde à nos intérêts », selon lui.

En parallèle à l’Ukraine, Bruxelles a considérablement renforcé son soutien financier et sécuritaire au pays et a formellement lancé les négociations d’adhésion à l’UE avec Chișinău en juin, deux ans seulement après que le pays ait déposé sa candidature à l’adhésion.

« Bruxelles doit également mieux souligner les avantages sociaux et économiques concrets de l’intégration européenne pour la Moldavie », estime Ionela Maria Ciolan, ajoutant qu’un point de départ clé serait l’approbation rapide du plan de croissance et d’investissement de 1,8 milliard d’euros de la Commission européenne pour le pays.

D’après elle, Bruxelles devrait également intensifier son soutien à Chișinău pour renforcer sa résistance à l’ingérence russe et augmenter les investissements dans les campagnes de sensibilisation du public visant à dénoncer cette ingérence.