Un journaliste bulgare recherché par Moscou pour avoir dénoncé les crimes du Kremlin

Le ministère russe de l’Intérieur a placé Christo Grozev, un journaliste du groupe d’investigation Bellingcat, sur sa liste des personnes recherchées lundi, selon le quotidien d’opposition Moscow Times.

EURACTIV.com avec agences
Christo Grozev
« Je n’ai aucune idée des raisons pour lesquelles le Kremlin m’a inscrit sur sa “liste des personnes recherchées” [...] D’une certaine manière, cela n’a pas d’importance — depuis des années, ils ont clairement fait savoir que notre travail leur faisait peur et qu’ils ne reculeraient devant rien pour le faire disparaître », a indiqué Christo Grozev. [Twitter]

Le ministère russe de l’Intérieur a placé Christo Grozev, un journaliste du groupe d’investigation Bellingcat, sur sa liste des personnes recherchées ce lundi (26 décembre), selon le quotidien d’opposition Moscow Times.

Comme pour les listes de personnes recherchées précédentes, le ministère n’a pas précisé de quelle infraction pénale M. Grozev était accusé. Il s’est borné à une publication du lieu et date de naissance, du sexe et de la nationalité du ressortissant bulgare.

Christo Grozev, un journaliste d’investigation âgé de 50 ans, mène depuis longtemps la vie dure au Kremlin. Il a joué un rôle clé dans un certain nombre des enquêtes les plus emblématiques de Bellingcat, notamment celle sur l’empoisonnement en 2018 de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille dans la ville britannique de Salisbury, et celle sur l’empoisonnement au Novichok — un groupe d’agents neurotoxiques — en 2020 du critique du Kremlin Alexeï Navalny durant un vol intérieur en Sibérie.

« Je n’ai aucune idée des raisons pour lesquelles le Kremlin m’a inscrit sur sa “liste des personnes recherchées”, je ne peux donc pas faire de commentaires pour le moment. D’une certaine manière, cela n’a pas d’importance — depuis des années, ils ont clairement fait savoir que notre travail leur faisait peur et qu’ils ne reculeraient devant rien pour le faire disparaître », a indiqué M. Grozev sur Twitter lundi, peu après l’annonce du ministère.

En juillet, le Service fédéral de sécurité (Federalnaïa sloujba bezopasnosti, FSB) de Russie a affirmé que M. Grozev était impliqué dans un « complot déjoué » visant à détourner des avions de chasse russes, sans toutefois préciser s’il avait finalement engagé des poursuites pénales contre le journaliste.

M. Grozev a démenti les allégations de l’agence de renseignement en juillet et l’a accusée de falsifier des preuves pour étayer ses affirmations, ainsi que de révéler par inadvertance l’identité de certains de ses propres agents dans le cadre de son enquête sur le prétendu complot de détournement.

Christo Grozev a rejoint l’ONG Bellingcat en 2015 en tant que journaliste d’investigation et a gagné en notoriété en utilisant l’open source pour ses enquêtes. M. Grozev est l’auteur d’enquêtes qui ont permis d’identifier deux officiers russes de haut rang en lien avec l’abattage du vol 17 de la Malaysia Airlines en 2014 ; des officiers de la direction générale des renseignements (Glavnoïé Razvédyvatel’noïé Oupravlénié, GRU) impliqués dans le complot de coup d’État de 2016 au Monténégro ; les trois suspects de l’empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal avec le Novichok en 2018 ainsi que l’empoisonnement de M. Navalny.

En Bulgarie, M. Grozev a identifié les auteurs d’une tentative d’empoisonnement au Novichok de l’homme d’affaires bulgare Emilian Gebrev en 2015, en dépit du manque d’intérêt du parquet de son pays pour enquêter sur cette affaire.

En 2019, le journaliste bulgare et son équipe ont remporté le prix du reportage d’investigation de la presse européenne pour avoir dévoilé les suspects de l’empoisonnement de Salisbury, après avoir identifié les auteurs de l’empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal.

L’ancien ministre bulgare de la Défense Boyko Noev a appelé les autorités bulgares « à faire tout ce qui est nécessaire contre le comportement arbitraire du Kremlin, qui a proféré une menace ouverte contre le journaliste bulgare Christo Grozev ».

« La pleine solidarité de nos alliés pour la défense de Christo doit être sollicitée ! », a-t-il écrit.

[Édité par Théo Bourgery-Gonse]