Sommet européen : l’UE réaffirme son soutien à l’Ukraine

Les dirigeants de l’UE ont tenu à rassurer l’Ukraine vendredi dernier en affirmant qu’ils maintiendront leur soutien malgré les négociations difficiles sur le budget de l’UE et la guerre au Moyen-Orient.

Euractiv.com
European Council meeting in Brussels
La Première ministre estonienne Kaja Kallas, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, le président de la République de Chypre Níkos Christodoulídis, le Premier ministre belge Alexander De Croo, et le Premier ministre slovaque Robert Fico lors du Conseil européen à Bruxelles, le 26 octobre 2023. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Les dirigeants de l’UE ont tenu à rassurer l’Ukraine vendredi (27 octobre) en affirmant qu’ils maintiendront leur soutien malgré les négociations difficiles sur le budget de l’Union européenne et la guerre au Moyen-Orient.

« Le débat a été très clair : malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, nous continuons à soutenir l’Ukraine […] Nous continuerons à fournir [à l’Ukraine] les armes et les munitions dont elle a tant besoin. Nous continuerons à fournir l’aide financière indispensable », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aux journalistes à l’issue des discussions de vendredi.

Dans les conclusions du sommet, l’UE « continuera à apporter un soutien financier, économique, humanitaire, militaire et diplomatique fort à l’Ukraine et à son peuple, aussi longtemps qu’il le faudra », peut-on lire.

En ce qui concerne le soutien militaire, les dirigeants européens ont demandé au chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, de « consulter l’Ukraine sur les futurs engagements de l’UE en matière de sécurité et [de] rendre compte de ces discussions lors du Conseil européen de décembre  ».

Avant cela, les discussions devraient être centrées sur l’approbation avant la fin de l’année de l’enveloppe de 50 milliards d’euros proposée pour l’Ukraine, une tâche qui s’annonce difficile.

Selon les derniers chiffres annoncés la semaine dernière par la Commission européenne, depuis le début de l’invasion russe en février 2022, l’UE a déjà fourni 83 milliards d’euros d’aide à l’Ukraine.

En début d’année, la Commission européenne a proposé une révision du budget de l’UE en vertu de laquelle les États membres devraient contribuer davantage afin de financer des dépenses communes supplémentaires jusqu’en 2027, y compris l’octroi de la nouvelle aide de 50 milliards d’euros à l’Ukraine.

Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a fait part à la presse de sa conviction que l’Ukraine avait besoin de davantage de fonds. Un point de vue que partagent, selon lui, presque tous les États membres. « Mais il y a très peu d’accords sur la provenance de cet argent », a-t-il expliqué.

Outre le versement d’une aide financière et militaire, l’Union européenne a jusqu’à présent élaboré onze paquets de sanctions contre la Russie pour soutenir le pays attaqué.

L’UE consulte actuellement les États membres sur le douzième paquet, a annoncé Mme von der Leyen, précisant que Bruxelles étudiait tout particulièrement les moyens de réduire les revenus que la Russie tire encore de l’exportation de diamants.

La Commission européenne devrait également soumettre une proposition sur la manière d’utiliser les recettes provenant des actifs russes gelés, a-t-elle ajouté. La présidente de l’exécutif a indiqué que l’idée était de prélever ceux-ci et de les transférer à l’Ukraine par l’intermédiaire du budget de l’Union.

Vers une alliance Hongrie-Slovaquie ?

La Hongrie et la Slovaquie ont exprimé des doutes concernant la question d’un soutien accru à Kiev, une décision que l’Union européenne doit prendre à l’unanimité lors de son sommet de décembre. La plupart des dirigeants européens se sont pour leur part prononcés vendredi en faveur d’un soutien financier accru pour l’Ukraine.

Après sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a déclaré vendredi que la stratégie de l’UE consistant à envoyer de l’argent et de l’aide militaire à l’Ukraine pour l’aider à lutter contre la Russie avait échoué.

« Les Ukrainiens ne gagneront pas sur le champ de bataille », a-t-il affirmé, réitérant ses critiques à l’encontre du soutien de l’UE pour Kiev.

M. Orbán a également déclaré qu’il n’approuverait pas la proposition actuelle de révision du budget de l’UE, qui inclut une nouvelle aide de 50 milliards d’euros pour l’Ukraine. Il n’a toutefois pas rejeté la proposition de façon catégorique.

Les milliards d’euros de fonds réservés à la Hongrie dans le budget de l’UE, qui ont été bloqués par la Commission européenne en raison des accusations selon lesquelles le régime au pouvoir a porté atteinte à la démocratie dans le pays, constitueront probablement une monnaie d’échange en faveur de Budapest.

Au cours de l’année écoulée, la Hongrie a également retardé le versement de tranches d’aide militaire dans le cadre de la facilité européenne pour la paix (FEP). Malgré le retrait récent de la banque hongroise OTP de la liste ukrainienne de sponsors internationaux de la guerre, les autorités hongroises n’ont pas donné leur accord au déblocage de la dernière tranche de 500 millions d’euros.

En décembre, la Hongrie pourrait donc faire équipe avec la Slovaquie et son Premier ministre pro-russe Robert Fico, ce qui compliquerait les négociations sur l’approbation du budget révisé de l’Union européenne.

Avant de participer à son premier sommet européen en tant que Premier ministre, M. Fico a déclaré jeudi (26 octobre) que son pays cesserait d’apporter de l’aide militaire à l’Ukraine.

M. Fico a déclaré qu’il y avait une corruption endémique en Ukraine et a exigé que toute nouvelle aide comprenne des garanties que les fonds ne seront pas détournés, selon une déclaration de son bureau vendredi.

« L’Ukraine est l’un des pays les plus corrompus au monde et nous conditionnons ce qui est un soutien financier excessif à des garanties que l’argent européen (y compris slovaque) ne sera pas détourné », a-t-il soutenu.

Le Premier ministre bulgare Nikolaï Denkov se montre plus positif et ne craint pas ces déclarations. Il a affirmé face aux journalistes à Bruxelles que « ni l’un ni l’autre [MM. Orbán et Fico] ne rejetait la possibilité de fournir de l’aide à l’Ukraine, même sur une longue période ».

« La question est de savoir quel type d’aide et comment elle serait utilisée, comment nous pouvons être sûrs, comment l’UE peut être sûre, que cette aide est utilisée de manière efficace », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]