Une enquête britannique révèle l’ignorance sur les défis de la qualité de l’air

ÉDITION SPÉCIALE / Quand une organisation de Londres qui lutte contre la pollution a sondé des législateurs britanniques sur les plus grands risques pour la santé publique, la plupart des députés avaient tort. Ils avaient placé les accidents de la circulation ou la consommation excessive d’alcool devant la pollution de l’air comme principale cause mortelle des Britanniques.

EURACTIV.fr
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ÉDITION SPÉCIALE / Quand une organisation de Londres qui lutte contre la pollution a sondé des législateurs britanniques sur les plus grands risques pour la santé publique, la plupart des députés avaient tort. Ils avaient placé les accidents de la circulation ou la consommation excessive d’alcool devant la pollution de l’air comme principale cause mortelle des Britanniques.

« La grande majorité de la centaine de députés parlementaires qui a répondu à notre enquête révèle un niveau choquant d'ignorance sur l'incidence de la pollution de l'air sur la santé », a déclaré Simon Birkett, le directeur du groupe de défense Clean Air in London.

 

« En particulier, selon plus de deux tiers des députés conservateurs qui ont répondu, l'incidence de la pollution de l'air est moins importante que celle des accidents de circulation routière », a-t-il indiqué lors de la publication des résultats de l'étude le 23 mai.

 

Les chiffres compilés par le groupe basé à Londres révèlent que le mélange d'émissions de particules fines, composé de gaz tels que l'oxyde d'azote (NOx) et le dioxyde de soufre (SO2), tue environ 29 000 personnes au Royaume-Uni chaque année alors que 1 901 sont décédées dans un accident de la circulation en 2011.  Seul le tabagisme tue plus de Britanniques que l’air pollué, selon des chiffres du gouvernement, soit en moyenne 80 000 personnes par an alors que 22 000 personnes décèdent des suites d'une maladie liée à l'alcool.

 

L'air pollué en Europe

 

Selon des organisations de défense de l'environnement et de la santé, Londres est loin d'être un cas isolé. Même si c'est en Bulgarie et en Roumanie que l'air est le plus pollué au sein de l'UE, peu de zones urbaines échappent aux polluants nocifs, d'après l'Agence européenne pour l'environnement (AEE).

 

Les résidents des plus grandes villes de l'Union européenne sont exposés à des niveaux obstinément élevés de polluants nocifs qui, dans certains cas, dépassent les normes sanitaires internationales. Ces polluants comprennent des particules fines issues des émissions de NOx, de SO2, d'ammoniac (NH3) et de composés organiques.

 

Les secteurs du transport, de la production d'énergie et de l'agriculture sont les pollueurs principaux, selon des données de l'AEE.  Les moteurs au diesel produisent moins d'émissions de carbone, mais un niveau élevé de NOx qui contribue à l'ozone troposphérique malsain et au smog, même si les nouveaux véhicules doivent être équipés de technologie de filtrage.

 

La Grande-Bretagne, comme de nombreux États membres de l'UE, enregistre des résultats peu reluisants en matière de mise en œuvre de la directive de 2008 de la Commission européenne sur la qualité de l'air et d'autres règlements destinés à réduire les substances polluantes. La Commission européenne a intenté des actions contre 20 pays, dont le Royaume-Uni, qui ne sont pas parvenus à améliorer la qualité de l'air.

 

Des organisations de défense de l'environnement et de la santé affirment toutefois que la directive sur la qualité de l'air, la réglementation principale de l’UE sur la lutte contre la pollution, doit être renforcée pour punir les États en cas d'inaction.

 

La CJUE entendra une affaire liée à la qualité de l'air

 

Ce fût une victoire pour les défenseurs de la qualité de l'air : le 1er mai, la Cour suprême a statué en faveur d'une plainte introduite par des avocats spécialisés dans l'environnement. Ces derniers affirmaient que le gouvernement britannique violait les règles de l'UE sur les émissions de dioxyde d'azote (NO2). Le NO2 est issu de la famille des gaz hautement réactifs NOx, les plus nocifs pour la santé humaine.

 

La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) à Luxembourg s’occupera à présent de l'affaire de l'organisation de défense de l'environnement ClientEarth.

 

ClientEarth affirme que le gouvernement a mené peu d'actions depuis le dépôt de la plainte il y a deux ans. Le but est de savoir si la pollution de la Grande-Bretagne respecte l'article 22 de la directive sur la qualité de l'air, qui contraint les pays à présenter des projets sur la qualité de l'air à la Commission européenne d'ici 2015.  Londres a cherché à obtenir dix ans supplémentaires.

 

« Tout au contraire, l’attitude [du gouvernement] a empiré », a déclaré Alan Andrews, avocat pour ClientEarth, à EURACTIV lors d'un entretien par téléphone. « La seule politique réellement nouvelle du gouvernement semble être de faire pression pour réduire les limites de dioxyde d'azote dans la stratégie sur l'Année de l'air [de l’UE].

