La bioénergie : une source durable et bénéfique pour le climat, l’industrie et la société

Alors que le monde lutte contre le changement climatique, il est impératif que tous les acteurs de la société, des gouvernements aux entreprises en passant par les citoyens, travaillent ensemble. Au Japon, ce principe est bien ancré et porte même un nom : le « Sanpo Yoshi ».

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Une centrale biomasse pour le réseau de chauffage urbain à Varna, en Italie. La biomasse est un élément précieux pour décarboner la production de chaleur et d’électricité ainsi que pour réduire la dépendance au gaz naturel.

Alors que le monde lutte contre le changement climatique, il est impératif que tous les acteurs de la société, des gouvernements aux entreprises en passant par les citoyens, travaillent ensemble. Au Japon, ce principe est bien ancré et porte même un nom : le « Sanpo Yoshi ». Ce principe séculaire veut qu’une entreprise puisse, et doive, bénéficier à la société dans son ensemble, c’est-à-dire au vendeur, à l’acheteur et à la collectivité locale.

En Europe, s’il y a un domaine dans lequel nous pouvons nous inspirer de ce principe, c’est bien dans nos tentatives de décarboner l’économie. Dans le sud de l’Italie, par exemple, une entreprise appelée Fiusis produit plus de 7 500 MWh/an d’énergie électrique propre à partir de biomasse. Dans ce cas, des copeaux de bois vierge provenant de la taille des oliviers locaux sont utilisés, et cela permet non seulement de réduire les émissions de dioxyde de carbone, mais également de contribuer de manière significative à la réduction des incendies de champ.

Le caractère novateur du projet Fiusis a été reconnu à la fois par le ministère du Développement économique en Italie et par le Comité économique et social européen à Bruxelles. La manière dont il démontre le principe du « Sanpo Yoshi » est exposée ici (en anglais).

Un autre exemple de la façon dont la bioénergie peut bénéficier à une collectivité locale est donné au cœur des Dolomites, en Italie. La ville de Dobbiaco alimente son chauffage urbain avec de la biomasse ligneuse issue de son programme de gestion forestière. Depuis 2003, elle fait appel aux industries locales pour produire de la chaleur et de l’électricité verte pour la collectivité. La chaîne d’approvisionnement de Dobbiaco couvre l’ensemble de la vallée de la Pusteria, garantissant que l’approvisionnement en bois de sapin et de mélèze est récolté dans un rayon de moins de 70 km. Cette chaîne d’approvisionnement à la fois équilibrée et durable présente un double avantage : en aval, elle produit de la chaleur renouvelable, ce qui permet de stabiliser les factures d’électricité des consommateurs, et en amont, les forêts sont préservées.

Le système énergétique mis en place dans les deux centrales électriques est basé sur le cycle organique de Rankine (Organic Rankine Cycle, ORC en anglais). Il permet de produire de l’électricité et de la chaleur à partir de sources multiples, notamment de nombreux types de biomasse et de déchets (biomasse ligneuse, balle de riz, déchets de meubles, grignons et noyaux d’olive, poussière de malt, balle de tournesol, déchets d’égrenage du coton, etc.)  De plus, les solutions à cycle organique de Rankine dans les installations de production combinée de chaleur et d’électricité, généralement de l’ordre de quelques MWe, ont un rendement global supérieur à 98 %.

Un grand nombre de ces centrales biomasse sont actuellement en service dans le monde, mais c’est l’UE qui occupe la première place dans ce domaine, la bioénergie représentant 57 % de toutes les énergies renouvelables consommées dans la région. Le secteur emploie 703 200 personnes, y compris tous les fournisseurs de la chaîne de valeur de l’UE, et génère un chiffre d’affaires annuel de 60,6 milliards d’euros. Selon les estimations allant jusqu’en 2030, l’utilisation de la bioénergie pour la production d’électricité et de chaleur devrait augmenter dans plusieurs États membres de l’UE. Et, parmi ceux-ci, la France est l’un des pays qui connaîtra la plus forte augmentation. [Source: Bioenergy Europe – Statistical Report 2021]

La généralisation de cette technologie s’explique par ses avantages considérables. D’un point de vue énergétique, la bioénergie contribue à la stabilité et à la résilience du système de production d’électricité et de chaleur tout en permettant la transition vers un modèle de production de plus en plus renouvelable et distribué. Elle favorise également le couplage sectoriel et l’efficacité du secteur, grâce à l’utilisation massive d’installation de production combinée de chaleur et d’électricité à haut rendement. Enfin, elle réduit la dépendance aux combustibles fossiles, qui peuvent être remplacés par des dérivés de résidus organiques. En 2021 notamment, la bioénergie s’est avérée être une source fiable de production d’électricité et de chaleur, capable de limiter les fortes variations du prix du gaz.

