Schengen : l’Allemagne offre un soutien électoral de dernière minute à Sarkozy

Paris et Berlin renouvellent leurs revendications sur la fermeture des frontières. Une demande qui intervient à un moment déterminant de la campagne.

EURACTIV.fr
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Paris et Berlin renouvellent leurs revendications sur la fermeture des frontières. Une demande qui intervient à un moment déterminant de la campagne.

A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, les ministres de l’Intérieur Claude Guéant et Hans-Peter Friedrich reviennent à la charge sur l’épineux dossier des frontières.

Dans une lettre adressée à la Présidence danoise de l’UE, le 19 avril, Paris et Berlin critiquent les propositions de la Commission, qui dépossède, selon eux, la capacité des États à déterminer eux-mêmes les conditions du rétablissement des contrôles aux frontières intérieures. Une doléance déjà formulée en septembre dernier, à l’occasion d’une initiative tripartite qui associait cette fois-là l’Espagne.

A une semaine du prochain conseil des ministres européens de l’Intérieur, Berlin et Paris envoient donc un signal, en montrant qu’ils partagent le même avis sur l’immigration, thème au cœur de la campagne de Nicolas Sarkozy. C’est « la preuve que les autorités allemandes rejoignent ainsi la volonté politique courageuse de Nicolas Sarkozy de mieux contrôler les frontières de l’espace Schengen », assure Kosciusko-Morizet, la porte-parole du président-candidat.

« Peu d’options » pour les États

Dénonçant le « peu d’options » dont disposent les pays lorsque « les normes de lutte contre l’immigration clandestine » ne sont pas respectées, MM. Guéant et Friedrich demandent  la mise en place d’un « mécanisme de compensation assorti d’une clause de sauvegarde ».

Ce système s’appliquerait lorsqu’un État membre de l’espace Schengen éprouverait des « difficultés » à gérer les flux migratoires, ou que le « fonctionnement de la zone de libre-circulation serait compromis. » Alors que les deux États souhaitent rétablir les contrôles pendant 30 jours renouvelables, la Commission propose un délai restreint à 5 jours pour gérer les situations d’urgence. La prorogation nécessiterait par ailleurs son aval.

Les deux capitales n’excluent pas complètement la Commission du champ de vision, mais limitent son rôle. Elle ne pourrait émettre qu’une recommandation que les États seraient libres de ne pas suivre. Entre octobre 2006 et septembre 2011, les pays de l’UE n’ont eu recours « que » 26 fois au rétablissement des frontières, rappellent les ministres, sans entraîner « ni difficulté, ni abus ».

« La réintroduction unilatérale des contrôles aux frontières n’a jamais dépassé 30 jours », admet la Bruxelles, mais « souvent, les informations que les États membres sont tenus de fournir (…) n’arrivent toutefois pas assez tôt ou sont insuffisamment détaillées pour permettre à la Commission d’émettre utilement un avis au sujet de la notification. »

>>> Lire Réforme de Schengen : les États tirent les premiers

Soutien électoral allemand

L’envoi de cette lettre a provoqué de vives réactions, en France mais aussi Outre-Rhin. « Ce type d’aide dans la campagne électorale, je trouve ça tout sauf bon », a affirmé Alexander Graf Lambsdorff, président du groupe des libéraux allemands au Parlement européen au quotidien Der Spiegel.

Le FDP (parti libéral au sein de la coalition de gouvernement d’Angela Merkel) fera pression sur le gouvernement pour que les vrais problèmes soient résolus. « Ceux-ci se trouvent aux frontières extérieures, en Grèce, et sur l’île de Lampédusa, a-t-il déclaré. Il faudra apporter une aide européenne et non restreindre la liberté de circulation des citoyens au cœur de l’Europe. »

Critiques françaises

A gauche, et dans le contexte de la campagne, les critiques pleuvent aussi. L’absence de Claude Guéant ayant été remarquée lors du Conseil des ministres européens du 8 mars, Catherine Trautmann et Sylvie Guillaume se demandent si la lettre n’est autre qu’un « mot d’excuse » que lui fait son homologue allemand.

Dénonçant la tactique de l’Elysée et du gouvernement, faite de « déclarations spectaculaires » et de « tentatives de diversion », elles regrettent la « confusion savamment entretenue » entre le « renforcement des frontières extérieures » et le « rétablissement des contrôles aux frontières intérieures ».