AgriTech : « Nous avons besoin d'une ambition européenne », annonce le président de La Ferme Digitale

Alors que se rassemblent, ce mardi 13 juin, les acteurs européens de l'AgriTech et de la FoodTech, Jérôme Le Roy, président de La Ferme Digitale, fait le point sur ce secteur et appelle l'UE à investir davantage.

Euractiv France
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"Nous avons besoin d'une ambition européenne, d'une stratégie forte, au-delà de la PAC, sur les sujets d’innovation", déclare Jérôme Le Roy, président de La Ferme Digitale.

Alors que se rassemblent, ce mardi 13 juin, les acteurs européens de l’AgriTech et de la FoodTech, Jérôme Le Roy, président de La Ferme Digitale, revient sur les enjeux de l’innovation dans le secteur et appelle l’UE à investir davantage.

La Ferme Digitale est une association qui promeut l’innovation et le numérique dans l’agriculture et l’alimentation. Elle organise un évènement annuel, LFDay, qui rassemble mardi 13 juin, à Paris, 200 entreprises françaises et européennes autours de leurs solutions.

En 2021 le gouvernement lançait en grande pompe la « French AgriTech », un investissement stratégique de 200 millions d’euros dans le secteur. Deux ans après où en est l’AgriTech en France ?

Elle se développe bien. Les entreprises de la Ferme digitale ont pu lever 290 millions euros l’année dernière, et 281 millions rien que sur ce premier trimestre 2023 ! Cela montre que, malgré le contexte actuel, le secteur de l’innovation en agriculture et dans l’alimentation est devenu une cible d’intérêt pour les gouvernants – avec le souci de la souveraineté alimentaire – et pour le secteur privé. Car malgré un retour sur investissement encore long par rapport à d’autres secteurs, ce sont des investissements à impact : pas d’énièmes Facebook ou TikTok, on revient à la terre, à l’alimentation, à la santé. Au concret.

Quelles sont les innovations majeures qui peuvent répondre, selon vous, aux grands enjeux d’avenir concernant l’agriculture et l’alimentation ?

Les entreprises de la Ferme Digitale travaillent sur une multitude d’innovations, cela va des biotechnologies pour améliorer la fertilité des sols, utiliser moins de produits de synthèse, jusqu’à des solutions sur l’atténuation du réchauffement climatique en réduisant les émissions de carbone.

L’innovation est aussi industrielle, sociale, économique. Nous travaillons par exemple sur de nouveaux modèles économiques pour faciliter l’installation des jeunes dans un contexte d’accès au foncier difficile, ou leur permettre de prendre des vacances.

Ils ont besoin de temps, mais aussi d’outils qui les aident à être plus précis, à optimiser leur prix de vente et à prendre des décisions au quotidien pour leurs animaux et leurs cultures.

La Commission européenne soutient financièrement l’innovation, notamment via son accélérateur (EIC). Les aides de l’UE sont-elles suffisantes dans votre secteur ?

L’accélérateur EIC a déjà eu quelques lauréats en agriculture, mais ce n’est rien par rapport à la santé. Ces deux domaines devraient être financés à la même hauteur, d’autant plus que les problèmes de santé proviennent souvent de l’alimentation.

Mais plus largement, alors que la France a investi 280 millions dans l’AgriTech, nous avons besoin d’une ambition européenne, d’une stratégie forte, au-delà de la PAC, sur les sujets d’innovation. Cela commence, quelques fonds se créent, mais ce n’est pas normal qu’on n’ait pas, en Europe, de fond AgriTech supérieur à un milliard d’euros.

Surtout que nous sommes dans une étape cruciale. Chez La Ferme Digitale, la moitié des startups commencent à s’industrialiser et à s’internationaliser. C’est à cette étape qu’elles ont besoin de l’UE.

Outre les financements, quels sont les blocages actuels à l’échelle de l’Europe ?

Nous avons un problème majeur avec les AMM (autorisations de mise sur le marché). Les périodes d’essai pourraient être plus courtes, afin de sortir des biosolutions plus rapidement. Aujourd’hui, cela peut durer 6 ou 7 ans.

De plus, les transferts de savoir-faire entre nos excellents centres de recherche, comme l’INRAE en France, et les moyennes entreprises, devraient être facilités et plus rapides pour aider ces dernières à grandir.

Enfin, l’UE doit communiquer davantage sur ce secteur, qui pâtit encore d’une image peu attractive. Il faut montrer ce qu’est un jeune agriculteur en 2023, et tout ce que la tech lui apporte.

Les solutions peuvent tout de même être très onéreuses pour les petits agriculteurs. Ne craignez-vous pas que l’omniprésence de la technologie crée une agriculture à deux vitesses, avec de grosses fermes connectées et des petites qui n’y ont pas accès ?

Cela pouvait être le cas au début. Mais l’industrie se développe depuis 10 ans et se déploie aujourd’hui partout. Nous travaillons avec 200 000 entreprises [la moitié des fermes françaises, NDLR], des petites et des grosses.

Car l’accessibilité n’est qu’une question de prix. Or, la moitié de nos entreprises ont maintenant atteint une taille critique qui permet de rendre leur solution accessible.

Aujourd’hui, un technicien agricole en Grèce, en Roumanie, en Pologne peut proposer une location de robot, une solution mobile à un prix très accessible. Nous avons même des solutions de conseil par SMS, sans connexion internet nécessaire.

L’AgriTech est-elle compatible avec l’agroécologie ?

Évidemment. Mais il ne faut pas opposer agroécologie, innovation et numérique. Sinon, les nouvelles générations d’agriculteurs vont vouloir se lancer en pensant que revenir à la charrue va sauver le monde. Ils vont faire 5 ou 6 ans, s’épuiser, et abandonner. Alors qu’il existe des solutions modernes efficaces et accessibles pour une agriculture durable et performante.

Nous pensons que l’agriculture de demain doit être hybride : ni tout produit chimique, ni tout bio. Il faudra plusieurs formes d’agricultures pour nourrir les Européens, avec de nouveaux systèmes de financement, de nouveaux produits, des solutions pour améliorer la vie des sols, et aussi un peu plus de digital et de données pour mieux piloter au quotidien les choix des agriculteurs.