Vladimir Poutine tentera d'obtenir une « feuille de route 2050 » pour le gaz

Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, se rendra à Bruxelles le 24 février et tentera d'aboutir à des arrangements spéciaux à long terme concernant l'approvisionnement de gaz russe vers l'UE, ont déclaré hier (21 février) plusieurs intervenants. Vladimir Chizhov, l'ambassadeur russe à l'UE, a prévenu que ces discussions pourraient bien être « déplaisantes ».

barroso_putin_03.jpg
barroso_putin_03.jpg

Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, se rendra à Bruxelles le 24 février et tentera d'aboutir à des arrangements spéciaux à long terme concernant l'approvisionnement de gaz russe vers l'UE, ont déclaré hier (21 février) plusieurs intervenants. Vladimir Chizhov, l'ambassadeur russe à l'UE, a prévenu que ces discussions pourraient bien être « déplaisantes ».

Plusieurs déclarations émises par des fonctionnaires russes travaillant dans le domaine du gaz semblent indiquer que la visite de M. Poutine dans les institutions de l'UE pourrait marquer un tournant dans les relations qui durent depuis des décennies entre et l'UE et la Russie comme fournisseur de gaz.

La Russie pourrait bien signer une « feuille de route » pour le gaz jusqu'en 2050 avec l'Union européenne, a déclaré hier (21 février) le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, cité dans la presse russe.

M. Miller a déclaré que ce point devrait être examiné lors de la visite de M. Poutine à Bruxelles et qu'ils envisageraient également des « clarifications » concernant un « troisième paquet » de propositions de la Commission pour libéraliser davantage le marché de l'énergie de l'UE (voir « Background »).

Discussions « déplaisantes »

Vladimir Chizhov, l'ambassadeur de Russie à l'UE, a déclaré à la presse hier qu'il s'attendait à ce que les discussions entre M. Poutine et Bruxelles soient « précises », mais également « potentiellement déplaisantes ».

« Certains pays de l'UE ont choisi la version la plus stricte de paquet sur l'énergie », a-t-il expliqué, ajoutant que cette attitude pourrait mener à la nationalisation des infrastructures gazières et de nouveaux obstacles pour les entreprises russes dans l'UE.

Dans un article publié dans la presse russe, Valeri Yazev, le président de la Société russe du gaz, décrit les trois versions possibles du troisième paquet sur l'énergie. Selon la plus stricte d'entre elles, les fournisseurs devraient vendre leurs entreprises de transport du gaz. La deuxième possibilité est que les sociétés ne soient pas démantelées, mais qu'un opérateur indépendant soit nommé pour les infrastructures de transport, dont les activités sont limitées à un pays. La troisième possibilité est que la société ne soit pas non plus démantelée mais qu'un conseil spécial prenne la responsabilité de son processus de décision « indépendant ».

Les risques impliquent des prix plus élevés

Selon certaines sources, la Lituanie s'apprêterait à scinder son entreprise gazière, Lietuvos Dujos, dans laquelle Gazprom détient des parts. L'entreprise serait divisée en deux composantes, une pour le transport et l'autre pour le commerce, cette dernière restant sous le contrôle du gouvernement. Gazprom affirme que le gouvernement lituanien cherche une excuse pour nationaliser la compagnie.

M. Yazev, qui est également le vice-président de la Douma d'Etat (la chambre basse du parlement), a déclaré que cette attitude impliquait des « risques » pour Gazprom et que les prix du gaz pour la Lituanie devraient donc être augmentés.

Il a ajouté que la Russie enverrait une lettre officielle à la Commission européenne avant la visite pour lui demander d'effectuer des corrections dans le « troisième paquet ».

Le président de la Société russe du gaz a confié à la presse que le « troisième paquet », qui entrerait en vigueur le 3 mars, causerait un « préjudice économique direct » à Gazprom et que c'était pour cette raison que Moscou demanderait que les « règles du jeu » soient modifiées.

Le fonctionnaire russe a expliqué que la perte des droits pour le fournisseur, Gazprom, visait la libéralisation du marché. Toutefois, il a ajouté que Gazprom doutait que la libéralisation du marché dans l'UE soit possible dans un futur proche. Il a également dit que le fournisseur ne pourrait pas perdre son réseau d'approvisionnement sans réclamer une compensation.

« En fait, l'entreprise russe serait privée du droit d'utiliser un réseau de transport du gaz qu'elle a établi en Europe il y a bien longtemps afin d'aboutir à la même sécurité énergétique que celle évoquée dans le « paquet », a-t-il ajouté.

Nord Stream perd un gazoduc

S'adressant à la presse lors d'une vidéoconférence hier (21 février), M. Yazev a également précisé que les nouvelles règles européennes perturberaient les investissements russes en termes de prospection et de construction de gazoducs. Il a ajouté que le « troisième paquet sur l'énergie » minait en réalité le secteur énergétique en Europe.

M. Yazev a déclaré que ces règles de l'UE démotivaient Gazprom d'investir dans des gazoducs et dans le stockage du gaz. Il a prix pour exemple les projets pour un second gazoduc parallèle au projet Nord Stream reliant la Russie à l'Allemagne, qui selon lui avaient été suspendus.

Gazprom devrait réévaluer ses contrats d'approvisionnement à long terme avec ses clients européens en fonction de l'endroit de la livraison et des conditions de celle-ci, a ajouté M. Yazev. La pratique actuelle est que Gazprom vend son gaz aux consommateurs européens.

Si Gazprom devait passer de contrats à long terme à des ventes sur les marchés spot, à court terme les prix pourraient baisser, a admis M. Yazev. Les contrats d'approvisionnement du gaz à long terme entre Gazprom et les consommateurs européens sont indexés aux prix du pétrole sur les marchés à terme. Les ventes sur le marché spot du gaz concerne des livraisons immédiates de gaz naturel liquéfié (GNL).

Toutefois, M. Yazev a jouté que dans le cadre du système du marché spot, à long terme, lorsque la demande en gaz augmentera en Europe, la Russie ne sera plus capable de répondre à cette demande étant donné elle n'aura pas investi dans de nouveaux gisements comme Shtockman ou Yamal.

Il a également prévenu que les ventes selon le cours au comptant pourraient pousser la Russie à coordonner sa politique du prix du gaz avec les producteurs de gaz du Moyen-Orient ou d'Afrique du nord et de l'Ouest et que, par conséquent, les prix auraient tendance à augmenter. Les pays exportateurs de gaz, dont la Russie, se rassemblent déjà au sein du FPEG.

« Le troisième paquet sur l'énergie doit fonctionner à partir d'où aboutissent les gazoducs plutôt que de les couvrir. Il s'agit d'une des propositions fondamentales pour laquelle nous devons nous battre », a-t-il dit, faisant référence à la visite de M. Poutine à Bruxelles jeudi prochain.

Marchés spot

Dans le même temps, la société allemande E.ON Ruhrgas AG aurait demandé à ce que ses achats de gaz russe soient liés aux prix sur le marché spot. Le Wall Street Journal a cité Sergueï Komlev, le responsable des prix à l'exportation, qui s'opposait vivement à un changement dans les pratiques de vente.

« Ils [E.ON Ruhrgas] ont fait une proposition. Nous ne l'acceptons pas », a déclaré M. Komlev. « Nous sommes fermes sur cette position ».