 

« En termes de politiques réelles sur le terrain pour s'attaquer à la pollution de l'air, je ne constate aucun progrès. Je suis certain que l'objectif du gouvernement est de ne rien faire et d'espérer qu'il puisse atténuer les réglementations sur la pollution de l'air. »

 

Des avocats de Defra, le ministère britannique de l'environnement, ont reconnu devant la Cour que le gouvernement n'avait pas respecté les obligations de l'UE. Ils ont cependant répliqué qu'ils avaient demandé à la Commission européenne une prolongation pour s'attaquer à la pollution à Londres et dans 15 autres régions mentionnées dans l'affaire de ClientEarth.

 

Les défenseurs « se réveillent »

 

Il est rare qu'une organisation civile défie un gouvernement national à propos du non-respect présumé de la réglementation de l'UE. Selon M. Andrews, la plainte de ClientEarth et quelque rares affaires semblables dans d'autres États membres de l'UE pourraient constituer un exemple pour une action en justice.

 

 

« Nous constatons que les ONG se rendent compte qu'elles peuvent avoir recours à des poursuites devant leurs tribunaux nationaux pour faire appliquer les réglementations sur la qualité de l'air, et c'est  formidable », a-t-il indiqué.

 

Les autorités espèrent en partie que les nouvelles normes sur les émissions des véhicules s'attaqueront à certains des problèmes des émissions en ville. Ces normes visent à réduire graduellement les substances polluantes nocives, dont les émissions de NOx des moteurs au diesel.

 

Les normes Euro 5 et 6 sur les émissions des véhicules couvrent le monoxyde de carbone (CO), le NOx et les matières particulaires produites par les gaz d'échappement des moteurs diesel. Elles fixent également des seuils inférieurs de CO pour les émissions d'essence et de gaz naturel.

 

Les normes d'émissions de NOx établies dans la norme Euro 5 en 2009 ont été renforcées de 60 % par rapport à celles introduites par la norme Euro 3 en 2000, selon l'association sans but lucratif International Council on Clean Transportation. La norme Euro 6 impose des réductions supplémentaires pour tous les véhicules d'ici le 1er septembre 2015.

 

Des experts de la santé s'inquiètent quand même du nombre d’années nécessaires pour que ces normes atteignent leur potentiel, car elles ne s'appliquent qu'aux nouveaux véhicules. Certaines études affirment que la mauvaise qualité de l'air entraîne près de 500 000 décès prématurés par an au sein de l'UE (0,1 % de la population de l'Union). L'AEE estime que la transition vers les véhicules électriques et d'autres mesures antipollution pourrait faire chuter ce chiffre à 230 000 d'ici 2020.

 

Des niveaux élevés d'azote et d'ozone provoquent des complications respiratoires et cardiovasculaires et nuisent à la végétation, au sol, à l'eau et aux bâtiments.  La pollution réduit l'espérance de vie de chaque Européen de 8,5 mois, selon l'AEE.

 

Un moment olympique

 

Lors des Jeux olympiques en 2012, les conseillers en image et les organisateurs étaient fortement préoccupés par la célèbre pollution de l'air de Londres, due à la congestion dense des véhicules au diesel. Les résidents et les navetteurs ont été priés d'utiliser les transports en commun, de marcher ou de rouler à vélo afin d'aider les touristes et les athlètes à respirer un peu mieux.

 

Le ministère britannique de l'environnement (Defra) a reconnu que les émissions nationales contribuaient également à la pollution dans d'autres États membres de l'UE. Il a accusé l'Irlande et des pays de l'autre côté de la Manche, à savoir l'Allemagne, la Belgique, la France et les Pays-Bas, d'être les coupables principaux des dépôts de soufre et d'azote au Royaume-Uni.

 

Selon Simon Birkett, le fondateur de Clean Air in London, un groupe d'action qui s’est servi des Jeux olympiques l'année dernière pour préconiser des changements en faveur de la qualité de l'air, l'enquête du groupe révèle cependant que l'incidence de la pollution sur la population est méconnue.

 

« L'élément le plus utile [de cette enquête], c'est que beaucoup de personnes seront assez choquées lorsqu'elles verront les niveaux d'ignorances des députés, des personnes assez avisées. Il s'agit donc probablement d'un assez bon aperçu du classement qu'effectue la société en général. »

 

« Nous avons essayé d'accroître la visibilité de ce problème, grâce, entre autres, à des enquêtes auprès de deux commissions [parlementaires] restreintes, et pourtant, nous obtenons ce niveau d'ignorance incroyablement élevé. »

 

M. Birkett espère que cette enquête, menée par Politics Home en avril, et une nouvelle application pour smartphones sur la qualité de l'air, présentée par Clean Air in London, inciteront au changement.