Tchéquie : le projet de suppression de la redevance audiovisuelle suscite des craintes pour l’indépendance des médias publics

Cette réforme marque l'un des changements les plus importants intervenus dans le secteur de l'audiovisuel public tchèque depuis la fin du communisme

EURACTIV.com
Andrej Babis, Premier ministre de la Tchéquie, arrive au sommet du Conseil européen le 19 mars 2026 à Bruxelles, en Belgique. [Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images]

Le gouvernement tchèque a dévoilé son projet visant à supprimer le financement par la redevance des radiodiffuseurs publics Czech Television et Czech Radio, pour le remplacer par un financement direct de l’État, une mesure qui, selon les critiques, pourrait compromettre l’indépendance des médias.

Selon le projet de loi présenté par le ministre de la Culture, Oto Klempíř, le système actuel de redevance par foyer serait supprimé à compter de janvier 2027. « Nous mettons en place un système de contribution budgétaire directe », a annoncé le ministre mardi.

Depuis décembre 2025, la Tchéquie est dirigée par une coalition populiste de droite menée par Andrej Babiš, qui a aligné son mouvement ANO sur le parti d’extrême droite SPD et le parti populiste de droite des automobilistes.

Selon cette proposition, la Télévision tchèque recevrait 5,7 milliards de couronnes tchèques (233 millions d’euros) par an de l’État, contre environ 6,7 milliards de couronnes tchèques (274 millions d’euros) provenant des redevances. Le financement de la Radio tchèque passerait de 2,5 milliards de couronnes tchèques (102 millions d’euros) à un peu plus de 2 milliards de couronnes tchèques (82 millions d’euros), annulant de fait l’augmentation des redevances introduite par le gouvernement précédent.

Le gouvernement insiste sur le fait que la réforme préserve l’indépendance éditoriale. « La Télévision tchèque et la Radio tchèque restent des entités juridiques indépendantes, subordonnées ni au ministère ni à aucune autorité publique », a souligné Klempíř.

La proposition introduit également des contributions volontaires de la part des particuliers et des entreprises. Les dons devraient être rendus publics, y compris l’identité des donateurs, conformément aux règles de transparence énoncées dans le projet de loi.

Les structures de gouvernance, notamment les directeurs généraux et les conseils de surveillance, resteraient inchangées, tandis que la Cour des comptes du pays serait chargée de contrôler les dépenses.

« Dévastatrice »

Les détracteurs affirment que le transfert du financement vers le budget de l’État risque d’exposer les diffuseurs à des influences politiques, malgré des prévisions d’ajustements liés à l’inflation plafonnés à 5 % par an à partir de 2028.

Vít Rakušan, chef du parti d’opposition localiste STAN, a qualifié cette proposition de « dévastatrice pour la qualité de la démocratie », avertissant qu’elle pourrait équivaloir à une nationalisation de facto des médias publics.

Le projet de loi doit encore être approuvé par la coalition et adopté par le Parlement, où les partis d’opposition menacent de recourir à des manœuvres d’obstruction et d’introduire un recours devant la Cour constitutionnelle.

Cette initiative fait écho aux réformes menées en Slovaquie voisine.

Dans ce pays, la redevance a été supprimée au profit d’un financement public. Après son retour au pouvoir en 2023, le Premier ministre Robert Fico est allé plus loin en dissolvant le radiodiffuseur public RTVS et en le remplaçant par une nouvelle entité, STVR, largement considérée comme étant davantage sous contrôle politique.

(cs, aw)