Sur le plan socio-économique, la bioénergie encourage la création de chaînes d’approvisionnement locales, essentielles pour lutter contre le dépeuplement des zones rurales et le développement d’un secteur industriel dynamique, innovant et durable axé sur la fabrication de systèmes complexes de production combinée de chaleur et d’électricité.

Enfin, d’un point de vue environnemental, la bioénergie contribue à l’économie circulaire grâce à la valorisation de matières premières secondaires qui, sans cela, seraient éliminées. La bioénergie contribue également à la décarbonation de secteurs où il est difficile de réduire les émissions, comme le secteur de l’énergie thermique ou encore celui des transports.

Les règles européennes risquent de créer des charges supplémentaires

Bien qu’il s’agisse d’une composante essentielle de la production d’énergie renouvelable en Europe, les politiques réglementaires de l’UE concernant la bioénergie qui sont actuellement en cours d’élaboration laissent entrevoir un avenir mitigé pour le secteur.

La proposition de révision de la directive sur les sources d’énergie renouvelables (RED), par exemple, fixe des seuils stricts concernant la quantité d’émissions de gaz à effet de serre (GES) qui doit être économisée par les installations de biomasse solide produisant de l’électricité, du chauffage et de la réfrigération, réduisant la puissance thermique nominale totale de 20 MW à 5 MW (soit l’équivalent d’une puissance d’environ 700 kW).

Cette proposition, si elle est adoptée, va gravement nuire à l’économie des petites centrales biomasse. Les dépenses liées aux certifications supplémentaires concernant les émissions de GES pourraient ajouter jusqu’à 10 % par an aux coûts de combustible d’une installation de production combinée de chaleur et d’électricité à biomasse à haut rendement d’une capacité de 1 MWe. L’ajout de tels frais administratifs, qui n’ajoute pas de réels avantages pour ces centrales de petite taille généralement intégrées dans le territoire comme pour l’exemple mentionné précédemment, sapera les plans de développement de ces entreprises qui sont déjà au bord du gouffre.

En outre, les usines qui bénéficient de la première période des mesures incitatives prévues par le paquet 20-20-20 seront confrontées à l’incertitude. Dans les années à venir, ces installations sortiront du dispositif incitatif qui est un atout stratégique pour les acteurs du secteur et pour le développement des énergies renouvelables, essentielles à la décarbonation de l’économie. Sans un suivi adéquat, de nombreuses installations risquent d’être mises hors service, ce qui réduirait à néant les investissements réalisés, les bénéfices sur les plans sociaux et économiques locaux ainsi que la contribution précieuse qu’elles pourraient apporter à l’ambitieux paquet européen « Fit for 55 ».

Conclusion

La bioénergie produite à partir de la biomasse solide — qui provient de sous-produits, de déchets ou de la gestion durable des forêts — peut apporter une contribution importante au développement économique, environnemental et social de l’Europe. Elle sera particulièrement utile pour atteindre les objectifs ambitieux de décarbonation de la région en matière de chauffage, de réfrigération et d’électricité. Dans le même temps, elle peut nous aider à réguler le climat au niveau local, à maîtriser les départs de feu et à gérer les flux hydriques. Il s’agit d’une solution véritablement durable sur le plan environnemental et socio-économique pour préserver et promouvoir l’économie locale. Et elle est essentielle pour atténuer l’impact des fortes variations des prix du gaz auxquelles l’Europe est confrontée en ce moment. Ce grand potentiel ne doit pas être gâché par un alourdissement inutile des charges administratives pesant sur les exploitants de petites centrales biomasse.