Le retour de Tsipras chamboule la scène politique grecque

L'émergence de nouveaux partis et la fragmentation du paysage politique compliqueront la formation du prochain gouvernement grec

EURACTIV.com
[Photo : Nicolas Economou/NurPhoto via Getty Images]

Le retour d’Alexis Tsipras, l’ancien Premier ministre de gauche, et l’émergence de nouveaux petits partis devraient redessiner et fragmenter le paysage politique grec à l’approche des prochaines élections nationales.

Tsipras, qui a dirigé le pays au plus fort de la crise économique et de la crise de la dette en 2015, s’est refait une image et devrait désormais annoncer la création d’un nouveau parti le 26 mai.

Il a démissionné de son poste de chef de Syriza en 2023 à la suite d’une lourde défaite face à Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre conservateur sortant, puis a quitté le Parlement en 2025.

Depuis lors, l’opposition, tous courants politiques confondus, est restée fragmentée, et aucun homme politique ne s’est imposé comme un challenger crédible face à la domination de Mitsotakis.

Effondrement de la gauche

Pendant ce temps, les partis de gauche fragmentés sont en train d’être démantelés en prévision de la création du nouveau parti. Tsipras a déclaré qu’il n’accepterait aucun homme politique en activité au sein de sa nouvelle formation.

De nombreux membres de Syriza et du parti Nouvelle Gauche ont néanmoins assisté aux rassemblements de Tsipras à travers le pays ces derniers mois – souvent sans y avoir été invités –, bien qu’ils refusent de renoncer à leurs sièges au Parlement.

« Tsipras a quitté Syriza, ce qui a semé le chaos. De toute évidence, Tsipras veut de nouveaux visages ; il ne veut voir aucun d’entre eux revenir, bien qu’ils souhaitent désespérément se tenir à ses côtés dès le lendemain », a expliqué un membre de Syriza à Euractiv. 

Cependant, l’incertitude politique jette une ombre sur l’économie grecque, a averti Moody’s.

Le parti de centre-droit Nouvelle Démocratie et Mitsotakis sont en tête dans tous les sondages, mais il est peu probable qu’ils puissent former un gouvernement à parti unique. Une coalition sera probablement nécessaire, et la deuxième place sera cruciale.

Selon les sondages, Tsipras et le PASOK (centre-gauche) devraient se livrer à un bras de fer pour la deuxième place.

Officiellement, le PASOK affirme vouloir remporter les élections et exclut toute collaboration avec Nouvelle Démocratie. En réalité, selon des sources au sein du PASOK, le parti s’efforcera d’obtenir la deuxième place afin de devenir le pilier d’un front progressiste.

Cependant, plusieurs membres traditionnels du PASOK rejettent cette idée et restent favorables à une coopération avec Nouvelle Démocratie – mais pas sous la direction de Mitsotakis en raison du scandale des écoutes téléphoniques Predator, dans le cadre duquel le téléphone du dirigeant du PASOK Nikos Androulakis – entre autres – a été mis sur écoute.

Une collaboration avec Nouvelle Démocratie risque de diviser le PASOK, et c’est une situation dont Tsipras tirera parti, a estimé la source de Syriza.

Nouveaux partis

La situation n’est pas plus calme à droite de l’échiquier politique. Mitsotakis est confronté à une révolte interne menée par des politiciens de centre-droit qui critiquent le fait que le Premier ministre s’appuie sur des technocrates pour gouverner le pays.

Parallèlement, un scandale lié aux subventions agricoles, sur lequel enquête le Parquet européen, combiné aux tensions attendues avec la Turquie voisine, suscite des inquiétudes quant au coût politique.

Selon certaines rumeurs, l’ancien Premier ministre Antonis Samaras, partisan d’une ligne dure en matière de politique étrangère, envisagerait de créer un nouveau parti destiné à attirer les électeurs conservateurs.

Par ailleurs, Maria Karystianou — dont la fille a été tuée dans le tragique accident ferroviaire de Tempi en Grèce en 2023 — a lancé la semaine dernière un nouveau parti politique, baptisé « Espoir pour la démocratie ».

Ce parti, critiqué pour ses positions pro-russes, est d’orientation conservatrice et vise la Nouvelle Démocratie, qu’il accuse d’être politiquement responsable de l’accident ferroviaire qui a coûté la vie à 57 personnes.

Les sondages indiquent toutefois que Nouvelle Démocratie n’est pas gravement affectée par son parti. Ce sont plutôt les petits partis de droite qui en subiront les conséquences.

Un coup de bluff ?

Cependant, Mitsotakis n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Le dirigeant grec a insisté sur le fait que les élections se tiendraient comme prévu au cours du premier semestre 2027, peu avant que le pays n’assume la présidence tournante du Conseil de l’UE.

Toutefois, selon des informations parues dans la presse locale, Mitsotakis pourrait convoquer des élections anticipées à l’automne 2026.

Plusieurs membres de Syriza et du PASOK craignent que le gouvernement ait laissé filtrer cette information afin de forcer Tsipras et Karystianou à avancer la création de leurs nouveaux partis, de sorte qu’au moment des élections de 2027, ceux-ci seraient épuisés et auraient perdu leur élan électoral.

Les mesures d’aide économique que Mitsotakis devrait annoncer lors de la Foire internationale de Thessalonique en septembre pourraient également influencer les intentions de vote des Grecs, l’inflation ayant porté un coup dur aux ménages.

(bw, cs)