Riga 2014, une seule capitale pour deux identités ?
Nicolas Escach est agrégé de Géographie, diplômé de l’École Normale Supérieure de Lyon et enseignant à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Selon lui, la Lettonie met à contribution la ville de Riga en tant que capitale européenne de la culture 2014 pour illustrer son intégration au sein de l'Union européenne.
Nicolas Escach est agrégé de Géographie, diplômé de l’École Normale Supérieure de Lyon et enseignant à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Selon lui, la Lettonie met à contribution la ville de Riga en tant que capitale européenne de la culture 2014 pour illustrer son intégration au sein de l’Union européenne.
L’année 2014 marque une nouvelle étape dans l’ancrage de la Lettonie à l’Union européenne, dix ans après l’élargissement oriental. Le pays a en effet rejoint la zone euro le 1er janvier dernier et Riga est devenue la Capitale européenne de la culture. Du 9 au 19 juillet, l’événement a pris une nouvelle ampleur avec l’organisation des 8èmes Olympiades Mondiales des Chorales. 460 chorales venant de 73 pays se sont rencontrées à Riga après les éditions organisées aux États-Unis (Cincinnati, 2012) et en Chine (Shaoxing, 2010). La manifestation est emblématique d’une Lettonie qui affirme son identité européenne tout en réactivant les symboles de son identité nationale. Comme la plupart des États qui ont dû reconstruire leur nation dans un contexte post-soviétique, la Lettonie se redécouvre tout en redécouvrant l’Europe.
Le chant a joué un rôle considérable dans la construction de la Nation lettone. La révolution qui a mené à l’indépendance du pays a même été qualifiée de « révolution chantante ». La Voie balte, constituée le 23 août 1989 de Tallinn à Vilnius, ne s’est pas seulement traduite par la formation d’une vaste chaîne humaine de 560 km entre les trois capitales. Les habitants ont entonné des chants tout le long du parcours, montrant ainsi aux occupants que leur contestation se voulait avant tout pacifique. Redécouverts pour la plupart au XIXe siècle, les chants restent encore aujourd’hui un symbole d’unité et de cohésion. Ils contribuent à tisser un lien symbolique entre l’ensemble des Lettons du pays. Un festival national du Chant et de la Danse se tient d’ailleurs à Riga tous les cinq ans depuis 1873.
Avec 27.000 participants réunis, les Olympiades Mondiales des Chorales constituent le plus grand événement organisé à Riga 2014. L’hymne officiel, « My song », a été composé par ?riks Ešenvalds, un musicien letton qui a travaillé à l’étranger, notamment en Allemagne. Il a été repris le 13 juillet lors d’un grand concert à Mežaparks. Le patronage d’Ešenvalds ainsi que les 103 chorales venues de l’ensemble de la Lettonie, placent l’événement dans le contexte d’une communion nationale. Celui-ci contribue également au rayonnement mondial de Riga avec des groupes d’Allemagne, de Russie, de Lituanie et de République Tchèque mais aussi de Chine et d’Indonésie.
Les Olympiades mondiales des chorales révèlent, comme peu d’événements dans l’année, une stratégie pragmatique de la municipalité de Riga dans la conduite de sa politique internationale. A mesure que l’État letton se dote d’attributs nationaux, il poursuit son intégration dans l’Europe politique (adhésion en 2004, intégration à l’espace Schengen en 2007), économique (zone euro en 2014) et culturelle (Capitale européenne de la culture). L’inscription du pays dans un nouveau cadre d’action passe par un renforcement des réseaux locaux qu’ils soient nationaux ou baltiques. Depuis l’ouverture de Riga 2014, la plupart des manifestations visent à établir un pont entre la culture nationale lettone et la culture européenne. La musique offre un cadre propice avec la promotion de personnalités emblématiques nées en Lettonie et largement reconnues à l’étranger comme le violoniste Gildon Kremer. Il s’agit de combiner un effet vitrine et un effet miroir en renforçant la fierté des habitants autour d’un panthéon national à un moment important pour l’ensemble du pays. Le gouvernement letton vient d’ajouter, le 19 juin dernier, un préambule à sa constitution et, pour la première fois dans l’histoire du pays, une nouvelle génération d’adolescents lettons arrive à l’âge adulte sans avoir connu l’époque soviétique.