Ukraine : l’effervescence diplomatique européenne révèle les abonnés absents

La diplomatie européenne sur l’Ukraine passe à la vitesse supérieure cette semaine : les dirigeants français et russe se rencontreront à Moscou, le chancelier allemand se rendra à Washington et plusieurs diplomates européens afflueront à Kiev.

Réseau EURACTIV
Trilateral meeting of presidents of Ukraine, Lithuania and Poland
(De gauche à droite) Le Président polonais Andrzej Duda, le Président lituanien Gitanas Nauseda et le Président ukrainien Volodymyr Zelenskiy (C) après leur rencontre trilatérale à Huta, dans l’ouest de l’Ukraine, le 20 décembre 2021. [EPA-EFE/ANDRZEJ LANGE ]

La diplomatie européenne sur l’Ukraine passe à la vitesse supérieure cette semaine : les dirigeants français et russe se rencontreront à Moscou, le chancelier allemand se rendra à Washington et plusieurs diplomates européens afflueront à Kiev.

Lundi 7 février, le président français Emmanuel Macron, dont le pays assure actuellement la présidence tournante de l’UE, sera à Moscou et se rendra à Kiev mardi, afin de mener les efforts de désescalade de la crise.

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Journal du Dimanche avant son départ, M. Macron s’est dit optimiste quant à sa capacité à obtenir une désescalade en Ukraine. Toutefois, une remarque a déstabilisé ses partenaires européens, lorsqu’il a prédit que l’Occident devrait faire des concessions au Kremlin.

«  Nous devons protéger nos frères européens en proposant un nouvel équilibre capable de préserver leur souveraineté et leur paix. Cela doit être fait en respectant la Russie et en comprenant les traumatismes contemporains de ce grand peuple et de cette grande nation  », a déclaré M. Macron dans l’interview.

«  L’intensité du dialogue que nous avons eu avec la Russie et cette visite à Moscou sont susceptibles d’empêcher [une opération militaire] de se produire. Ensuite, nous discuterons des termes de la désescalade  », a déclaré le président.

«  J’ai toujours été dans un dialogue profond avec le président Poutine et notre responsabilité est de trouver des solutions historiques  », a-t-il ajouté.

Au cours de ces deux visites, M. Macron devrait faire pression pour la mise en œuvre des accords de Minsk, lesquels sont au point mort, dans le cadre du conflit qui perdure avec les séparatistes soutenus par la Russie dans l’est de l’Ukraine.

M. Macron s’est entretenu samedi (5 février) par téléphone avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, en prévision de son voyage, a indiqué la présidence française.

Le communiqué indique que M. Macron a souligné lors de cet appel «  la nécessité de poursuivre les efforts pour trouver par le dialogue une voie de désescalade  » qui respecte les «  principes fondamentaux de la sécurité européenne, la souveraineté des États et les droits qui en découlent  ».

Le même jour, le chancelier allemand Olaf Scholz rencontrera le président américain Joe Biden à Washington pour tenter de rétablir sa crédibilité. Il pourrait y rencontrer une certaine opposition en raison du soutien hésitant de l’Allemagne envers l’Ukraine.

Dans une fuite d’un mémo que l’ambassadeur allemand à Washington a adressé à Berlin, le gouvernement dirigé par les sociaux-démocrates a été accusé d’être de plus en plus considéré comme un allié peu fiable. L’Allemagne a en effet bloqué les exportations d’armes vers l’Ukraine et M. Scholz s’est fait rare dans les débats sur la politique étrangère de son pays ces dernières semaines.

Le magazine Der Spiegel a critiqué la semaine dernière le fait que, alors que d’autres dirigeants ont appelé le président Poutine, M. Scholz n’a jusqu’à présent ni appelé Moscou ni visité Kiev et que le voyage à Washington a pris trop de temps à organiser.

Entre-temps, il a été annoncé que M. Scholz se rendra à Moscou et à Kiev la semaine prochaine pour des entretiens avec M. Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy.

M. Scholz a déclaré dimanche 7 février que Berlin était prêt à envoyer des troupes supplémentaires dans les pays baltes, en plus des 500 soldats déjà stationnés en Lituanie dans le cadre d’une opération de l’OTAN.

Qui est un meilleur ami ?

Parallèlement à la visite du chancelier allemand à Washington, la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock se rendra à Kiev pour sa deuxième visite dans le pays en un mois, en compagnie de ses homologues tchèque, slovaque et autrichien pour une visite de deux jours.

Le trio est également surnommé la trilatérale Slavkov, une alternative au groupe de Visegrad, que la Slovaquie appelle de ses vœux depuis un an et demi.

La Slovaquie fait partie des membres de l’UE qui n’ont pas envoyé de fournitures militaires spécifiques à l’Ukraine depuis le début des tensions, au motif que l’Ukraine n’a pas communiqué de liste précise de ses besoins.

Jusqu’à présent, la Pologne et les pays baltes ont été les plus fervents partisans de la position pro-occidentale de l’Ukraine et des sanctions contre la Russie en cas d’action militaire.

Kiev a également mis en place une série de petits pactes de sécurité avec des puissances militaires régionales, dont la Turquie et la Pologne, ainsi que le Royaume-Uni.

De l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Slovénie, de la Roumanie, de la Bulgarie, aucun homme politique ne s’est rendu en Ukraine depuis le début des tensions à l’automne.

Bien qu’aucune visite de haut niveau de la Roumanie n’ait eu lieu en Ukraine, le ministre des affaires étrangères du pays, Bogdan Aurescu, a proposé l’organisation d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Kiev, ce qui, selon lui, pourrait démontrer la solidité de l’UE à l’Ukraine. Cette option est à l’étude, selon des responsables de l’UE.

Contrairement à leurs collègues nordiques de Suède, du Danemark et de Norvège, aucun homme politique finlandais ne s’est rendu en Ukraine depuis novembre.

La Finlande, qui n’est pas membre de l’OTAN et qui a une longue frontière et une histoire difficile avec la Russie, a déclaré en janvier qu’elle avait renforcé son état de préparation militaire en raison du renforcement des capacités militaires de la Russie près de l’Ukraine.

Stockholm et Helsinki ont toutes deux été prises dans un débat sur l’adhésion à l’OTAN, après avoir récemment approfondi leur coopération en matière de défense.