Une vente d'obligations « désastreuse » ébranle la confiance en l'Allemagne

Une vente « désastreuse » d'obligations allemandes hier (23 novembre) a suscité la crainte que la crise de la dette ne commence à menacer Berlin, alors que les dirigeants des deux plus grandes économies de la zone euro restent en désaccord sur les mesures structurelles à adopter à long terme.

EURACTIV.fr / Reuters
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Une vente « désastreuse » d'obligations allemandes hier (23 novembre) a suscité la crainte que la crise de la dette ne commence à menacer Berlin, alors que les dirigeants des deux plus grandes économies de la zone euro restent en désaccord sur les mesures structurelles à adopter à long terme.

Alors que la crise continue de se propager, la plupart des 20 éminents économistes interrogés par Reuters ont prédit que la zone euro ne survivrait pas à la crise si elle restait sous sa forme actuelle, et certains ont même envisagé l'idée d'un « noyau » qui exclurait la Grèce.

« La crise de la dette s'enfonce encore plus profondément, comme un ver, et atteint à présent l'Allemagne », a déclaré à Reuters l'un des membres d'arrière-plan les plus eurosceptiques du gouvernement de centre-droit de Mme Merkel, Frank Schaeffler du Parti libéral-démocrate (FDP), un partenaire de la coalition.

Soulignant l'ampleur de la crise de la dette, l'agence allemande de gestion de la dette n'a pas pu trouver d'acheteur pour près de la moitié de ses obligations lors d'une vente de 6 milliards d'euros. Cette situation a fait grimper les coûts d'emprunt à 10 ans du plus grand contributeur de l'Union au-delà de ceux des Etats-Unis, pour la première fois depuis le mois d'octobre.

« C'est un pur désastre », a commenté Marc Ostwald, stratège chez Monument Securities à Londres.

Ces nouvelles obligations proposaient un taux de rendement de 2 %, le plus bas jamais enregistré pour une émission d'obligations allemandes à 10 ans. Le rendement moyen de l'adjudication était de 1,98 %, contre 2,09 % lors d'une émission similaire en octobre.

Cette mauvaise vente réalisée par le moteur de l'économie européenne a fait chuter l'euro à 1,336 par rapport au dollar et les titres européens ont atteint leur plus bas niveau en sept semaines.

Les Bunds ont chuté après l'adjudication. Les rendements à dix ans ont augmenté de 14,5 points de pourcentage à 2,056 %, devenant plus rentables que les bons du Trésor américains pour la première fois depuis le début du mois dernier.

Mme Merkel, le président français, Nicolas Sarkozy, et le nouveau premier ministre italien, Mario Monti, devaient se rencontrer à Strasbourg jeudi pour un mini-sommet.

Ils devaient discuter des réformes prévues pour l'ancien commissaire européen Mario Monti pour remettre les finances de l'Italie sur les rails.

Exposition de l'Allemagne

Le porte-parole du ministre des finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré lors d'une conférence de presse que cette adjudication ne signifiait pas que le gouvernement rencontrait des problèmes de refinancement et peu d'acteurs des marchés l'ont contredit.

Il s'agit toutefois d'un signal quant au fait que le plus grand contributeur de l'Union, l'Allemagne, pourrait se retrouver en difficulté si la crise continue de secouer la zone euro. Un représentant de Standard & Poor's a déclaré que ces derniers évènements pourraient pousser Berlin a réexaminer la possibilité d'avoir recours à une solution plus globale.

« Cela nous laisse croire que la pression s'accentue sur les rendements en Allemagne, ce qui pourrait faire changer les perceptions », a déclaré David Beers de Standard & Poor's lors d'une conférence à Dublin.

Les coûts d'emprunt de la plupart des Etats de la zone euro, même de ceux précédemment considérés comme sûrs, tels que la France, l'Autriche et les Pays-Bas, sont montés en flèche ces deux dernières semaines, dans la mesure où les investisseurs, en prise à la panique, se sont débarrassés des titres qu'ils considèrent à présent comme risqués.

« Les Bunds commencent à perdre leur attrait parce que les marchés doivent commencer à croire à l'histoire des euro-obligations, et que l'Allemagne s'apprête, en substance, à garantir la dette d'autres pays », a expliqué Achilleas Georgolopoulos, stratège chez Lloyds Bank à Londres.

L'accélération de la crise ces derniers mois est principalement due à l'envolée des rendements obligataires italiens à des niveaux avoisinant les 7 % et qui sont considérés comme insoutenables sur le long terme. De plus, l'intervention de la Banque centrale européenne sur le marché obligataire pour acheter un volume limité d'obligations italiennes n'a eu qu'un effet limité.

