Un groupe d'experts européens demande un plan Juncker plus social

Des hauts responsables de l’Union ont appelé la Commission européenne à investir une partie des 315 milliards d'euros du plan Juncker dans le social, afin de réduire les inégalités croissantes au sein de l'UE. 

EURACTIV.com
Un sans-abri à Bruxelles.
Un sans-abri à Bruxelles. [<a href="https://www.flickr.com/photos/126471621@N05/" target="_blank" rel="noopener">[Joel Schalit]</a>]

Des hauts responsables de l’Union ont appelé la Commission européenne à investir une partie des 315 milliards d’euros du plan Juncker dans le social, afin de réduire les inégalités croissantes au sein de l’UE. 

Les projets d’infrastructures ne sont pas les seuls à devoir profiter de plan de relance européen de 315 milliards d’euros. Dans un nouveau rapport publié le 23 février, un groupe d’experts mis en place par le groupe de réflexion Les Amis de l’Europe demande d’adopter une approche plus large de l’investissement pour y inclure notamment des projets en faveur des personnes démunies et défavorisées et des projets d’éducation et de formation.

« Il est indispensable de se décharger des fardeaux économiques à long terme », rappelle le groupe, composé d’un certain nombre d’anciens commissaires européens, de fonctionnaires, d’activistes et d’universitaires tels que l’eurodéputée française Pervenche Berès, l’ancien directeur de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy ou encore l’ancien commissaire européen László Andor. 

« Les inégalités croissantes ont rendu l’UE inégale et déséquilibrée entre les personnes mais aussi entre les États membres », expliquent-ils, ajoutant que l’effondrement de la zone euro est encore possible et que le tissu social européen est mis à rude épreuve.

L’investissement humain est prioritaire

Pour renverser la tendance, le groupe d’experts insiste sur le fait que les investissements humains sont tout aussi prioritaires que les investissements dans les infrastructures, l’innovation et tout autre domaine considéré essentiel pour la compétitivité mondiale de l’Europe.

Le plan Juncker est censé débloquer 315 milliards d’euros pour financer des projets visant à relancer l’économie européenne.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d’investissement de 315 milliards d’euros

Même si le plan devrait déboucher sur la création de deux millions d’emplois sur trois ans grâce au lancement de grands projets d’infrastructures, l’investissement humain est tout aussi important dans ce projet, insistent les experts de l’UE.

Le défi n’est pas seulement d’augmenter les niveaux d’éducation, mais de combler le fossé des compétences et de l’éducation entre les riches et les pauvres, peut-on lire dans le rapport des Amis de l’Europe.

Désaccord entre l’UE et les États membres

Le groupe souligne, à juste titre, que la politique sociale est principalement de la responsabilité des États membres, « mais la plupart d’entre eux ne croit pas en un modèle social européen puisque l’UE elle-même ne parvient pas à fédérer autour d’un objectif commun qui pourrait inspirer les décideurs politiques. »

« Qui devrait faire quoi est une question qui suscite la controverse et la confusion », a observé le groupe d’experts, rappelant la nécessité de rétablir la confiance en l’avenir des États providences européens.

La crise a ébranlé l’État providence tel que nous le connaissons, mais le temps du changement et de la cohésion entre les États membres est arrivé. Cela implique également de s’attaquer aux tensions intergénérationnelles et de doper la confiance sur des sujets tels que la mobilité et la migration.  

« En Europe, nous avons besoin d’investissements sociaux qui permettront aux États providences de faire face aux défis sociaux contemporains », a déclaré David Begg, vice-président de la Confédération européenne des syndicats, à EURACTIV. « Cela nécessite une base fiscale adéquate. »

Des données post-crises alarmantes

De récentes données ont montré que plus d’un tiers de la population en Bulgarie, Roumanie, Grèce, Lettonie, et Hongrie était menacé de pauvreté et d’exclusion sociale. Dans la moitié des 28 États membres de l’UE, au moins un enfant sur trois vit dans la pauvreté.

>> Lire : Un citoyen européen sur quatre menacé par la pauvreté

Douze millions de personnes en Allemagne sont classées dans la catégorie des pauvres, un chiffre jamais atteint, selon l’étude d’une association allemande d’aide sociale, qui indique que le salaire minimum du pays n’aidera certainement pas à régler ce problème.

Lors d’une conférence sur l’inégalité la semaine dernière, les militants ont décidé à l’unanimité d’exhorter la Commission Juncker à replacer le social au cœur de son agenda politique.

Conny Reuter, secrétaire général de Solidar, un réseau européen d’ONG, regrette que Jean-Claude Juncker ait complètement ignoré la dimension sociale de l’Union européenne dans le document sur la gouvernance économique qu’il a présenté aux dirigeants européens il y a deux semaines.

« Ces mesures compensatoires sont essentielles, cela a encore une fois été prouvé dans le rapport 2014 sur l’emploi et les développements sociaux qui indique que les divergences économiques et sociales dans et entre les pays membres et les régions se creusent, tout comme l’inégalité et la pauvreté », a-t-il rappelé.

Paquet sur l’investissement social

En 2013, la Commission Barroso a introduit un paquet sur l’investissement social, dans l’idée que la politique sociale était un atout productif et pas un simple facteur de coût.  Sa mise en place dans les États membres a toutefois été laborieuse, a estimé un haut responsable de la Commission. 

C’est pour cela que la Commission Juncker doit impérativement mettre l’accent sur les avantages économiques des dépenses sociales, insiste le groupe d’experts. De récentes recherches de l’OCDE sur l’impact de l’égalité sociale sur la croissance économique ont montré le rôle crucial de la politique sociale.

Le risque est que la politique sociale demeure un concept vide et soit discréditée si la Commission ne clarifie pas dès maintenant comment elle compte la mettre sur un pied d’égalité avec les objectifs macroéconomiques