L’alliance ferroviaire européenne veut pallier les pénuries de compétences et de personnel

Après presque quatre ans, un projet industriel initié par l’alliance des compétences du secteur ferroviaire (STAFFER) et soutenu par la Commission européenne touche à sa fin.

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Night Train Alliance of European Railways – Launch of the first Nightjet from Berlin to Brussels and Paris
Lancement du train Nightjet à Berlin, Allemagne, le 11 décembre 2023, qui reliera Berlin, Bruxelles et Paris par des trajets de nuit. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Après presque quatre ans, un projet industriel initié par l’alliance des compétences du secteur ferroviaire (STAFFER) et soutenu par la Commission européenne touche à sa fin, et les participants présenteront des recommandations politiques concrètes à la prochaine Commission en octobre.

La Commission a reconnu les chemins de fer comme un outil essentiel à la décarbonation des transports. Ainsi, sa Stratégie 2020 pour une mobilité durable et intelligente prévoit de doubler le trafic ferroviaire à grande vitesse d’ici 2030 et de le tripler d’ici 2050.

Pour atteindre ces objectifs, le secteur aura besoin d’assez de travailleurs qualifiés.

« Nous attendons de la Commission européenne qu’elle joue en quelque sorte le rôle de coordinatrice », a déclaré à Euractiv Richard Kayser, assistant scientifique à l’Institut des véhicules ferroviaires et de la technologie ferroviaire de l’Université technique de Dresde.

« Nous avons beaucoup d’institutions nationales différentes et si nous voulons réfléchir sur un plan européen, il est très important de les rassembler et de les coordonner », a-t-il ajouté.

Exploiter Erasmus+

L’une des priorités de STAFFER est d’augmenter les opportunités d’éducation et de formation pour les étudiants, les apprentis et les employés de l’industrie ferroviaire.

L’alliance souhaite que la Commission facilite l’accès au financement Erasmus+, le programme phare de l’UE pour l’éducation et la formation, pour toutes les entreprises ferroviaires, notamment les petites et moyennes entreprises (PME).

Les fonds Erasmus+ permettraient également des échanges transfrontaliers de personnel entre différentes entreprises ferroviaires, à l’instar de la collaboration actuelle entre la SNCF française et la Deutsche Bahn (DB) allemande.

« Si vous voulez un secteur ferroviaire européen, il est très important que nos apprentis sachent ce qui se passe dans d’autres pays », a expliqué Barbara Grau, responsable des affaires européennes et internationales de la DRH Groupe chez la SNCF, à Euractiv.

Plus de formations linguistiques et de normes éducatives harmonisées

Les partenaires de STAFFER défendent également l’idée d’une formation linguistique accrue pour les employés.

Bien que les trains automatisés diminuent théoriquement la nécessité pour les employés d’apprendre d’autres langues, Mme Grau et Alexandre Boyer, conseiller politique de la Communauté européenne du rail (CER), soutiennent l’importance de financer l’apprentissage des langues pour le personnel opérationnel.

M. Boyer a indiqué que la communication numérique automatisée entre les trains et le réseau sera la méthode de travail par défaut, mais « s’il y a un problème, c’est là que la communication est importante ».

Les acteurs de STAFFER ont aussi plaidé pour un renforcement de l’enseignement de science, technologie, ingénierie et mathématiques (les disciplines STEM) auprès des élèves du secondaire et du supérieur, pour mieux les préparer aux métiers ferroviaires.

« C’est une sorte de correspondance entre les compétences requises par l’industrie et les offres éducatives des universités », a expliqué à Euractiv Ana Manuelito, responsable des affaires publiques à l’UNIFE, l’Association européenne de l’industrie de l’approvisionnement ferroviaire.

Pour les étudiants dans des programmes spécifiques au secteur ferroviaire, STAFFER a appelé à la standardisation des curricula afin que les étudiants de tous les programmes soient également préparés à leur entrée sur le marché du travail.

M. Boyer a toutefois annoncé que la CER préférerait que les universités harmonisent les normes éducatives dans de tels programmes sans intervention au niveau européen.

Renforcer la présence des femmes dans le secteur

Un élément clé pour garantir un nombre suffisant de futurs travailleurs ferroviaire sera de rendre l’industrie plus attrayante pour les jeunes et pour les femmes. Mme Manuelito et Mme Grau ont indiqué que les femmes ne représentent que 20 % de la main-d’œuvre dans le secteur et que combler ce déséquilibre était une priorité.

Mme Grau a également suggéré une collaboration étroite entre les gouvernements nationaux, les entreprises et les universités pour guider les élèves, en particulier les femmes, vers les secteurs où les emplois sont disponibles.

En attendant le rapport final

Au cours de ses trois ans et demi d’existence, STAFFER a abouti à plusieurs résultats, mais les recommandations concrètes pour la Commission européenne sont pour l’instant peu nombreuses. Le rapport final du projet sera présenté à la nouvelle Commission en octobre.

« Je dois dire que, concernant les recommandations politiques, nous n’en sommes qu’au tout début des discussions en interne », a avoué Mme Manuelito au sujet des partenaires de STAFFER.

[Édité par Anna Martino]