Un petit groupe d’États pourrait changer les traités, estime un expert
Selon le directeur de la fondation Bertelsmann à Bruxelles Thomas Fischer, l’hypothèse d’une Europe à plusieurs vitesses est la plus probable.
Selon le directeur de la fondation Bertelsmann à Bruxelles Thomas Fischer, l’hypothèse d’une Europe à plusieurs vitesses est la plus probable.
L’Allemagne n’a pas entamé un virage antieuropéen mais connaît un changement de paradigme, estime le directeur de la fondation Bertelsmann à Bruxelles Thomas Fischer, dans une interview accordée à EURACTIV Bruxelles.
Pour Berlin, l’Union est désormais un projet économique et non pas politique qui doit bénéficier à tous les États, y compris l’Allemagne, estime-t-il. C’est pourquoi le gouvernement, qui a finalement accepté les plans d’aides européens et l’introduction des Eurobonds, insiste sur le principe conditionnalité. Les pays ciblés doivent consentir à des efforts.
Différents paramètres nationaux justifient cette politique du donnant donnant, explique le chercheur. En Allemagne, l’idée que le pays paye « les factures de l’Europe » est répandue. Beaucoup d’Allemands souhaitent d’ailleurs une sortie de la Grèce de la zone euro.
Implication renforcée du Bundestag
La culture politique allemande, marquée par la crainte de l’instabilité monétaire, est fondée sur l’idée que la BCE doit suivre le modèle de la Bundesbank, rappelle M. Fischer. Enfin, les récentes décisions de la Cour constitutionnelle renforcent l’implication du Bundestag dans les questions européennes, réduisant la marge de manoeuvre gouvernementale.
Si Angela Merkel souhaite un nouveau traité visant l’unification politique et fiscale, elle a cependant conscience que celui-ci « n’est pas la solution de court terme qui règlera la crise de la dette souveraine », estime le chercheur.
Il juge peu probable que les 27 entament des négociations pour un nouveau traité dans les années à venir, d’autant plus que l’opinion publique européenne reste majoritairement défavorable à des transferts de souveraineté supplémentaires. Dans le même temps, le public prend rapidement conscience de la pertinence du niveau européen pour parer efficacement aux effets de la crise, estime l’expert.
États « avant-gardistes »
Dans un tel contexte, l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses pourrait resurgir. Un petit nombre d’États « avant-gardistes » pourraient s’accorder sur des changements, adoptés par la suite par leurs partenaires.
Thomas Fischer n’exclut pas un rapprochement du couple franco-allemand, lors du Conseil européen de décembre. Un scénario d’autant plus crédible que le triple A allemand est désormais menacé.
Les plans de sauvetage européens reposant largement sur la solvabilité des deux États, il n’est plus, selon lui, dans l’intérêt de la France de faire pression sur les capacités fiscales de son voisin en insistant sur des transferts de solidarité à court terme.