Réforme de la Chambre des lords : la coalition britannique sous pression
Le gouvernement britannique a essuyé un grave revers lundi lorsque le partenaire minoritaire de la coalition s'est rebellé après que ses alliés au pouvoir, les conservateurs, ont anéanti ses projets de réforme de la Chambre des lords.
Le gouvernement britannique a essuyé un grave revers lundi lorsque le partenaire minoritaire de la coalition s'est rebellé après que ses alliés au pouvoir, les conservateurs, ont anéanti ses projets de réforme de la Chambre des lords.
Le vice-premier ministre britannique et chef de file des libéraux-démocrates, Nick Clegg, a déclaré que la coalition formée en 2010 était entrée dans une nouvelle ère, bien qu'il ait assuré qu'il ne mettrait pas le gouvernement à mal en lui retirant le soutien de son parti.
Humilié par l'annonce de l'annulation d'une réforme que son parti défendait depuis plus d'un siècle, M. Clegg a expliqué que son parti n'en resterait pas là et s'opposerait à la redéfinition des circonscriptions électorales qui aurait pu bénéficier aux conservateurs lors du scrutin de 2015.
En bloquant ce projet de modification des circonscriptions qui élisent les législateurs de la Chambre des communes, M. Clegg risque bien de porter un coup aux espoirs électoraux de M. Cameron.
Mauvaise nouvelle pour David Cameron
Cette rébellion pourrait compliquer la tâche du premier ministre, David Cameron, qui tente de sauvegarder la coalition alors que la population commence à en avoir assez des problèmes économiques et que le Parti travailliste dans l'opposition est en tête des sondages.
« Le Parti conservateur n'honore pas ses engagements en matière de réforme de la Chambre des lords et une partie de notre contrat a donc été brisée », a expliqué M. Clegg lors d'une conférence de presse organisée à la hâte. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. »
Steven Fielding, politologue de l'université de Nottingham, a expliqué que M. Clegg n'avait certainement pas eu d'autre choix que de riposter.
« Cela permettra probablement de sauver la coalition, mais elle ne sera sans doute plus dans un aussi bon état qu'en 2010 », a-t-il déclaré.
La Chambre des Lords, le chambre haute non élue du parlement britannique, ne devrait donc pas subir de réforme de si tôt, malgré ses nombreux détracteurs qui affirment que ses membres sont nommés pour des motifs politiques et que les « pairs héréditaires » ne jouissent d'un siège que par le hasard de la naissance.
Bien que cette chambre n'ait pas le pouvoir de proposer de nouvelles lois, elle examine les nouveaux textes législatifs et a le pouvoir de les reporter ou de proposer des changements.
L'annulation de la réforme de la Chambre des lords, un élément clé de l'accord de coalition conclu en mai 2010 avec les conservateurs de M. Cameron, est une grande déception pour M. Clegg, dans la mesure où cela donne l'impression que les libéraux-démocrates n'ont pas retiré grand-chose de la formation d'un gouvernement avec un parti qui n'est pas leur allié sur le plan idéologique.
M. Clegg a expliqué qu'il entretenait de « bonnes » relations de travail avec M. Cameron, mais que ce différend sur la réforme de la chambre pourrait mener à ce que les libéraux-démocrates ont décrit comme une réaction en chaîne de désaccords entre les partenaires de coalition.
Cette situation pourrait encore réduire la marge de manœuvre de M. Cameron, lui qui peine déjà à opérer des coupes budgétaires dans une économie de 2000 milliards d'euros qui se contracte depuis trois trimestres.
Le gouvernement restera en place jusqu'en 2015
Aucun des partis au pouvoir ne souhaite toutefois voir s'effondrer la coalition et déclencher des élections en pleine récession. Les deux partis n'ont en effet pas les faveurs de la population en ce moment.
M. Fielding a expliqué que M. Clegg en avait probablement fait suffisamment pour apaiser les dissensions internes et assurer l'avenir immédiat de la coalition. « De la manière dont c'est présenté à la population, la situation paraît infâme, incohérente, partagée, un vrai fouillis », a-t-il déclaré.
Abandonner la réforme de la Chambre des lords est un coup dur pour son parti, car il a soutenu une proposition impopulaire visant à accroître les frais d'inscription à l'université dans le cadre de cet accord de coalition, une décision qui a fait chuter son parti dans les sondages d'opinion.
« Je ne peux pas accepter que les rebelles conservateurs puissent choisir les parties du contrat qui leur plaisent, alors que les membres libéraux-démocrates du parlement sont tenus de respecter l'accord dans son ensemble », a déclaré M. Clegg.