Un sommet pour tester les "qualifications" européennes de l'Ukraine

Les diplomates de l'UE ont déclaré qu'ils observeraient avec attention le sommet UE-Ukraine le 22 novembre, le premier a avoir lieu avec le président Viktor Yanukovich récemment élu, afin de définir si leur voisin se détourne ou non de l'Europe.

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Les diplomates de l'UE ont déclaré qu'ils observeraient avec attention le sommet UE-Ukraine le 22 novembre, le premier a avoir lieu avec le président Viktor Yanukovich récemment élu, afin de définir si leur voisin se détourne ou non de l'Europe.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso, recevront Viktor Yanukovich lundi (22 novembre) dans un château de Bruxelles à Val Duchesse.

Ce château est célèbre pour avoir accueilli les discussions qui ont mené à la signature du Traité de Rome en 1957 qui avait ouvert la voie à la création de l'Union européenne.

Les dirigeants se connaissent déjà car ils se sont rencontrés lors de diverses réunions qui ont eu lieu après l'élection de M. Yanukovich en mars dernier (voir "Background").

"L'engagement de l'UE envers l'Ukraine est très fort et nous ne souhaitons que des relations solides", a dit un fonctionnaire du Conseil, ajoutant que M. Van Rompuy connaissait bien M. Yanukovich.

Toutefois, les positions dans les capitales de l'UE différent du réel agenda de Yanukovich. Certains fonctionnaires le suspectent d'essayer d'instaurer un régime autoritaire incompatible avec les valeurs de l'UE car il souhaiterait que l'Ukraine soit plus proche de Moscou que de Bruxelles.

Le ministre des affaires étrangères polonais, Radek Sikorski, et son collègue suédois, Carl Bildt, se rendent à Kiev aujourd'hui, ce qui pourrait être vu comme une mission d'enquête visant à préparer le sommet, rapporte EURACTIV Pologne. La Pologne et la Suède ont été les initiateurs du "Partenariat oriental", une politique qui tend à rapprocher les anciens Etats soviétiques vers l'UE.

La presse polonaise a repris les termes du porte-parole du ministère, Marcin Bosacki qui aurait dit que les deux ministres apportaient un "message spécial" à Kiev.

"D'abord, la visite a pour but de rappeler que l'UE n'a pas oublié l'Ukraine et qu'elle souhaite soutenir financièrement ses réformes. Néanmoins, l'UE doit prendre en compte la stratégie de l'Ukraine concernant son adhésion aux structures européennes et doit s'assurer que tout renforcement du pouvoir exécutif [dans la capitale] sera réalisé dans le respect du pluralisme de la scène politique ukrainienne".

En effet, cette visite suit de prêt la nomination d'un proche allié du président Viktor Yanukovich, Oleksandr Popov, en tant que directeur de l'autorité locale de Kiev, ce qui renforce davantage son contrôle sur la capitale.

La Pologne et la Suède sont les initiateurs du Partenariat oriental, une politique qui a pour objectif de rapprocher les anciens Etats soviétiques de l'UE. L'opinion de Varsovie et de Stockholm concernant l'Ukraine est sérieusement prise en compte dans les cercles européens, affirment les diplomates.

"Retour à la case départ"

Des fonctionnaires de l'UE ont identifié certains problèmes, notamment suite aux élections locales d'octobre qui sont considérées comme un "pas en arrière" depuis les dernières élections présidentielles.

Un diplomate de l'UE a qualifié les récents amendements constitutionnels, souvent décrits comme un coup de force de Yanukovich dans la presse occidentale, de "démarche sans précédent pour casser les réformes" qui avaient été réalisées six ans plus tôt.

Cela, a expliqué le diplomate, montre que l'Ukraine a besoin de repartir de la case départ et de lancer une réforme constitutionnelle consensuelle avec l'aide de la Commission de Venise du Conseil de l'Europe.

Lors d'une rencontre avec la presse aujourd'hui (17 novembre) à Bruxelles, l'ambassadeur ukrainien auprès de l'UE, Kostiantyn Yelisieiev, a insisté sur le fait que malgré les "rumeurs et la spéculation", le parcours de l'Ukraine vers l'intégration de l'UE était resté inchangé sous la nouvelle présidence du pays.

L'ambassadeur s'est adressé à la presse en anglais et a dit que malgré les allégations affirmant que l'Ukraine retournerait à l'ancien modèle de l'Union soviétique, toutes ces opinions s'étaient révélées fausses.

"Nous montrerons clairement à l'UE que la stabilisation des relations entre l'Ukraine et la Russie n'est que bénéfique pour les relations entre l'UE et l'Ukraine. Nous dirons clairement : "S'il vous plait, ne prenez pas la normalisation des relations avec la Russie comme un retour vers l'Est"", a ajouté l'ambassadeur.

Lorsqu'EURACTIV a demandé à M. Yelisieiev de commenter une ébauche de résolution du Parlement européen exprimant des inquiétudes quant aux récents développements politiques dans son pays, celui-ci a déclaré que la résolution devrait encourager plutôt que décourager l'Ukraine. Il fut reconnaissant que le Parlement ait reporté son vote sur la résolution jusqu'à la fin du sommet.

M. Yelisieiev a également fait allusion à la sécurité de l'approvisionnement en gaz, demandant un sommet sur l'énergie trilatéral entre l'Ukraine, l'UE et la Russie pour construire les bases solides d'un approvisionnement sûr vers l'Europe de l'Ouest à l'avenir.

En tant que pays de transit, l'Ukraine a besoin d'assurances de la part de la Russie, en tant qu'exportateur de gaz, et de la part des pays de l'UE, en tant qu'importateurs de gaz, a-t-il dit, ajoutant que la Russie avait envoyé des "signaux positifs" quant à la tenue d'une telle réunion.

A la suite d'un conflit sur le prix du gaz entre l'Ukraine et la Russie, plusieurs pays européens s'étaient retrouvés dans le froid en janvier 2008.

Quelques éléments

M. Yelisieiev et les fonctionnaires de l'UE ont dit que les enjeux étaient importants lors du sommet et ont exprimé l'espoir que Bruxelles et Kiev puissent conclure un accord de libre-échange d'ici l'été prochain.

Bruxelles et Kiev devraient également signer un document qui annoncerait le début de différents programmes de l'UE en Ukraine.

Ce sommet pourrait également ouvrir la voie vers une libéralisation des visas. Toutefois, les représentants de l'UE ont prévenu que ce serait "différent" de l'accord récemment conclu avec les pays des Balkans occidentaux. L'exigence de visa pourrait effectivement être levée, mais pas tout de suite, ont expliqué les fonctionnaires.