Syriza tombe en lambeaux après le départ de Tsipras

Le parti recueille dans les sondages un score bien inférieur au seuil requis pour entrer au prochain parlement

EURACTIV.com
[Photo : George Schinas/NurPhoto via Getty Images]

Le parti de gauche grec Syriza est au bord de l’effondrement après que la décision de son ancien dirigeant, Alexis Tsipras, de fonder un nouveau parti politique a une nouvelle fois bouleversé la donne à Athènes.

Tsipras a pris la tête de Syriza en 2008, alors que le parti recueillait environ 5 % des intentions de vote, et l’a conduit au pouvoir en 2015 après avoir obtenu 36 % des suffrages. Après la défaite de Tsipras aux élections de 2019 et sa démission de la tête du parti, Syriza est entré dans une spirale descendante, tandis que la gauche grecque dans son ensemble continuait de se fragmenter.

Le parti recueille actuellement environ 1,5 % dans les sondages, bien en dessous du seuil de 3 % requis pour entrer au prochain parlement.

Tsipras a rompu avec Syriza pour lancer le nouveau parti ELAS, qui occupe désormais la deuxième place dans les sondages et s’impose comme le principal challenger de la Nouvelle Démocratie conservatrice, dirigée par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis.

L’ancien Premier ministre de Syriza a déclaré qu’il n’accepterait aucun homme politique en activité au sein de son nouveau parti, y compris ses anciens camarades.

Dans le même temps, Syriza continue de se désagréger, des députés de premier plan faisant défection pour rejoindre ce nouveau mouvement dans l’espoir que Tsipras revienne sur sa décision et les accepte. La section jeunesse du parti a également exhorté Syriza à ne pas se présenter aux prochaines élections de manière indépendante et à s’unir plutôt derrière Tsipras.

Un député de Syriza, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré à Euractiv que Tsipras n’a pas l’intention d’intégrer ses anciens alliés dans son nouveau parti, car il leur reproche de ne pas avoir su maintenir l’unité de la gauche après son départ.

« Ses camarades ont donné la priorité à leurs ambitions personnelles et ont encore fragmenté la gauche », a indiqué ce député de Syriza. « Au bout du compte, qui connaîtrait Varoufakis [cet universitaire célèbre qui a été ministre des Finances grec] si Tsipras ne l’avait pas mis sous les feux de la rampe ? »

Une autre source au sein de Syriza a adopté un point de vue plus nuancé, suggérant que Tsipras ne souhaite pas voir le parti s’effondrer : « Sur le plan politique, il pourrait se présenter comme le représentant du renouveau face à l’ancien régime, tandis que Syriza pourrait également devenir un partenaire mineur au sein du gouvernement après les prochaines élections décisives. »

À Bruxelles, la représentation de Syriza est déjà passée de quatre députés européens élus en 2024 à deux : Elena Kountoura et Kostas Arvanitis, qui devrait devenir coprésident du groupe de gauche au Parlement européen en novembre.

Un effondrement de Syriza pourrait compliquer la situation d’Arvanitis. Toutefois, des sources au sein du groupe de la Gauche ont indiqué à Euractiv que l’accord prévoyant sa prise de fonction en tant que coprésident reste d’actualité, soulignant qu’il avait auparavant soutenu le coprésident sortant, Martin Schirdewan, lors de la crise politique qu’avait traversée le parti de gauche allemand.

Il est loin d’être certain que cela suffise à préserver l’héritage politique de Tsipras.

(cs, bw)