Un accueil glacial attend Marco Rubio à son arrivée en Europe

Des diplomates de l'OTAN se demandent en privé si leur stratégie d'apaisement envers Trump suffira à éviter un sommet tendu en juin.

EURACTIV.com
61st Munich Security Conference
Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, rencontre la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, lors de la 61e Conférence de Munich sur la sécurité, le 15 février 2025 à Munich, en Allemagne. (Photo de Sean Gallup/Getty Images) [Sean Gallup/Getty Images]

BRUXELLES – Les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN doivent se réunir jeudi à Bruxelles dans le but de sauver le sommet de l’Alliance prévu en juin à La Haye de la débâcle américaine.

La rencontre de Marco Rubio avec les alliés européens intervient quelques heures seulement après que les États-Unis aient déclenché une guerre commerciale en imposant des droits de douane à l’Europe, et une semaine seulement après le « Signalgate », où des échanges de messages sur les frappes américaines au Yémen ont révélé le profond mépris de l’administration Trump pour ce qu’elle appelle le « parasitisme européen ».

Les alliés européens des États-Unis ont encore en mémoire les déclarations virulentes du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, lors d’une réunion en février annonçant d’abord un changement de politique de sécurité américaine et en supprimant les lignes rouges sur l’Ukraine.

Marco Rubio devrait se montrer un peu plus conciliant à Bruxelles, mais il devra expliquer la ligne actuelle de Washington, car ses homologues prévoient d’utiliser cette réunion pour préparer le sommet de l’OTAN à La Haye en juin.

Les diplomates de l’OTAN considèrent toujours Marco Rubio comme l’un des derniers « transatlantistes » républicains à avoir une vision plus pragmatique de l’alliance militaire occidentale et de la coopération avec l’Europe en matière de sécurité.

Mais ils devront trouver le juste équilibre entre reproches et apaisement.

Éviter le pire

Ces dernières semaines, les diplomates européens ont craint que la détérioration des relations transatlantiques observée au cours des trois derniers mois ne débouche sur un sommet très tendu.

Le scénario catastrophe évoqué à Bruxelles est celui d’une tentative du président américain Donald Trump d’utiliser le sommet de l’OTAN à La Haye pour forcer les alliés à faire des concessions – sur l’Ukraine, comme la levée partielle des sanctions dans le cadre d’un accord de paix entre les États-Unis et la Russie – ou à n’importes quelles autres fins.

Il existe un accord tacite selon lequel le moyen de pression le plus efficace que Trump pourrait utiliser est un retrait des quelque 100 000 soldats américains stationnés en Europe.

Au siège de l’OTAN, les meilleures hypothèses des alliés européens concernent les quelques 20 000 soldats envoyés par l’administration Biden sur le continent après l’invasion à grande échelle de la Russie.

Jouer leur rôle

Marco Rubio s’obstine à minimiser la menace d’un retrait total des États-Unis de l’OTAN. Mais comme Pete Hegseth, il devrait répéter le même discours selon lequel les Européens n’ont pas tenu leur rôle et doivent augmenter leurs dépenses en matière défense.

Les alliés européens de l’OTAN ont déjà intensifié leurs efforts, poussés par le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui souhaite que chacun d’entre eux consacre au moins 3,5 % de son PIB dès que possible.

Un certain nombre d’alliés européens de l’OTAN, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, ont fait plusieurs déclarations importantes concernant les dépenses de défense au cours des dernières semaines.

Très peu d’entre eux sont susceptibles de répondre à l’appel de Trump d’augmenter les dépenses de défense à 5 % du PIB, ce que même Washington ne respecte pas actuellement. Même avec des règles de dépenses plus souples au sein de l’UE, plusieurs pays, dont la France, l’Espagne et l’Italie, auront du mal à satisfaire les exigences de Trump rapidement.

Certains diplomates de l’OTAN se demandent en privé si la stratégie d’apaisement sera suffisante pour éviter un sommet de l’alliance houleux avec Trump fin juin.

« On pourrait interpréter les messages sur Signal de telle manière qu’il devrait être désormais assez clair qu’il ne s’agit plus seulement de dépenses », a déclaré un diplomate européen, indiquant que Marco Rubio pourrait s’expliquer ses commentaires sur le groupe de messagerie.

Dans la fosse aux lions

Marco Rubio risque de devoir répondre aux attaques directes de Trump contre ses « mauvais alliés » que sont le Canada et le Danemark.

La volonté de Trump d’annexer le Groenland devrait être abordé entre Marco Rubio et son homologue danois, Lars Løkke Rasmussen, dans le cadre d’une réunion bilatérale.

Le secrétaire d’État américain rencontrera également la Haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, qu’il avait écarté le mois dernier lors d’une visite à Washington, invoquant des « problèmes d’emploi du temps ». Une rencontre bilatérale à Bruxelles n’est pour l’instant pas prévue, a déclaré un responsable de l’UE.

Marco Rubio devra également répondre aux questions des alliés et du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, sur les récents revirements de Trump concernant l’adhésion future de l’Ukraine à l’OTAN, que l’alliance a qualifiée l’année dernière de « voie irréversible », et sur une déclaration édulcorée du G7 sur la guerre en Ukraine.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, est lui aussi confronté à un exercice d’équilibre de plus en plus délicat.

En essayant de jouer le rôle de « médiateur impartial » entre Trump et les alliés européens, il s’est attiré les critiques de certains membres de l’OTAN qui le jugent trop conciliant avec Washington.

« Oui, l’Europe doit savoir que l’Oncle Sam est toujours là pour nous, mais l’Amérique doit aussi savoir que ses alliés de l’OTAN se mobiliseront et joueront pleinement leur rôle, sans restrictions et sans lacunes capacitaires », a déclaré Mark Rutte à Varsovie la semaine dernière.

« Les garanties une voie à double sens », a-t-il ajouté.