« Watergate grec » : l'autorité de surveillance de la vie privée grecque serre la vis

L’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée a pris la décision de contrôler les registres des fournisseurs de télécommunications pour les demandes de surveillance faites par les services secrets grecs.

Euractiv.com
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La décision a été prise à la suite de révélations d’EURACTIV ayant fait réagir la scène politique grecque selon lesquelles un autre responsable politique et un journaliste avaient été mis sous surveillance. [[Shutterstock/Chim]]

L’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) a pris la décision de contrôler les registres des fournisseurs de télécommunications pour les demandes de surveillance faites par les services secrets grecs.

La décision a été prise à la suite de révélations d’EURACTIV ayant fait réagir la scène politique grecque selon lesquelles un autre responsable politique et un journaliste avaient été mis sous surveillance.

L’organisme grec de surveillance de la vie privée va mettre en place une équipe spéciale chargée de vérifier les dossiers de toutes les entreprises de télécommunications afin de voir si les services secrets grecs ont demandé la levée de la confidentialité des appels téléphoniques pour des personnes spécifiques.

L’ADAE a également demandé aux partis d’opposition de fournir des numéros de téléphone spécifiques à vérifier, étant donné que plus de 15 000 activités de surveillance ont lieu chaque année en Grèce.

Le gouvernement grec nie en bloc

Plusieurs articles de presse publiés à Athènes ont laissé entendre que plusieurs responsables politiques, journalistes et hommes d’affaires ont fait l’objet d’une surveillance ordonnée par les services secrets.

Le « Watergate grec » a suscité de vives critiques de la part des médias internationaux et des associations de journalistes et est considéré comme un problème majeur à l’approche des élections nationales qui doivent se tenir avant l’été.

Le gouvernement conservateur grec du parti Nouvelle Démocratie a seulement reconnu la mise sous surveillance du leader de l’opposition socialiste Nikos Androulakis, mais a jusqu’à présent refusé d’en révéler les raisons en invoquant des questions de sécurité nationale.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis s’est efforcé de se tenir à l’écart du scandale, affirmant qu’il n’était pas au courant de la surveillance pratiquée sur M. Androulakis.

Pourtant, la première loi qu’il a promulguée en tant que Premier ministre a été de placer les services secrets sous sa coupe. Après la révélation du scandale, M. Mitsotakis a renvoyé le chef de son cabinet, son neveu Grigoris Dimitriadis, ainsi que le chef des services secrets.

À la mi-décembre, EURACTIV a rapporté en exclusivité que l’ADAE, une autorité indépendante dont la fonction est ancrée dans la Constitution grecque, voulait réaliser un audit dans la société de télécommunications Cosmote. Cette démarche fait suite aux demandes soumises à l’autorité par l’eurodéputé Renew Europe Giorgos Kyrtsos et le journaliste d’investigation Tasos Telloglou, qui souhaitaient savoir s’ils étaient sous surveillance.

Selon EURACTIV, l’audit a confirmé que les deux hommes étaient surveillés par les services secrets, mais les raisons de cette surveillance n’ont pas été divulguées, au motif de la « sécurité nationale ».

« Aller au fond du scandale »

Parallèlement, l’autorité indépendante a rencontré des difficultés dans la conduite de l’audit.

Le procureur de la Cour suprême de Grèce aurait tenté de bloquer l’audit en déclarant qu’il était illégal. À la suite de la publication de l’article, le procureur de la Cour suprême de Grèce a déclaré qu’il n’avait pas tenté de bloquer l’audit, mais qu’il avait simplement exprimé un avis sur la compétence de l’autorité à effectuer de tels contrôles.

De son côté, le responsable de l’ADAE, Christos Rammos, un juge dont l’insistance à faire la lumière sur l’affaire a dérangé le gouvernement, a publié une déclaration indiquant que l’autorité agit conformément à la Constitution.

Les partis d’opposition soutiennent que le gouvernement, de mèche avec le système judiciaire, tente de bloquer toute tentative de faire la lumière sur les affaires d’écoutes et vise à occulter le scandale jusqu’aux élections nationales.

Suite aux révélations d’EURACTIV, l’eurodéputée du groupe Renew Europe, Sophie in  ’t Veld, a déclaré que le nombre de révélations venant de Grèce semblait sans fin.

« Nous devons aller au fond de ce scandale : aucune partie ne doit être négligée. Les victimes doivent obtenir des clarifications totales le plus rapidement possible. Le silence de la Commission européenne et d’Europol est déroutant et inacceptable », a déclaré l’eurodéputée néerlandaise.

En ce qui concerne cet incident spécifique, un responsable de l’UE a déclaré à EURACTIV qu’il reviendrait aux autorités nationales d’examiner la situation.

Le responsable européen a toutefois réitéré que « toute tentative des services de sécurité nationaux d’accéder illégalement aux données des citoyens, y compris des journalistes et des opposants politiques, si elle est confirmée, est inacceptable. »

« Nous suivons la situation en Grèce, ainsi que dans d’autres États membres, de très près. Nous avons surveillé l’utilisation des logiciels espions de manière plus régulière par d’autres moyens, par exemple dans le rapport sur l’État de droit. »

Le responsable a en effet précisé que l’utilisation de logiciels espions « est l’une des questions abordées dans le rapport 2022 sur l’État de droit, y compris le chapitre consacré à la Grèce ».

La réaction d’Europol

EURACTIV a également contacté Europol, l’agence chargée de l’application de la loi dans l’Union européenne, afin de savoir si elle est en contact avec les autorités grecques à ce sujet et si l’agence est habilitée à prendre des mesures.

Un porte-parole d’Europol a déclaré que le rôle de l’agence était « limité », car la sécurité nationale reste la responsabilité exclusive de chaque État membre.

« Nous n’avons donc pas pour rôle de  “faire la police” ou de “superviser” les autorités compétentes des États membres », a déclaré le porte-parole d’Europol.

Celui-ci a ajouté qu’Europol entretient des échanges étroits avec la commission PEGA compétente au Parlement européen.

Europol évalue l’évolution de la situation et est en contact avec les autorités respectives des États membres au cas par cas afin d’obtenir toute information pertinente pour Europol et d’offrir un soutien, sur la base des éléments fondamentaux suivants :