Sommes-nous en train de rater le deuxième étage de la fusée Erasmus ?

La coopération culturelle entre Européens de nationalités différentes au sein d'un même pays membre doit être renforcée afin de créer un véritable sentiment d'appartenance à l'Union européenne, affirme Eric Pestel dans une tribune pour Euractiv France.

Hub culturel européen
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L’Europe poursuit une politique de stimulation de partenariats entre des structures situées dans différents pays mais néglige la coopération entre entités ou groupes d’Européens dans un même pays. [Hadrian/Shutterstock]

La coopération culturelle entre Européens de nationalités différentes au sein d’un même pays membre doit être renforcée afin de créer un véritable sentiment d’appartenance à l’Union européenne, affirme Eric Pestel dans une tribune pour Euractiv France.

Eric Pestel est cofondateur et animateur du Hub culturel européen.

Erasmus fait l’unanimité. Même ceux qui s’opposent à la construction européenne en demandent l’extension.

Depuis son lancement en 1987, lorsque Jacques Delors était président de la Commission européenne, plus de 12 millions de jeunes ont appris l’Europe en la vivant.

Les institutions européennes sont convaincues de son bénéfice et le budget pluriannuel 2021/2027 a été augmenté de 80 % avec l’objectif de faire profiter 10 millions de jeunes pendant cette période, soit autant que pendant les trois décennies précédentes.

Ce succès allié à la libre circulation des personnes au sein de l’espace Schengen a amené au moins 20 millions de citoyens européens à s’installer dans un autre Etat-membre, soit 5 % de la population de l’Union.

Pourtant, cette richesse n’est pas exploitée par l’Union européenne. L’Europe poursuit une politique de stimulation de partenariats entre des structures situées dans différents pays mais néglige la coopération entre entités ou groupes d’Européens dans un même pays.

Cet état d’esprit est flagrant pour la politique culturelle, mais il imprègne tous les secteurs. Dans aucune recommandation de la Commission, ni réponses du Conseil ou du Parlement européens sur la politique de la culture en Europe, cette promotion d’une coopération des Européens là où ils résident ensemble n’est évoquée.

Cela marque également les structures représentants les intérêts d’un Etat membre dans un autre. Que ce soit les services culturels d’ambassade, les centres culturels ou – pour citer d’autres secteurs – les Chambres de commerce ou même les associations d’Européens, le bilatéralisme est encore de rigueur.

Les Services culturels d’une ambassade affichent même leur préférence pour faire venir un artiste de leur pays plutôt que de soutenir des ressortissants de leur diaspora.

Or, à une période où les menaces extérieures s’intensifient, où des régimes autoritaires tentent de déstabiliser nos démocraties, il devient primordial de conforter un « démos européen ».

Peut-on imaginer sérieusement une défense européenne et même une diplomatie commune sans une consolidation d’un sentiment d’appartenance ?

Les Européens expatriés en Europe sont l’embryon d’un peuple européen et devraient faire l’objet d’attention de ses politiques. N’oublions pas que le Brexit s’est aussi construit sur le rejet d’Européens installés au Royaume-Uni.

La contribution des expatriés européens dans un autre Etat membre devrait donc être valorisée pour que les citoyens de ce pays apprécient leur présence et le mélange des nationalités. Que cette contribution soit économique, financière, scientifique, éducative, sportive ou, bien sûr, culturelle.

Répétons-le, la culture est clef ! Les évènements culturels qui impliquent des artistes européens offrent l’opportunité pour les autres citoyens européens de se rencontrer, de comprendre leurs différences, et de partager des valeurs communes.

À la veille de ces élections européennes, le Hub culturel européen appelle les futurs parlementaires européens et responsables des institutions à changer de paradigme pour enfin stimuler cette coopération entre tous les citoyens et à sortir du paradoxe d’avoir des politiques qui entravent cette démarche.

Les coproductions par des acteurs culturels ou des évènements en commun par des associations de nationalités européennes différentes dans un même pays, voire dans une même ville, doivent être encouragés par l’Union européenne. Elles doivent en outre être éligibles par les différents programmes comme Europe Créative, pour faciliter la collaboration et la production collective. La promotion de ces initiatives par les médias, notamment numériques, doit être favorisée.

Dans cette perspective, le réseau associatif EU National Institutes for Culture (EUNIC) doit être renforcé au travers de l’UE pour développer les synergies et les coopérations entre les centres culturels européens.

Les Maisons de l’Europe en France ou les centres Europe Direct, d’une manière générale, pourraient aussi se transformer en Maison des Européens pour favoriser les activités des associations qui représentent les diasporas et mutualiser les ressources.

Que ces associations puissent se retrouver au même endroit amènerait les membres à se mélanger et à coopérer notamment sur les questions de patrimoine et de création.

Enfin, les critères d’éligibilité pour bénéficier de programmes de l’Union européenne tels que Creative Europe, Erasmus+ Horizon Europe ou le nouveau Bauhaus européen doivent être assouplis pour que des entités qui représentent des Européens de plusieurs nationalités puissent travailler et créer ensemble dans le même pays.

Il suffit d’un léger changement d’interprétation des traités ou plutôt des états d’esprit pour renforcer la coopération entre les Européens et tous ceux qui sont impliqués dans le domaine culturel, et créer un sentiment de demos commun.

Faisons-en un objectif pour la prochaine mandature et réussissons le deuxième étage de la fusée Erasmus !