En Allemagne, les agricultrices rencontrent toujours des obstacles pour accéder aux fonds agricoles européens
Les Allemandes bénéficient généralement moins que les hommes des programmes de subvention de la Politique agricole commune (PAC), explique Juliane Vees, de l’Association allemande des femmes dans l’agriculture.
Les Allemandes bénéficient généralement moins que les hommes des programmes de subvention de la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne, explique Juliane Vees, de l’Association allemande des femmes dans l’agriculture.
Juliane Vees est la première vice-présidente de l’Association allemande des femmes dans l’agriculture. Elle s’est entretenue avec EURACTIV Allemagne sur la place des femmes dans l’agriculture en Allemagne.
« L’égalité des sexes, y compris la participation des femmes à l’agriculture » est l’un des dix principaux objectifs de la PAC à l’échelle de l’UE pour la période de financement 2023-2027. Cet objectif est également censé guider la mise en œuvre de la politique agricole au niveau des États membres, c’est-à-dire les plans stratégiques nationaux (PSN).
Le PSN de l’Allemagne, par exemple, définit l’« égalité des sexes » comme une question « hautement prioritaire ». Cependant, cela est plus facile à dire qu’à faire pour beaucoup, et de nombreux obstacles subsistent.
« Les obstacles sont plus importants pour les femmes dans la mise en œuvre sur le terrain », affirme Mme Vees, agricultrice dans l’État du Bade-Wurtemberg, qui suit la situation « depuis des années ».
Selon les données de 2020, 36 % des travailleurs du secteur agricole allemand sont des femmes, mais cela ne se traduit pas nécessairement par le pourcentage de celles qui reçoivent un financement.
Si des engagements existent sur le papier, l’association estime que le principal problème réside dans le fait que les programmes de soutien financier proposés par la PAC pour l’agriculture et les zones de développement rural ne sont souvent pas adaptés aux besoins et aux préférences des femmes.
Par exemple, les mesures de soutien, dont le volume financier est élevé, dissuadent souvent les femmes d’en profiter.
« Elles préfèrent commencer à un seuil plus bas et à une plus petite échelle et regarder ensuite si le projet fonctionne. Ce n’est qu’après cela qu’elles veulent passer à l’étape suivante », explique Mme Vees. Mais cette approche progressive n’est pas prévue dans la plupart des programmes, a-t-elle ajouté.
En raison du manque de sensibilisation et de services consultatifs adaptés, les femmes « ne pensent souvent même pas à déposer une demande » pour des programmes tels que le programme de soutien aux investissements agricoles (Agrarinvestitionsförderungsprogramms, AFP), qui favorise les investissements dans les machines, les nouvelles usines ou les mesures de modernisation, a indiqué Mme Vees.
Les hommes sont mieux placés
En outre, les aides à l’investissement et les autres subventions de la PAC passent souvent par le chef d’exploitation ou le propriétaire de l’exploitation, qui « est généralement un homme », a également souligné Mme Vees, ce qui signifie que les femmes ne sont généralement pas impliquées dans le processus, même si elles conçoivent et mettent en œuvre le projet final.
En Allemagne, les femmes ne géraient qu’une exploitation sur dix en 2021.
Les femmes « ne sont pas visibles sur le papier, elles ne peuvent pas déposer de demandes [parce qu’elles ne sont pas gestionnaires des exploitations], et les bénéfices et les avantages financiers qui en découlent finalement ne leur appartiennent pas », a-t-elle ajouté.
Le déséquilibre dans la gestion des exploitations signifie également que les femmes qui doivent quitter une exploitation familiale, par exemple à la suite d’un divorce, « repartent souvent sans rien ».
Pendant ce temps, la situation n’est guère meilleure pour la jeune génération. En effet, actuellement, seuls 14 % des exploitations sont transmises à des femmes dans le cadre d’une succession.
Dans sa lettre d’observation sur le PSN présenté par l’Allemagne, la Commission européenne a également souligné que l’Allemagne devait s’attaquer aux « différences de revenus entre les sexes » ou à « l’écart entre les sexes parmi les chefs d’exploitation, en particulier les jeunes agriculteurs ».
Formation et conseil
Selon Mme Vees, les écarts entre les sexes en matière de gestion agricole et de succession sont également dus à un manque de sensibilisation au problème.
Dans la plupart des cas, explique-t-elle, la décision de désigner l’homme comme gérant d’une exploitation familiale plutôt que la femme n’est pas prise consciemment mais il s’agit plutôt de quelque chose qui est considéré comme une évidence.
Pour s’attaquer à ce problème, les institutions publiques doivent prendre des mesures à plus grande échelle « pour donner plus d’informations aux femmes, mais aussi aux hommes », a-t-elle continué.
Selon son association, l’éducation et le conseil doivent être mieux adaptés aux femmes pour les aider à créer leur entreprise ou à se reconvertir dans l’agriculture. L’association milite également pour que les agriculteurs bénéficient de conseils familiaux, par exemple dans le cadre du pilier « développement rural » de la PAC.
Étant donné que l’Allemagne a déjà soumis son PSN au début de l’année, Mme Vees compte sur les Länder — les États fédéraux allemands — pour apporter les changements nécessaires, car ils peuvent jouer le rôle de régulateur décisif dans l’attribution des fonds.
« Nous espérons sincèrement que les États fédéraux iront plus loin dans la conception de leur deuxième pilier et accorderont plus d’attention à la question de l’égalité des sexes dans la PAC », a-t-elle souligné.
Quotas et prise de décision
L’association demande ainsi un quota de 40 % de femmes dans les comités de suivi pour l’attribution des fonds du programme LEADER pour le développement rural.
Les fonds LEADER sont alloués par l’intermédiaire de ce que l’on appelle les groupes d’action locaux sur le terrain, qui décident du type de projets régionaux qui seront subventionnés par les fonds européens.
« Nous constatons tout simplement que si les régions comptent trop peu de femmes dans les organes de suivi, les domaines thématiques et les zones qui reçoivent des subventions dans le cadre du programme LEADER sont également naturellement plus dominés par les hommes », a expliqué Mme Vees.
Bien qu’elle ait progressé dans la bonne direction en matière d’égalité des sexes, la PAC est encore loin d’avoir atteint son plein potentiel, a également déclaré Mme Vees.
« L’égalité sur le papier, c’est bien joli, mais il faut maintenant la mettre en œuvre. Sinon, l’exode rural des jeunes femmes s’intensifiera », a-t-elle conclu.