EXCLUSIF : L'Autriche et l'Italie proposent un modèle d'adhésion « étape par étape » pour les Balkans occidentaux
Selon un document confidentiel, cette nouvelle approche permettrait à l'UE de renforcer son poids géopolitique et de contrer l'influence de Moscou ou de Pékin
Cinq pays de l’UE ont appelé la Commission européenne à repenser la manière dont elle intègre les pays candidats des Balkans occidentaux au marché unique de l’Union, présentant cette initiative comme un moyen d’empêcher ces pays de tomber sous l’influence de la Russie.
« Pour maintenir la dynamique de l’élargissement et faire progresser l’intégration européenne, des incitations fortes et attractives sont nécessaires », ont écrit l’Autriche, la République tchèque, l’Italie, la Slovaquie et la Slovénie dans un document confidentiel qui a circulé vendredi dernier parmi les 27 pays de l’UE à Bruxelles et dont Rapporteur a été le premier à faire état.
« Un accès au marché unique européen fondé sur le mérite – si nécessaire, étape par étape – constitue une telle incitation », ont écrit ces pays, qui font partie d’un club informel soutenant politiquement les aspirations européennes des Balkans occidentaux.
Ces pays ont décrit le modèle qu’ils proposent comme une « intégration sectorielle systématique ». Cela impliquerait d’élargir l’éventail des programmes de l’UE auxquels des pays comme le Monténégro, l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Serbie peuvent participer à mesure qu’ils s’alignent, chapitre par chapitre, sur le volumineux corpus réglementaire de Bruxelles.
« Une intégration progressive […] devrait être activement et systématiquement poursuivie dès lors qu’un pays candidat démontre un niveau élevé d’alignement sur l’acquis communautaire dans le secteur concerné », indique le document. Il précise également que des mesures de sauvegarde devraient être prévues au cas où un pays bénéficiant d’un accès privilégié au marché de l’UE ferait marche arrière.
Le document évoque plusieurs nouveaux secteurs qui pourraient être inclus, tels que les transports, les marchés de l’énergie et de l’électricité, le marché unique numérique, les stratégies de compétitivité et les politiques relatives aux matières premières critiques. Il cite également l’accord de mobilité des jeunes entre le Royaume-Uni et l’UE comme un exemple d’avantage qui pourrait être proposé aux pays des Balkans occidentaux.
En termes d’ambition, cependant, le document reste en deçà des idées proposées par Ferit Hoxha, ministre albanais des Affaires étrangères, dans une interview accordée à Euractiv la semaine dernière, dans laquelle il suggérait que les pays candidats devraient obtenir le statut d’observateur au sein des instances de l’UE à mesure qu’ils clôturent des chapitres.
Milan Nič, chercheur senior au Conseil allemand des relations étrangères, n’a pas été impressionné par le contenu du document, estimant qu’il ne s’éloignait pas beaucoup des concepts précédents.
« Cela ressemble davantage à une version un peu plus sophistiquée de la précédente initiative en faveur d’une intégration progressive », a-t-il déclaré.
Les auteurs du document ont appelé Marta Kos, la commissaire chargée de l’élargissement, à proposer de nouvelles idées dans ce sens.
« Cette approche élargirait et renforcerait le marché unique, contribuant ainsi à l’importance géoéconomique et à l’autonomie stratégique de l’UE, tout en rapprochant les pays candidats et en aidant à contrer l’influence des pays tiers », indique le document.
(aw, bw)