Déterminée à ne pas se laisser faire par les marchés financiers, Mme Merkel continue de résister à ceux (notamment la France) qui souhaitent que la BCE joue un rôle plus important dans la résolution de la crise.

Lors d'un discours ferme au Bundestag, la chambre basse du parlement allemand, Mme Merkel a affirmé qu'elle ne souhaitait pas transiger sur le mandat de la BCE qui était de lutter contre l'inflation. Elle est également revenue sur les propositions de la Commission européenne sur l'émission d'euro-obligation, les qualifiant de « tout à fait inappropriées ».

Peu avant le discours de la chancelière, le ministre français des finances, François Baroin, a déclaré lors d'une conférence à Paris qu'il était de la responsabilité de la BCE de soutenir l'activité économique de la zone euro.

« La meilleure réponse pour éviter la contagion à des pays comme l'Espagne ou l'Italie c'est, pour les Français, une intervention, une possibilité d'intervention ou une annonce d'intervention d'un prêteur en dernier ressort qui serait constitué par la Banque centrale européenne », a affirmé M. Baroin.

Obligations de stabilité

Mme Merkel a expliqué que les traités de l'UE interdisaient à la BCE d'agir comme un prêteur en dernier ressort et d'émettre de la monnaie pour acheter de la dette souveraine. Elle a rejeté l'idée d'émettre des « euro-obligations », la proposition de mutualiser la dette de la zone euro et elle a refusé d'envisager que le fonds de sauvetage de l'Union emprunte de l'argent à la BCE ou au FMI.

Elle a affirmé que, selon elle, la seule réponse à la crise devrait être « plus d'Europe ». Elle a d'ailleurs reçu le soutien de son parti pour une Union politique européenne à part entière fondée sur la zone euro.

Il existe un risque que l'un des 17 membres de la zone euro quitte l'union monétaire, a déclaré David Miles de la Banque d'Angleterre lors d'un entretien diffusé sur ITV mercredi soir.

« Je pense qu'aucun d'entre nous ne peut affirmer que tous les pays actuellement dans la zone euro y resteront », a-t-il affirmé. Dans un sondage réalisé par Reuters au cours de ces dix derniers jours, 14 des 20 universitaires, anciens dirigeants et analystes indépendants interrogés ont affirmé penser que la composition de la zone euro changerait.

Un nouveau « noyau » composé de moins de membres a été qualifié de solution envisageable par dix économistes et sept d'entre eux ont affirmé que la Grèce ne devrait pas en faire partie.

« La zone euro peut et doit survivre, mais elle ne survivra pas si elle reste sur sa trajectoire actuelle », a déclaré Jeffrey Sachs, le directeur du Earth Institute à l'université de Columbia à New York.

Les joutes oratoires publiques sur la marche à suivre souligne à quel point les dirigeants européens sont divisés sur la manière de résoudre une crise qui s'est développée au point d'englober de grands pays comme l'Italie et l'Espagne et de renverser les leaders italien et grec.

« Nous ne savons pas ce qu'il va se passer », a admis Richard Jeffrey, responsable de l'investissement chez Cazenove Capital Management à Londres. « Ne pensez pas que les dirigeants politiques savent où ils vont. »

Propositions de la Commission sur des euro-obligations

Alors que le temps presse pour les décideurs politiques qui doivent mettre sur pied un plan pour sortir de la crise qui soit considéré comme crédible par les marchés, la Commission européenne a présenté une étude ce mercredi sur l'émission d'euro-obligations comme un moyen de stabiliser les marchés de la dette.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a dévoilé des propositions pour un contrôle plus intrusif des budgets et des efforts consentis pour atteindre les objectifs macroéconomiques dans les Etats de la zone euro. Il a également présenté différentes options sur l'introduction d'obligations communes à la zone.

« Je salue les propositions de M. Barroso, il s'agit d'un réel pas en avant à plusieurs égards », a déclaré le ministre néerlandais des finances, Jan Kees De Jager, dans un communiqué. « Il n'empêche que ce sera difficile, dans la mesure où certains refusent d'être confrontés à des règles de discipline plus strictes. »

« Les euro-obligations ne sont pas une solution miracle à la crise actuelle et pourraient même l'aggraver », a-t-il affirmé. « Nous devons faire d'autres choses avant, à savoir établir une supervision et une application stricte du budget. »