Une présidentielle française sous haute pression internationale
Menaces terroristes de l'EI, propagation de fakes news via les Etats-Unis, investissements massifs de la Russie sur des médias francophones d'extrême-droite : la présidentielle française s'est déroulée sous haute tension extérieure.
Menaces terroristes de l’EI, propagation de fake news via les Etats-Unis, investissements massifs de la Russie sur des médias francophones d’extrême-droite : la campagne présidentielle française s’est déroulée sous haute tension extérieure.
L’alerte était déjà à niveau maximal, mais des mesures de sécurité supplémentaires ont été prises, en dernière minute, pour sécuriser un peu plus l’élection présidentielle, le 7 mais 2017.
Des menaces directes sur le candidat Emmanuel Macron en provenance de l’EI ont mis les services de sécurité sur les dents, comme l’a souligné le directeur du Centre d’analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard, sur twitter.
Dans le dernier numéro de son magazine #Rumiyah, l'#EI appelle à des attentats lors du second tour de l'élection présidentielle le 7 mai
— Jean-Charles Brisard (@JcBrisard) May 5, 2017
Alors qu’il devait être ouvert à la presse, le QG d’Emmanuel Macron dans le 15ième arrondissement de Parisa été totalement fermé, et la rue bouclée. Dans la matinée, le centre de presse installé au Louvre a aussi été évacué. Des menaces supplémentaires qui viennent s’ajouter à une série d’ingérences internationales plus ou moins directes durant la campagne.
Dernière en date, le piratage de nombreuses données d’En Marche, vendredi 5 mai au soir, a été largement diffusé par l’extrême-droite américaine et française, alors que l’opération de hacking en elle-même semble avoir impliqué des russophones.
>>Lire : Les médias pro-russes s’engouffrent dans le tout-sauf-Macron
L’opération de « phishing », dont a été victime le mouvement, qui a consisté à voler des mots de passe, est techniquement relativement facile à effectuer et peut donc venir de n’importe où. En revanche, leur diffusion a été accélérée par des réseaux russes et américains, comme le montre cette cartographie :

Le chercheur Nicolas Vanderbiest a cartographié les comptes twitter ayant propagé les Macronleaks. En vert, la fachosphère avec pour point de départ les Etats-Unis, et en violet, ceux qui infirment la rumeur.
Les documents, diffusés pour perturber l’élection française, et en français, ont posé problème à ceux qui tentaient de les exploiter, la presse française refusant en majorité de tenter de faire le tri dans les milliers de document à 24h du vote. En France, une période de réserve interdit de diffuser des éléments de propagande électorale ou des appels à voter pour l’un ou l’autre des candidats à partir du vendredi minuit.
Un militant pro Trump, Jack Posobiec, qui avait été le premier à diffuser les fuites, n’a visiblement pas compris grand chose aux textes français. Il assurait ainsi samedi sur twitter que Macron avait contracté une assurance-vie en mars 2017. Il semblerait qu’il s’agisse d’une assurance sur le remboursement des frais de campagne.
https://twitter.com/JackPosobiec/status/860586661201293312
Le français, maigre rempart contre les fake news
Le barrage de la langue a ainsi constitué un rempart face aux « fake news », surtout si on compare la campagne française à la campagne américaine, durant laquelle un armada de jeunes macédoniens relayaient des fausses informations en anglais, contre la candidate Clinton.
Les mensonges et « fake news» ont toutefois joué un vrai rôle, notamment chez des populations peu averties sur les réseaux sociaux ou le fonctionnement des médias, soit très jeunes soit âgées.
Les réseaux sociaux associés à la droite française, notamment les soutiens de Sarkozy et de Fillon, ont passé une bonne partie de la campagne à s’acharner contre Macron, au point que le nom du candidat d’En Marche apparaisse plus souvent, dans leurs tweets, que celui de leur propre candidat, François Fillon ; ce sont eux également qui géraient le compte parodique Ridicule TV, qui a passé la campagne à lutter contre Macron plutôt que l’extrême-droite, ou les socialistes.
Les mensonges les plus grossiers ont toutefois souvent été émis par le Front national, qui a par exemple crée des faux tweets, dont celui-ci, attribué au Canard Enchaïné . Un faux pas très habile, puisqu’il n’y a pas d’étoile sur Twitter, mais un coeur.
https://twitter.com/_fabricerobert/status/860905672199864321
Twitter a d’ailleurs du supprimer, en catastrophe, certains comptes, durant le week-end, pour éviter la propagation de « fake news », un peu tard.
Le statut des médias russes, comme Russia Today ou Spoutnik, reste un sujet d’interrogation pour l’équipe Macron qui a fini par leur refuser l’accès à leur quartier général ou aux salles de presse en meeting.
Financés in extenso par le gouvernement russe, les deux sites ont systématiquement évoqué les rumeurs concernant Emmanuel Macron, mais aussi diffusé des kyrielles de nouvelles fantaisistes mais faisant systématiquement le jeu de l’extrême-droite. Certaines étaient parfois à la limite de l’absurde, comme cette dépêche affirmant qu’un million d’Européens étaient organisés en armée contre les réfugiés.