Madame Merkel, écoutez monsieur Monti !
Dans une analyse publiée par Telos, Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d’Analyse économique, revient sur les propositions de l’Allemagne pour sauver la zone euro. Il appelle à l’abandon de ce projet, qu’il qualifie de "bricolage des traités" et plaide pour la mise en place du programme de Mario Monti.
Dans une analyse publiée par Telos, Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d’Analyse économique, revient sur les propositions de l’Allemagne pour sauver la zone euro. Il appelle à l’abandon de ce projet, qu’il qualifie de « bricolage des traités » et plaide pour la mise en place du programme de Mario Monti.
La vertu des crises aigues est de simplifier les termes du débat. Quand les banques peinent à se refinancer et contractent l’offre de crédit, quand des États notés AAA ont du mal à réussir des placements limités de dettes, quand la récession s’installe et que les investisseurs américains ou asiatiques se défont de leurs actifs en euros il n’est plus temps de tergiverser. Pour éviter un enchaînement fatal à l’euro, les Européens doivent aujourd’hui abattre leurs cartes. Pour madame Merkel, la solution réside dans la création rapide d’une union budgétaire qui deviendra un havre de stabilité. Cette annonce devrait selon elle produire un choc de confiance et faire reculer la spéculation contre les dettes souveraines européennes, même si la réalisation pratique de cette union peut prendre du temps.
Par union budgétaire, elle entend une coordination resserrée des politiques budgétaires nationales et une supervision directe par Bruxelles des politiques économiques et budgétaires des pays de l’Eurozone. Pour parer à l’inefficacité avérée du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), elle entend conférer à un Commissaire européen de l’Économie un pouvoir d’approbation préalable des budgets nationaux, un pouvoir de sanction direct en cas de manquement aux engagements pris avec une possibilité de saisie de la Cour de justice européenne, et un pouvoir de tutelle sur le pays failli en cas de mise en place d’un plan d’ajustement structurel. L’union budgétaire ainsi consacrée par une révision des traités compléterait l’Union monétaire et interdirait les comportements de passager clandestin de pays ne partageant pas la culture de stabilité de l’Allemagne.