Tout comprendre à la crise en Transnistrie

La Transnistrie, province séparatiste pro-russe de Moldavie située à l'est du pays, occupe le devant de la scène cette semaine en raison d’une crise énergétique. Voici ce qu'il faut savoir.

EURACTIV.com
Energy crisis in Moldova
Située entre Chișinău et Kiev, la Transnistrie, dont le statut n’est pas résolu et qui dépend fortement de la Russie, a longtemps permis à Moscou de s’implanter solidement en Moldavie. [EPA-EFE/DUMITRU DORU]

La Transnistrie, province séparatiste pro-russe de Moldavie située à l’est du pays, occupe le devant de la scène cette semaine en raison d’une crise énergétique. Voici ce qu’il faut savoir.

Après que l’Ukraine a décidé de mettre fin, ce 1er janvier 2025, au transit du gaz russe par son territoire, l’hiver est devenu particulièrement rude pour des centaines de milliers d’habitants de la région, désormais privés de gaz, de chauffage, et d’électricité.

Soutenus par le Kremlin, les dirigeants de Tiraspol — la capitale de la Transnistrie — ont décliné les offres de la Moldavie de trouver d’autres sources d’approvisionnement.

La Moldavie elle-même est également sous pression, car elle dépendait pour un tiers de son électricité d’une centrale électrique alimentée au gaz et située en Transnistrie, à présent à l’arrêt.

Chișinău accuse Moscou de faire du « chantage au gaz » pour déstabiliser le pays et menacer sa sécurité.

Qu’est-ce que la Transnistrie ?

La Transnistrie, qui signifie en latin « au-delà de la rivière Dniestr », compte environ 400 000 habitants et est contrôlée par des séparatistes pro-russes depuis 1992, après la déclaration d’indépendance vis-à-vis de Chișinău. Elle possède sa propre monnaie et sa propre armée.

Si le territoire russophone fait toujours officiellement partie de la Moldavie et n’est pas reconnue internationalement, elle jouit d’une indépendance de facto et reste sous le contrôle de Moscou.

Quelque 1 500 soldats russes de « maintien de la paix » y sont encore stationnés, ainsi qu’un important entrepôt d’armes russes, le dépôt de munitions de Cobasna.

De nombreux Transnistriens possèdent plus d’un passeport. 350 000 d’entre eux auraient la nationalité moldave selon Chișinău, 200 000 la nationalité russe selon Moscou, et 100 000 la nationalité ukrainienne.

L’intégration de la Transnistrie à la zone de libre-échange et le système d’exemption de visa de l’Union européenne (UE) a amené une augmentation significative des demandes de passeports moldaves de la part des résidents transnistriens.

Est-il possible que la Russie intervienne ?

Coincée entre la Moldavie et l’Ukraine, la Transnistrie a longtemps permis à Moscou de s’implanter en Moldavie.

Le projet du Kremlin de créer un corridor terrestre vers la province en passant par le sud de l’Ukraine a échoué lorsque les troupes de Kiev ont arrêté les forces russes sur la rive orientale du fleuve Dniepr après l’invasion menée par Moscou en 2022.

Bien que la Russie ait déclaré à plusieurs reprises qu’elle« protégerait les citoyens russes » où qu’ils se trouvent, sa capacité à tenir cette promesse dans le contexte de la guerre en Ukraine reste limitée.

Néanmoins, Moscou n’a pas abandonné ses efforts d’ingérence dans les affaires intérieures de la Moldavie. Le référendum sur l’adhésion l’Union européenne (UE) et les élections présidentielles de l’année dernière avaient été fortement éclipsés par les allégations d’achat de votes par la Russie.

Quel est l’impact de la crise en Transnistrie sur les ambitions européennes de la Moldavie ?

Le statut sécessionniste de la Transnistrie est de loin l’obstacle le plus important dans le processus d’adhésion de la Moldavie à l’UE, car Bruxelles a toujours affirmé qu’aucun pays candidat ne pourrait entamer des négociations d’adhésion en cas de conflit gelé sur son territoire.

Cependant, cette position a été largement abandonnée depuis l’invasion russe de l’Ukraine, qui a conduit l’UE à ouvrir officiellement des négociations d’adhésion avec Kiev et Chișinău.

La question d’une possible adhésion de la Moldavie à l’UE avant que le statut de la Transnistrie ne soit résolu reste toutefois en suspens.

Quel est l’état de l’économie de la région ?

L’invasion totale de l’Ukraine par la Russie a radicalement changé la situation économique de la région sécessionniste. La crise énergétique de la Transnistrie fait suite à une chute brutale des échanges commerciaux avec Moscou, et la région est maintenant de plus en plus dépendante économiquement des États membres de l’UE.

Selon les données publiées le mois dernier par le bureau officiel des statistiques de Transnistrie, sur la période de janvier à novembre 2024, le commerce total entre la région et la Russie a chuté de 45 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Une grande partie de ce déclin est due à l’effondrement des importations d’énergie russe, qui ont été réduites de 46 % — soit 608 millions de dollars — au cours de cette période : un chiffre qui représente plus d’un quart du commerce total de la région en 2023.

Le commerce entre la Transnistrie et l’UE a quant à lui augmenté de 12 % au cours de la même période, les importations et les exportations ayant connu des hausses considérables. Les importations d’énergie en provenance de l’UE ont également augmenté de 17 %, ce qui représente 11 millions de dollars.

Au sein des de l’UE, la Roumanie est de loin le principal partenaire commercial de la Transnistrie, représentant 14,6 % du commerce total de la région en 2024 et plus de la moitié de son commerce total avec l’UE.

Les négociations d’adhésion à l’UE de la Moldavie se sont accompagnées d’une augmentation des flux d’investissement dans le pays, notamment grâce à un plan de croissance et d’investissement de 1,8 milliard d’euros, ce qui devrait constituer un facteur d’attraction supplémentaire.

La Moldavie pourrait-elle vouloir reprendre la Transnistrie ?

À plusieurs reprises, la Russie a accusé le gouvernement moldave de préparer une opération militaire contre la Transnistrie, propageant l’idée que les autorités moldaves seraient prêtes à prendre la région séparatiste par la force.

Les responsables moldaves ont réfuté ces affirmations, insistant sur le fait que le gouvernement n’avait pas l’intention d’entrer militairement en Transnistrie — sans pour autant renoncer à ses revendications territoriales sur la région.

La Moldavie tente d’utiliser la crise énergétique actuelle pour se rapprocher de la province. Chișinău a offert une aide d’urgence à la Transnistrie, notamment avec des générateurs, et a déclaré qu’elle pourrait obtenir du gaz pour la région sur les marchés internationaux. Les dirigeants de la Transnistrie ont jusqu’à présent rejeté ces offres.

Le Premier ministre moldave, Dorin Recean, a déclaré que la crise pourrait conduire à la fin de l’indépendance autoproclamée de la Transnistrie.

À long terme, une intégration de la région au pays pourrait constituer un défi de taille pour la Moldavie, car la population de la Transnistrie, méfiante à l’égard du gouvernement central, pourrait créer une majorité pro-russe au sein de la base électorale.

Thomas Moller-Nielsen a contribué à la rédaction de cet article.