Un défi monumental pour l'unité de l'UE
Également dans l'édition de lundi : les pétitions européennes, la tarification du carbone, l'égalité salariale, les talibans
Vous lisez Rapporteur ce lundi 8 juin. Ici Eddy Wax, en compagnie de Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Une nouvelle initiative en faveur d’un monument dédié aux victimes de la dictature
🟢 Les fonctionnaires européens se démènent pour sauver le système de tarification du carbone
🟢 Le système de pétitions de Bruxelles est-il défaillant ?
L’Europe, vue de Bruxelles
En vous rendant au Parlement européen à Bruxelles, votre regard est attiré par quelque chose sous vos pieds. Sur le pavé, vous apercevez ce qui semble être une lettre manuscrite : un appel lancé par une victime de l’un des régimes totalitaires les plus brutaux du XXe siècle à un proche qui attend désespérément des nouvelles. Vous scannez le code QR avec votre téléphone pour en savoir plus.
Les projets concernant ce mémorial, An Echo in Time, prennent de l’ampleur alors que la Lituanie se prépare à assumer la présidence du Conseil de l’UE en 2027, période durant laquelle les politiques de mémoire devraient occuper le devant de la scène.
La question est désormais de savoir si le projet pourra obtenir un soutien politique et financier suffisant pour voir le jour. Les promoteurs du projet affirment qu’il va bien au-delà de l’histoire post-soviétique. Leur ambition est de créer un monument commémorant les millions de victimes des régimes communistes, nazis et fascistes à travers l’Europe au XXe siècle.
La Lituanie, l’Albanie, la Croatie, la République tchèque, la Lettonie et l’Estonie se sont déjà engagées à le financer. Mais comme il manque encore des millions d’euros, les députés européens font pression sur les institutions de l’UE pour qu’elles dégainent leur chéquier.
L’Ukraine, le Canada et la Pologne ont également participé aux discussions préparatoires. Le défi consiste désormais à obtenir un soutien politique plus large, en particulier de la part de certains pays d’Europe du Sud où une partie de l’échiquier politique a traditionnellement une vision plus favorable de l’héritage soviétique.
Une montée de la droite nationaliste à travers l’Europe pourrait constituer un autre obstacle à ce projet en cours de développement depuis 2018.
« Si nous voulons une Europe plus unie, nous devons comprendre l’histoire de chacun », a déclaré Rasa Juknevičienė, députée européenne lituanienne de centre-droit.
Lisez mon article sur le projet pour en savoir plus.
Bataille pour la tarification du carbone
Le marché européen du carbone représente environ 40 % des coûts supportés par les entreprises tenues de payer pour leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais alors que les systèmes de tarification du carbone sont mis sous pression à l’étranger, les responsables politiques et les groupes industriels européens remettent de plus en plus en question un système qui, selon eux, sape la compétitivité industrielle de l’Union.
Les responsables chargés de superviser le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l’UE sont toutefois prêts à le défendre. « Nous n’allons pas inonder le marché », a déclaré la semaine dernière un responsable européen chargé du climat à Euractiv – une remarquable démonstration de confiance de la part d’un fonctionnaire s’apprêtant à livrer une bataille politique acharnée.
Mon collègue Nikolaus J. Kurmayer plonge les lecteurs au cœur de la bataille sur l’avenir du marché européen du carbone, à la veille d’une proposition de réforme majeure attendue le 12 juillet. Lisez l’article complet.
Les pétitions européennes ne fonctionnent pas : qui est d’accord avec moi ?
La démocratie directe n’est pas l’apanage de la Suisse. L’UE a sa propre version : l’initiative citoyenne européenne, un mécanisme approuvé par Bruxelles qui permet aux citoyens de soumettre des questions directement à la Commission.
La promesse était ambitieuse. Récoltez un million de signatures dans au moins sept pays de l’UE, et Bruxelles se doit de vous écouter. Mais après 131 initiatives enregistrées et seulement 13 réponses officielles, les militants se demandent si être entendu signifie être pris au sérieux. Lisez l’article complet de Martina Monti.
Égalité salariale, inégalités de mise en œuvre
Dimanche marquait la date limite pour que les pays transposent la directive européenne sur la transparence salariale dans leur législation nationale. Jusqu’à présent, seules la Slovaquie, l’Italie, la Lituanie et Malte l’ont pleinement fait, m’indique Martina Monti.
Ces règles visent à réduire l’écart salarial entre les sexes en renforçant la transparence salariale et en obligeant certains employeurs à justifier les différences de rémunération entre des travailleurs occupant des fonctions comparables.
La Croatie, la Hongrie et le Luxembourg n’ont pas encore présenté de projet de loi. La Belgique n’a mis en œuvre les règles que partiellement et a demandé un délai supplémentaire de six mois.
En 2024, l’Estonie affichait l’écart salarial entre les sexes le plus important de l’UE, à 18,8 %, tandis que le Luxembourg enregistrait un écart salarial négatif de 0,8 %.
La Belgique sous pression à l’approche de la visite des talibans
Plus de 30 députés européens prévoient d’exhorter le ministre belge des Affaires étrangères à refuser les visas à une délégation talibane attendue à Bruxelles ce mois-ci pour des discussions sur la migration, selon un projet de lettre consulté par Rapporteur.
