Viktor Orbán peut-il se positionner comme un médiateur entre l’UE et Donald Trump ?
La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine est certes une bonne nouvelle pour le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, mais ce dernier devrait avoir des difficultés à s’imposer comme un médiateur entre Bruxelles et Washington, estiment des experts.
La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine est certes une bonne nouvelle pour le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, mais ce dernier devrait avoir des difficultés à s’imposer comme un médiateur entre Bruxelles et Washington, estiment des experts.
Selon certains, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche serait l’occasion pour Viktor Orbán de renforcer sa position au sein de l’Union européenne (UE), mais aussi sur la scène politique hongroise, alors que ce dernier n’a jamais cessé d’entretenir des liens avec le républicain, même quand celui-ci n’était plus au pouvoir.
« Nous avons remporté les élections européennes en Hongrie, le président Donald Trump a remporté les élections aux États-Unis et nous avons créé le parti Patriotes pour l’Europe. Attachez vos ceintures, 2025 va être une année fantastique » », a écrit Viktor Orbán sur X samedi 16 novembre.
Si les experts s’accordent à dire qu’une Amérique dirigée par Donald Trump est susceptible d’observer la Hongrie avec bienveillance, ils estiment que le nouveau président américain ne pourra seul être une bouée de sauvetage politique pour le Hongrois.
Une influence accrue au niveau de l’UE ?
La victoire de Donald Trump est susceptible de conforter les eurosceptiques, les populistes et les mouvements d’extrême droite de toute l’Europe. « C’est ce que Viktor Orbán espère depuis plusieurs années », confirme pour Euractiv Bulcsú Hunyadi, un analyste du think tank Political Capital, basé à Budapest.
Si cela se produit, « le Conseil européen sera composé de Premiers ministres et de chefs d’État qui représenteront les mêmes politiques que celles de Viktor Orbán », poursuit-il.
Un tel scénario pourrait permettre au Hongrois de continuer à obstruer le processus décisionnel de l’UE, en particulier en ce qui concerne l’aide à l’Ukraine et les sanctions contre la Russie. Pour Bulcsú Hunyadi, les orientations de Viktor Orbán pourraient ainsi être calibrées pour s’aligner sur les intérêts de Donald Trump.
Cependant, les experts doutent qu’une alliance renforcée entre Washington et Budapest puisse offrir un élan aux Patriotes pour l’Europe, le groupe d’extrême droite récemment formé au Parlement européen.
« Il y a une petite chance que les Patriotes pour l’Europe aient un impact sur l’élaboration des politiques au Parlement européen, mais cela est improbable, étant donné que les groupes traditionnels [comme le Parti populaire européen et Renew] dominent les gouvernements dans les États membres de l’UE et qu’ils sont de fervents opposants aux partis d’extrême droite », souligne l’analyste politique.
Viktor Orbán le médiateur
Le Premier ministre hongrois espère surtout servir de médiateur entre Bruxelles et Washington. « Viktor Orbán et Donald Trump sont alliés idéologiquement. Et c’est aussi un fait que Viktor Orbán est perçu comme celui qui murmure à l’oreille de Donald Trump », explique à Euractiv Daniel Hegedüs, directeur régional pour l’Europe centrale du German Marshall Fund.
Mais « personne ne fait vraiment confiance à Viktor Orbán au sein de l’UE. Et il y a beaucoup de candidats pour ce rôle [de médiateur], qui viennent d’États membres plus importants », précise-t-il.
Parmi les personnes citées, on retrouve notamment la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Conservateurs et Réformistes européens, CRE), idéologiquement proche du républicain, et qui jouit d’une plus grande confiance au sein de l’UE. Contrairement au Premier ministre hongrois, elle est moins compromise avec la Russie.
Viktor Orbán pourrait toutefois jouer le rôle « médiateur » entre Bruxelles et Moscou, souligne pour Euractiv l’analyste russo-hongrois Nikita Shishov. « Moscou fait confiance à Viktor Orbán. Les médias d’État russes suivent de près chacune de ses paroles. Il peut donc être un messager entre Vladimir Poutine et l’Occident. Mais je ne pense pas que l’UE utilisera ses services », explique-t-il.
Bulcsú Hunyadi est en revanche convaincu qu’une « superpuissance comme la Russie » n’a pas besoin du Hongrois. « Son voyage cet été à Moscou était plutôt un acte symbolique pour provoquer l’UE, et un geste envers Donald Trump parce qu’il a rendu […] visite [à ce dernier] juste après le voyage à Moscou. »
« Mais en même temps, la Russie peut au contraire utiliser la Hongrie pour ses buts ou ses objectifs afin d’affaiblir et de créer une désunion au sein de l’UE », insiste-t-il.
Impact sur les prochaines élections hongroises
Avec le candidat républicain au pouvoir outre-Atlantique, Bulcsú Hunyadi s’attend à ce que les critiques contre l’idéologie et les valeurs portées par Viktor Orban soient moins virulentes.
« Une grande partie des politiques illibérales menées par Viktor Orbán au cours des quatorze dernières années est en phase avec les idées de Donald Trump. » C’est pourquoi il pourrait profiter de son retour à la Maison-Blanche pour dire que la Hongrie est amie avec le pays le plus puissant au monde et redorer son image.
Quoi qu’il en soit, un récent sondage montre que le parti Tisza — le mouvement politique de Péter Magyar, ancien partisan et actuel opposant de Viktor Orbán — devance largement le Fidesz du Premier ministre.
Tisza recueille 46 % des suffrages parmi ceux qui voteraient lors d’une prochaine élection, devant le Fidesz avec 39 %. Plusieurs autres sondages réalisés au cours des dernières semaines ont donné le même résultat.
« Une victoire électorale d’un allié de Viktor Orbán dans un autre pays, même aux États-Unis, n’y changera rien. Les électeurs donnent la priorité aux questions économiques et aux affaires intérieures plutôt qu’à la politique internationale », conclut Daniel Hegedüs.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]