Europe de la défense : état des lieux à l’heure où l’UE prend la relève de l’OTAN en Bosnie
Au moment même où l'Eufor prend la relève de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine, Colomban Lebas, chargé de cours à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, offre un aperçu des progrès ayant récemment jalonné le processus de construction d'une Europe de la défense dans une étude rédigée pour la Fondation Robert Schuman.
Au moment même où l’Eufor prend la relève de l’OTAN en
Bosnie-Herzégovine, Colomban Lebas, chargé de
cours à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, offre un aperçu
des progrès ayant récemment jalonné le processus de
construction d’une Europe de la défense dans une étude rédigée pour
la Fondation Robert Schuman.
La construction d’une Europe de la défense se poursuit selon
trois logiques d’origine distinctes mais dont les effets se
renforcent mutuellement :
– La première fondée sur des réalisations concrètes décidées à deux
ou à trois ; elle permet de tisser des solidarités de fait à partir
desquelles pourront s’ébaucher des mécanismes institutionnels plus
formalisés. C’est celle qui a conduit à la création de la brigade
franco-allemande en 1988, c’est elle qui préside à la
décision franco-britannique de se doter d’un porte-avion commun
pour 2004.
– La seconde a donné lieu à la Politique Européenne de Sécurité
Commune qui permet à l’UE de mener des interventions militaires
dans le cadre de la PESD ; elle s’illustre par les opérations
CONCORDIA, en Macédoine ou ARTEMIS au Congo.
– La troisième est industrielle : elle a conduit à la
constitution de l’OCCAR, à l’institution de procédures concertées
de « procurement » (les MoU, la LoI), à la création de groupe de
défense transnationaux (EADS, Thalès, BAe) ainsi qu’à de nombreuses
coopérations industrielles (l’avion de transport européen A400M, le
missile METEOR…) à l’émergence de l’Agence Européenne de
l’Armement.
Actuellement, il existe une forte convergence de ces trois
approches : des initiatives multilatérales (battle groups) ou
d’origine industrielle (OCCAR, Agence de l’armement) sont ainsi
appelées à s’insérer peu à peu dans le dispositif communautaire ;
par exemple une référence à la future agence dans des textes de
niveau communautaire de premier plan comme le nouveau concept
stratégique européen inspiré de Solana, ou la mention de futures «
coopérations structurées » en matière de défense dans la
Constitution européenne.
A l’heure où l’UE s’élargit à des pays dont l’atlantisme est
sans défaut, les promoteurs d’une Europe, dont la puissance ne soit
pas exclusivement « civile », semblent s’être mobilisés pour fixer
institutionnellement – avant qu’il ne soit trop tard – la
vocation géostratégique d’une entité européenne qui, sur la scène
mondiale, reste encore largement un « objet politique mal identifié
».
Ainsi, il importe d’éclairer ce mouvement
d’institutionnalisation par une description précise des divers
projets en cours et par un état des lieux de leur
avancement.
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French).