Pologne : à l’approche de la présidentielle, la colère des agriculteurs monte contre le Green Deal européen
La colère reste vive dans les campagnes polonaises concernant le Green Deal. À l’approche du scrutin présidentiel de dimanche, les agriculteurs comptent bien faire entendre leur opposition aux politiques climatiques défendues par certains responsables politiques.
Alors que le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) de la Commission européenne perd de sa vigueur à Bruxelles, la colère reste vive dans les campagnes polonaises. À l’approche du scrutin présidentiel de dimanche 18 mai, les agriculteurs comptent bien faire entendre leur opposition aux politiques climatiques défendues par certains responsables politiques.
Un mouvement d’extrême droite en plein essor fait les gros titres à l’approche du scrutin de ce week-end, transformant le Green Deal de Bruxelles en cri de ralliement dans les circonscriptions rurales, qui sont les principaux champs de bataille de la campagne électorale.
Karol Nawrocki, candidat en deuxième position du parti d’extrême droite Droit et Justice (PiS), a même promis un référendum irréaliste sur la stratégie climatique, mettant en garde contre une menace existentielle pour les campagnes.
Les élections européennes de l’année dernière ont envoyé un signal clair : les agriculteurs polonais votent de plus en plus à droite — pas moins de 61,9 % d’entre eux ont voté pour le PiS, le parti ultra-conservateur de la Confédération obtenant pour sa part 15,5 % des voix.
« Personne ne devrait me dire comment cultiver la terre, je l’ai fait toute ma vie », a confié Marek Czaplinski, un producteur laitier, à Euractiv lors d’une visite organisée par la Commission européenne le mois dernier dans la campagne polonaise.
Les politiques du Green Deal ont indubitablement laissé une trace dans les districts ruraux de Pologne, comme celui de Marek Czaplinski. Et ce même si le bras agroalimentaire de l’initiative — la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork) — a finalement eu une portée bien moindre que prévu. En effet, pour certains, le renforcement des règlementations écologiques dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) en 2021 est allé trop loin.
Bruxelles a assoupli certaines des exigences environnementales de la PAC à la suite d’une vague de protestations dans l’ensemble de l’Union européenne et, cette semaine, la Commission a dévoilé un autre paquet de mesures de « simplification » — signe du recul politique sur le Green Deal.
Un fossé entre Bruxelles et les réalités rurales
Mais pour les agriculteurs, le problème ne se limite pas aux contraintes règlementaires. C’est toute une vision technocratique qui leur semble déconnectée de leur quotidien.
« Vous avez fait une très mauvaise communication autour du Green Deal », a lancé Robert Gizinski, producteur de pommes, aux représentants de la Commission, en plein cœur de son verger à Nacpolsk.
Christophe Hansen, commissaire européen chargé de l’Agriculture, est bien conscient du défi que cela représente pour la politique agricole.
« Ce n’est pas pour rien que nous n’avons pas mis ces deux mots dans la Vision [pour l’agriculture européenne] », a-t-il expliqué au Parlement au début de l’année, s’engageant à poursuivre sur la voie des incitations plutôt que des obligations.
Le commissaire, dans sa première année de mandat, multiplie les visites de fermes dans tous les pays membres afin de reconnecter Bruxelles avec ceux qui nourrissent l’Europe.
Malgré leur opposition aux politiques actuelles, peu de producteurs nient la réalité du changement climatique et la nécessité d’agir.
« Nous voulons prendre soin de nos ressources, elles sont destinées aux générations futures », a déclaré Marek Czaplinski en montrant une photo de ses petits-enfants.
Mais une autre inquiétude pèse sur le secteur : la relève manque car les jeunes délaissent les champs. Marek Gizinski, lui, espère encore convaincre l’une de ses filles de reprendre l’exploitation familiale. « La plus jeune veut devenir YouTubeuse ou TikTokeuse », dit-il en riant, se décrivant comme un « dinosaure en voie de disparition ».
Les jeunes agriculteurs européens réclament depuis longtemps une stratégie sur le renouvellement des générations, ce à quoi la Commission a promis de répondre cette année.
Importations ukrainiennes
Autre point de tension : les avantages commerciaux accordés par l’UE à l’Ukraine depuis l’invasion russe de 2022.
Les agriculteurs polonais sont descendus à plusieurs reprises dans la rue pour protester contre l’afflux de produits agricoles bon marché — en particulier les céréales — en provenance de la puissance agricole ukrainienne. Et l’éventualité d’une adhésion de Kiev à l’UE nourrit les inquiétudes dans un secteur déjà sous pression.
Les exemptions de droits de douane et de quotas pour l’Ukraine expirent le 5 juin, et Bruxelles marche sur des œufs lorsqu’il s’agit de décider de la marche à suivre après cette date.
Bruxelles réfléchit à un retour aux restrictions d’avant-guerre — une décision lourde de conséquences pour l’Ukraine, mais politiquement sensible dans le pays agricole qu’est la Pologne.
Qu’il s’agisse du commerce avec l’Ukraine ou du Green Deal, les agriculteurs polonais estiment avoir déjà payé un lourd tribut. Le verdict des urnes, dimanche, dira si leur colère pèse autant que leurs récoltes.
Aleksandra Krzysztoszek a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]