Quelles solutions pour décarboner les secteurs difficiles ?

L’électricité est essentielle pour décarboner la plupart des secteurs de l’économie. Mais pour certains d’entre eux, comme l’aviation et le transport maritime, l’électricité seule ne suffira pas. Pour ces secteurs, de nouvelles solutions énergétiques doivent être développées.

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Équilibre des Énergies
[<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/smokestacks-cooling-towers-coal-fired-power-1903690807" target="_blank" rel="noopener">[I. Noyan Yilmaz / Shutterstock]</a>]

L’électricité est essentielle pour décarboner la plupart des secteurs de l’économie. Mais pour certains d’entre eux, comme l’aviation et le transport maritime, l’électricité seule ne suffira pas. 

Brice Lalonde est le président du groupe de réflexion intersectoriel réunissant des entreprises des secteurs de l’énergie, du bâtiment et de la mobilité, Équilibre des Énergie. Il fut, de 1988 à 1992, successivement secrétaire d’État, ministre délégué, puis ministre de l’Environnement.

Pour ces secteurs, de nouvelles solutions énergétiques — basées sur l’électricité à faible teneur en carbone, l’hydrogène à faible teneur en carbone, le dioxyde de carbone (CO2) et l’utilisation prudente de la biomasse — doivent être développées. Le paquet « Fit for 55 » fournit un cadre pour de telles solutions, mais des obstacles doivent encore être surmontés afin de développer la chaîne de production à l’échelle requise et d’utiliser les ressources de manière efficace.

Pour réaliser sa transition énergétique, l’UE devra utiliser différentes formes d’énergie décarbonée et identifier les secteurs dans lesquels chacune d’entre elles peut apporter la valeur ajoutée la plus significative.

L’électricité à faible teneur en carbone jouera évidemment un rôle majeur car elle peut être utilisée dans la plupart des secteurs tels que les bâtiments et le transport routier. C’est pourquoi on prévoit qu’elle couvrira la moitié des besoins en énergie finale d’ici 2050.

Toutefois, certains secteurs, tels que l’aviation et le transport maritime, ne peuvent pas être électrifiés aussi facilement. Il faut donc soutenir le développement de nouvelles solutions à faible teneur en carbone, telles que l’hydrogène, les biocarburants avancés et les carburants de synthèse.

La capture du carbone

Les plus prometteuses de ces solutions, qui nécessitent encore un développement technologique important, dépendent d’une électricité à faible teneur en carbone et de la disponibilité de carbone d’origine non fossile. Qu’il s’agisse de carbone biogénique extrait de la biomasse ou de dioxyde de carbone capturé dans l’air ou directement au niveau des rejets industriels. Des chaînes d’approvisionnement appropriées doivent être mises en place, faute de quoi les matières premières manqueront.

Pour promouvoir ces nouvelles solutions énergétiques à l’échelle requise sans dépendre des importations — et donc sans compromettre son indépendance énergétique — l’UE doit mettre en œuvre une stratégie industrielle ambitieuse à la hauteur de ses concurrents, telle que la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act).

Rationaliser la biomasse

Il faut aussi rationaliser l’utilisation de la biomasse et la rendre prioritaire dans les secteurs où elle apporte la plus grande valeur ajoutée.

Elle sera un facteur limitant car de nombreux secteurs sont en concurrence pour l’utilisation des ressources disponibles. L’UE doit clairement définir les secteurs et les processus dans lesquels l’utilisation de la biomasse apportera la valeur ajoutée la plus significative.

Il n’est pas nécessaire d’augmenter l’utilisation des biocarburants pour les voitures qui seront électrifiées, et les secteurs où il est difficile de réduire les émissions, tels que l’aviation, le transport maritime et certains secteurs industriels, devraient être prioritaires dans l’utilisation des matières premières de la biomasse.

Néanmoins, les ressources en biomasse ne seront pas suffisantes, c’est pourquoi l’UE doit donner un coup de fouet à la production de biocarburants de synthèse, qui permettent de combiner de manière optimale les matières premières de la biomasse avec des ressources électriques à faible teneur en carbone. Et, mieux encore, de carburants de synthèse, produits en combinant de l’hydrogène décarboné et du carbone non fossile avec une grande quantité d’électricité à faible teneur en carbone.

Mettre sur un pied d’égalité les renouvelables et bas carbone

La production européenne d’hydrogène à faible teneur en carbone n’en est qu’à ses débuts. Avec l’adoption des règlements ReFuelEU et FuelEU Maritime et leurs nouveaux objectifs d’utilisation accrue de l’hydrogène dans les secteurs maritimes et de l’aviation, l’UE doit donner le coup d’envoi à sa production nationale d’hydrogène à faible teneur en carbone.

Pour l’instant, l’UE semble se concentrer uniquement sur l’hydrogène renouvelable et oublier l’hydrogène à faible teneur en carbone produit par l’électricité nucléaire. L’Union devrait rester technologiquement neutre et utiliser toutes les formes décarbonées d’hydrogène qui peuvent être produites sur son territoire.

La même logique s’applique à la production d’électricité, qui sera le principal catalyseur de la stratégie européenne de décarbonation. Les besoins bruts en électricité pourraient doubler d’ici 2050 en raison du passage d’un certain nombre de secteurs des combustibles fossiles à l’électricité et de la progression de nouveaux vecteurs énergétiques dont la production nécessite de l’électricité, tels que l’hydrogène et les carburants de synthèse.

Pour couvrir ces besoins croissants, l’UE doit exploiter simultanément le potentiel des énergies renouvelables et celui de l’électricité à faible teneur en carbone produite à partir de sources nucléaires.

Recycler le carbone

Les émissions de CO2 sont la principale cause du changement climatique. L’UE doit donc inclure les technologies de captage et de stockage ou d’utilisation du CO2 dans sa stratégie de réduction des émissions. Leur inclusion dans la liste des technologies « zéro net » est un bon début.

Les émissions de carbone dans l’atmosphère doivent être évitées, mais la composante carbone restera essentielle dans de nombreux processus industriels, c’est pourquoi sa disponibilité est aussi cruciale que celle de l’hydrogène. L’UE doit élaborer une approche circulaire du carbone en faisant progresser les techniques de captage, de stockage et d’utilisation du CO2.

La première étape devrait consister à déployer des technologies de captage du carbone dans les sites industriels qui ne peuvent pas être décarbonés facilement, comme les cimenteries, la sidérurgie et certaines usines chimiques.

Ce CO2 industriel peut ensuite être soit stocké dans des formations géologiques profondes, soit utilisé pour la production de carburants de synthèse et d’autres produits à base de carbone. Pourtant, selon le projet de règlement ReFuelEU, l’utilisation du carbone industriel pour la production de carburants d’aviation durable (CAD) ne sera autorisée que jusqu’en 2041.

Cela signifie que des technologies de capture du carbone plus avancées devront voir le jour. Le captage direct dans l’air semble être une solution possible, de petites installations pilotes étant actuellement exploitées en Islande et aux États-Unis. Ces technologies nécessiteront de très grandes quantités d’électricité à faible teneur en carbone, qui, à ce stade, pourraient ne pas être disponibles dans tous les États membres.

Le principe de neutralité technologique signifie que toutes les technologies susceptibles de réduire les émissions de CO2 doivent contribuer à la transition énergétique de l’UE. La meilleure voie doit être sélectionnée pour chaque problème à résoudre. Les ressources rares et le potentiel d’investissement ne doivent pas être répartis entre les secteurs de manière aléatoire, ce qui entraînerait des chevauchements dans certains secteurs, tandis que d’autres ne disposeraient d’aucune solution.