Technologies vertes : l’UE devait s’inspirer des politiques chinoises, selon Brice Lalonde
Le recours par la Chine au pouvoir de l’État pour investir et développer des technologies vertes aurait dû inspirer les décideurs politiques de l’UE dans leur propre stratégie de décarbonation, selon les anciens ministres de l’Environnement français et irlandais Brice Lalonde et Dick Roche.
Le recours par la Chine au pouvoir de l’État pour investir et développer des technologies vertes aurait dû inspirer les décideurs politiques de l’UE dans leur propre stratégie de décarbonation, ont déclaré les anciens ministres de l’Environnement français et irlandais Brice Lalonde et Dick Roche mercredi (19 juin).
« Nous devons féliciter la Chine pour son leadership dans la décarbonation de l’industrie », a affirmé Brice Lalonde, ministre de l’Environnement de 1988 à 1992, lors d’un évènement organisé par des entreprises chinoises et des médias publics à Bruxelles.
« C’est une voie que nous devons suivre en Europe », a-t-il ajouté.
Reprenant les propos de M. Lalonde, Dick Roche, ministre irlandais de l’Environnementnt de 2004 à 2007, a souligné les avantages du développement par l’État chinois de technologies durables de pointe, notamment les panneaux solaires, les éoliennes et les véhicules électriques.
« Des politiques gouvernementales favorables ont ouvert la voie à la montée en puissance de la Chine », a commenté M. Roche. « D’autres gouvernements auraient pu adopter les mêmes politiques, auraient dû le faire, mais ne l’ont pas fait. »
« Il est donc inutile qu’ils se plaignent de la domination chinoise sur ce marché. Nous aurions pu, nous aurions dû, mais nous ne l’avons pas fait. »
Les deux anciens ministres ont critiqué la décision de la Commission européenne concernant l’imposition de droits de douane supplémentaires, qui, selon eux, empêcheront l’UE d’atteindre son objectif de décarbonation totale d’ici à 2050.
« Rendre les véhicules électriques plus coûteux renforcera les doutes sur les perspectives à long terme de ces véhicules . Cela freinera la demande et empêchera la réalisation de l’un des objectifs les plus ambitieux du Pacte vert pour l’Europe », a expliqué M. Roche, faisant référence au Green Deal, l’initiative phare de la Commission von der Leyen.
« J’ai beaucoup de mal à comprendre ce que la Commission espère réaliser avec ces différentes actions entreprises actuellement », a-t-il poursuivi.
Les remarques des deux ministres contrastent fortement avec celles d’autres parties prenantes depuis l’annonce de la Commission sur les droits de douane la semaine dernière.
Après avoir constaté que les subventions publiques considérables reçues par ces entreprises entraînaient d’importantes distorsions du marché en Europe, l’exécutif européen a annoncé qu’il imposerait des droits de douane provisoires allant jusqu’à 38,1 % sur les exportations des producteurs chinois de véhicules électriques, en plus du prélèvement de 10 % actuellement en vigueur.
La Chine produit environ 80 % des panneaux solaires et deux tiers des véhicules électriques et des éoliennes dans le monde, vendus à des prix que les producteurs européens ne peuvent égaler.
D’après les analystes du groupe de réflexion Bruegel, basé à Bruxelles, et du Centre for European Reforms, l’imposition de droits de douane sur les exportations chinoises serait simplement conforme aux mesures adoptées dans d’autres juridictions, et les taux annoncés seraient encore trop faibles pour affecter de manière significative les exportateurs chinois.
Risque d’escalade
Les commentaires des anciens ministres interviennent dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre Pékin et Bruxelles, les responsables politiques de l’UE affirmant que les exportations chinoises de technologies vertes bon marché sont injustement subventionnées et représentent une menace pour l’industrie européenne en perte de vitesse.
La Chine a réagi ce lundi (17 juin) en annonçant une enquête antidumping sur les exportations de porc européen, ce qui affecterait les principaux exportateurs de l’UE : l’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark et la France.
M. Lalonde, qui a également été sous-secrétaire général des Nations unies, a mis en garde contre les dangers d’une guerre commerciale et a exhorté Bruxelles et Pékin à résoudre leurs différends par des négociations.
« La dernière chose dont nous avons besoin est une guerre commerciale avec une escalade des droits de douane », a-t-il affirmé. « Il est donc préférable, à mon avis, de s’engager dans des discussions bilatérales pour résoudre la complexité des problèmes. »
Il a aussi recommandé aux constructeurs automobiles chinois d’éviter les nouveaux droits de douane en délocalisant leur production en Europe.
« Si j’avais un conseil à donner, ce serait qu’ils s’allient avec des fabricants locaux pour investir en Europe et bénéficier des mêmes droits que les fabricants européens », a-t-il poursuivi.
Les constructeurs automobiles chinois localisent leur production en Europe
Une enquête menée auprès de 30 entreprises et institutions spécialisées dans les véhicules électriques et publiée mercredi par le China Economic Information Service et la Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE (CCCEU), co-organisateur de l’évènement de Bruxelles, a montré que, depuis l’annonce de l’enquête de l’UE sur les véhicules électriques chinois en septembre 2023, 73 % des constructeurs ont signalé une baisse des ventes, tandis que 82 % ont rapporté une chute de la confiance des investisseurs.
« Les investisseurs chinois sont confrontés à davantage d’incertitudes et deviennent plus prudents », d’après la CCCEU.
Si les mesures prises par Bruxelles semblent avoir « atténué l’enthousiasme pour de tels efforts », le rapport de la Chambre de commerce indique que « l’augmentation de la localisation en Europe reste un objectif stratégique à long terme pour ces entreprises ».
Dans l’ensemble, les constructeurs automobiles chinois s’implantent de plus en plus en Europe.
En décembre 2023, BYD a annoncé qu’il ouvrirait une usine dans la ville de Szeged, dans le sud de la Hongrie, devenant ainsi le premier constructeur automobile chinois à installer sa production en Europe.
Chery, un autre grand constructeur automobile chinois, a également annoncé en avril dernier l’ouverture d’une usine en Espagne.
Le lendemain de la décision de la Commission sur les droits de douane, le vice-président exécutif de Chery, Charlie Zhang, a indiqué que la localisation de la production en Europe « devrait nous aider à atténuer une partie de la portée » des nouveaux droits de douane.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]