Des députés des groupes S&D, Renew, des Verts et de la Gauche demanderont à Maxime Prévot de faire pression sur l’UE pour qu’elle retire son invitation, arguant que le fait d’autoriser des responsables talibans à se rendre à Bruxelles pourrait être perçu comme une forme de reconnaissance politique du régime.
En tant que pays hôte des institutions de l’UE, c’est la Belgique qui délivrerait les visas.
Le mois dernier, le Parlement européen a adopté une résolution avertissant que le dialogue avec les talibans ne devait pas se faire au détriment des droits fondamentaux, tout en condamnant les politiques discriminatoires et répressives du régime.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- L’Australie voit l’UE adopter son approche des réseaux sociaux
- Opinion : L’Europe a besoin de plus de cohésion face à la tech chinoise
- Bruxelles se heurte à une résistance au sujet du portefeuille d’identité numérique
Les capitales
LONDRES 🇬🇧
La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont soutenu l’appel de Volodymyr Zelenskyy en faveur de pourparlers directs avec la Russie pour un cessez-le-feu, après avoir rencontré le président ukrainien à Londres dimanche, approuvant ainsi des négociations avec une participation active des États-Unis et de l’Europe. Les trois pays ont également insisté pour que les intérêts européens en matière de sécurité soient protégés dans tout accord et ont déclaré que toute négociation impliquant l’UE ou l’OTAN nécessiterait le consentement des gouvernements nationaux et des alliés.
– Christina Zhao
PARIS 🇫🇷
Le leader de l’extrême gauche française, Jean-Luc Mélenchon, a lancé sa candidature à la présidentielle de 2027 en lançant une attaque en règle contre l’UE, qualifiant ses traités d’« obsolètes » et s’engageant à remettre en cause les règles en matière de commerce, de migration et de travail. S’exprimant dimanche à Saint-Denis, il a également appelé à une « décolonisation numérique » de la France vis-à-vis des États-Unis. Les sondages suggèrent que Mélenchon pourrait atteindre le second tour, bien que le Rassemblement national reste clairement en tête. Lisez l’article complet.
– Stefano Porciello
MADRID 🇪🇸
Le Parti populaire, parti d’opposition espagnol, a intensifié ses appels en faveur d’un vote de défiance contre Pedro Sánchez, cherchant à tirer parti d’une série de scandales de corruption qui secouent sa coalition dirigée par les socialistes. Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, affirme que la position du gouvernement est devenue intenable, mais Sánchez a jusqu’à présent survécu après que ses alliés nationalistes lui ont retiré leur soutien. Le Premier ministre insiste sur le fait qu’il ira jusqu’au bout de son mandat et se présentera aux prochaines élections.
– Inés Fernández-Pontes
BERLIN 🇩🇪
L’Allemagne a enfreint aujourd’hui le droit européen en ne respectant pas le délai fixé pour la mise en œuvre des règles de transparence salariale de l’Union. Le ministère des Affaires familiales avait indiqué que les modifications de la législation nationale ne seraient pas achevées avant plusieurs mois. La Commission doit désormais décider s’il y a lieu d’ouvrir une procédure d’infraction. L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes en Allemagne s’élevait à 15,6 % en 2024, selon les chiffres d’Eurostat, bien au-dessus de la moyenne européenne de 11,1 %.
– Victoria Becker
ATHÈNES 🇬🇷
Le retour de l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras sur le devant de la scène politique est en train de redessiner l’opposition fragmentée de la Grèce à l’approche des élections prévues pour la mi-2027. Un nouveau sondage place sa nouvelle Alliance de gauche (ELAS) en deuxième position derrière la Nouvelle Démocratie au pouvoir, tandis que Syriza risque de disparaître du Parlement. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis subit également la pression de nouveaux challengers à droite, ce qui laisse entrevoir un paysage politique encore plus fragmenté. Lisez l’article complet.
– Sarantis Michalopoulos
PRISTINA 🇽🇰
Le parti Vetevendosje du Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a remporté près de 43 % des voix lors des élections anticipées de dimanche, selon des résultats quasi complets, mais n’a pas obtenu la majorité et doit désormais mener des négociations de coalition difficiles. Ce scrutin, le troisième au Kosovo en un peu plus d’un an, a été marqué par une faible participation (moins de 37 %) et reflète l’impasse politique persistante après l’échec du Parlement à élire un président en avril.
– Christina Zhao
YEREVAN 🇦🇲
Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan a remporté une « victoire historique » après que les premiers résultats des élections législatives de dimanche ont montré que son parti, Contrat civil, était en tête avec 51,2 % des voix, devant l’alliance Arménie forte de l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, qui recueille 23 %. Pashinyan a déclaré que ce résultat confirmait le resserrement des liens avec l’Occident et les efforts visant à garantir une paix durable avec l’Azerbaïdjan, tout en maintenant les relations avec la Russie.
– Christina Zhao
Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara
Contributeurs.trices : Martina Monti, Bruno Waterfield, Magnus Lund Nielsen, Victoria Becker, Nikolaus J. Kurmayer, Stefano Porciello
Traductrice : Clara Vassent