Serbie-Kosovo : tensions croissantes après l'échec des négociations sur les plaques d'immatriculation

L'UE a averti « d’une intensification de la situation et de la violence », après que la Serbie et le Kosovo ne sont pas parvenus à un accord pour mettre fin à leur querelle de longue date concernant les plaques d'immatriculation utilisées par la minorité ethnique serbe au Kosovo.

Euractiv.com
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M. Borrell a indiqué que l’UE avait présenté une proposition qui aurait pu éviter une nouvelle intensification de la situation. Cette proposition a été acceptée par le président serbe Aleksandar Vučić mais pas par le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti.

L’Union européenne a averti « d’une intensification de la situation et de la violence », lundi (21 novembre), après que la Serbie et le Kosovo ne sont pas parvenus à un accord lors de discussions d’urgence à Bruxelles pour mettre fin à leur querelle de longue date concernant les plaques d’immatriculation utilisées par la minorité ethnique serbe au Kosovo.

« Après de nombreuses heures de discussion […] aujourd’hui, les deux parties ne se sont pas mises d’accord sur une solution », a déclaré à la presse à Bruxelles le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, après des discussions sans résultat qui ont duré plus de huit heures.

« Les deux parties portent l’entière responsabilité de l’échec des négociations d’aujourd’hui et de toute intensification de la violence qui pourrait se produire sur place dans les jours à venir », a-t-il indiqué.

Les tensions entre Belgrade et son ancienne province, qui s’est déclarée indépendante en 2008, se sont exacerbées ces derniers mois et risquent de devenir la crise la plus grave de ces dernières années entre les deux parties.

Le Kosovo, toujours non reconnu par la Serbie et abritant une population majoritairement albanaise, souhaite que tous ses citoyens, y compris les quelque 10 000 Serbes résidant au Kosovo, dont les voitures possèdent encore des plaques d’immatriculation serbes datant d’avant 1999, remplacent celles-ci par des plaques de la République du Kosovo.

Ce plan a été confronté à une résistance forte et parfois violente de la part des Serbes du nord du pays, qui a été largement suscitée par Belgrade, selon le Kosovo.

Depuis le 1er novembre, date à laquelle Pristina a commencé à mettre en œuvre le plan par étapes visant à réimmatriculer les voitures portant des plaques d’immatriculation serbes illégales, les tensions entre le Kosovo et la Serbie se sont exacerbées.

Les Serbes ethniques du nord du Kosovo refusent de reconnaître l’autorité de Pristina et se considèrent toujours comme faisant partie de la Serbie. Au début du mois, plusieurs centaines de policiers, juges, procureurs et d’autres agents de l’État appartenant à la minorité serbe ont quitté leur emploi.

M. Borrell a indiqué que l’UE avait présenté une proposition qui aurait pu éviter une nouvelle intensification de la situation. Cette proposition a été acceptée par le président serbe Aleksandar Vučić mais pas par le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti.

« Les Serbes étaient tout à fait constructifs, nous acceptions des textes qui ont été modifiés dix fois, mais la délégation albanaise ne voulait rien accepter à aucun moment. Elle ajoutait toujours quelque chose qui était évidemment impossible », a déclaré M. Vučić aux journalistes après la réunion à Bruxelles.

M. Vučić a également fait savoir qu’il avait l’intention de s’adresser à la nation.

M. Kurti, pour sa part, a indiqué qu’il était prêt à tenir de nouvelles réunions pour normaliser les relations entre Belgrade et Pristina, mais pas pour aborder un seul sujet.

« Nous ne pouvons pas nous transformer en chefs d’État qui ne s’occupent que des plaques d’immatriculation et ne parlent pas de comment normaliser les relations entre les deux parties », a déclaré M. Kurti aux journalistes à Bruxelles.

Le porte-parole principal de l’UE pour les affaires étrangères, Peter Stano, a déclaré aux journalistes que « toute affirmation selon laquelle l’UE renonce à sa proposition de normaliser les relations entre le Kosovo et la Serbie, soutenue par l’Allemagne, la France et les États-Unis, est fausse ».

L’UE, a-t-il ajouté, attend des deux parties « d’éviter l’intensification de la situation, ce qui nécessite une action immédiate des deux parties : le Kosovo ne doit pas commencer à imposer des amendes et la Serbie ne doit pas distribuer de nouvelles plaques d’immatriculation ».

« Il ne peut y avoir de négociations concernant la normalisation des relations si une menace de violence est présente », a ajouté M. Stano.

Néanmoins, les autorités kosovares ont indiqué vouloir commencer à imposer des amendes à partir de mardi (22 novembre), au moment où le délai pour commencer à imposer des amendes aux citoyens ne possédant pas de plaques d’immatriculation délivrées par les institutions kosovares prend fin.

Le plan par étapes prévoit des avertissements, des amendes et, éventuellement, des interdictions de conduire en cas de refus de changer de plaque ainsi que l’interdiction totale qui entrera en vigueur en avril.

M. Borrell, déçu, a indiqué aux journalistes à Bruxelles après la réunion qu’il informerait les États membres de l’UE du « manque de respect [des deux pays] pour leurs obligations juridiques internationales, en particulier de la part du Kosovo ». Il les a avertis qu’ils devaient prendre des mesures en conséquence, étant donné leur engagement à rejoindre l’Union.

« Cela envoie un signal politique très négatif », a indiqué M. Borrell et a ajouté que la situation actuelle serait pire que celle du mois d’août de cette année.

« J’ai dit très clairement aux deux dirigeants que si l’adhésion à l’UE est leur objectif ultime, un objectif auquel ils se sont tous deux engagés, nous attendons qu’ils prennent des mesures en conséquence. Pour ma part, je maintiendrai le dialogue à un niveau très élevé dans mon agenda », a-t-il ajouté.

Il a demandé au Kosovo de suspendre immédiatement toute nouvelle mesure liée à la réimmatriculation des véhicules dans le nord du Kosovo, et à la Serbie de suspendre la distribution de nouvelles plaques d’immatriculation, afin de laisser aux deux parties « l’espace et le temps de rechercher une solution durable ».