Il faut donner à l’Ukraine le « levier » dont elle a besoin, selon le ministre lituanien des Affaires étrangères

Ne pas donner à l’Ukraine le soutien dont elle a besoin pour se défendre contre l’invasion russe entraînera un coût plus élevé pour tout le monde, y compris les pays européens. C’est ce qu’a confié à EURACTIV le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis.

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NATO Informal Meeting of Foreign Ministers
Gabrielus Landsbergis a récemment appelé l’OTAN à envisager l’envoi de troupes en Ukraine en raison de l’implication possible de l’armée de la République populaire démocratique de Corée dans la guerre du côté russe. [EPA-EFE/Hanna Johre ]

Ne pas donner à l’Ukraine le soutien dont elle a besoin pour se défendre contre l’invasion russe entraînera un coût plus élevé pour tout le monde, y compris les pays européens. C’est ce qu’a confié à EURACTIV le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis.

Faisant écho à ses remarques formulées lors d’un forum sur la politique étrangère la semaine dernière à Santander, Gabrielius Landsbergis s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles l’Ukraine n’a pas reçu tout le soutien dont elle avait besoin pour remporter la victoire.

« Soit la situation n’était pas considérée comme suffisamment grave […], soit on craignait ce qu’il se passerait avec la Russie si nous donnions à l’Ukraine un levier suffisamment important, que l’effet se révélait efficace et qu’une puissance nucléaire perdait une guerre qu’elle avait déclenchée », avait déclaré M. Landsbergis.

« Si [cette crainte] constitue le moteur d’une politique visant à ne pas donner un levier majeur à l’Ukraine, alors nous entrons dans un nouveau chapitre dans lequel “le pouvoir a raison”, c’est un monde très dangereux », avait-il ajouté.

Ces commentaires sont intervenus après que certains observateurs ont remis en question les progrès de l’Ukraine dans sa contre-offensive contre la Russie, les espoirs d’une percée rapide au cours de l’été s’étant révélés trop optimistes face aux défenses russes solidement implantées.

M. Landsbergis a poursuivi en affirmant qu’il s’agissait là de sa principale préoccupation et qu’une pression « injustifiée » s’exerçait désormais sur Kiev.

« Lorsque nous nous préparions pour le sommet de l’OTAN de juillet à Vilnius, il semblait que la voie [de la contre-offensive] était toute tracée, que nous enverrions ce dont nous disposons et que nous attendrions un miracle de la part de l’Ukraine », a expliqué M. Landsbergis.

Si les Ukrainiens « ne parviennent pas à agir assez vite, certains pourraient dire : “dommage, ils doivent négocier désormais”. Nous ne pouvons pas nous laisser prendre au piège », a-t-il poursuivi.

M. Landsbergis a toutefois souligné que les Ukrainiens avaient montré qu’ils avaient la capacité de gagner cette guerre.

« Nous devons expliquer que si l’Ukraine ne gagne pas, le coût sera plus élevé — et ce pour tout le monde. Il en coûtera à l’Arménie, à la Moldavie, à l’Ukraine, à la Géorgie, et peut-être même à nous, Baltes et Polonais », a précisé M. Landsbergis.

Lorsqu’on lui demande s’il est convaincu que l’unité de l’UE sur l’Ukraine se maintiendra, M. Landsbergis répond que « l’unité se maintient généralement lorsqu’il y a un leadership ».

Alors que les pays du flanc oriental se sont naturellement exprimés avec franchise, « il est nécessaire que les grands alliés européens continuent à porter le drapeau et l’unité se formera alors comme par le passé », a-t-il ajouté.

Les ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense examinent actuellement une proposition du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, visant à inscrire le soutien européen à Kiev dans la durée, après plus d’un an d’efforts déployés pour répondre à l’invasion russe.

La proposition consiste à fournir jusqu’à 5 milliards d’euros par an au cours des quatre prochaines années pour répondre aux besoins de l’Ukraine en matière de défense, en créant une section spécifique dans le cadre de la facilité européenne pour la paix (FEP).

Interrogé sur la possibilité que les projets de l’UE impliquent une puissance de feu financière suffisante, M. Landsbergis a déclaré qu’un tel « engagement rendrait le soutien européen à l’Ukraine plus stratégique, de sorte que [les Ukrainiens] puissent planifier le type d’équipement militaire dont ils pourraient disposer ainsi que ce qu’il leur serait nécessaire d’avoir, à quel moment et à quel endroit ».

Contournement des sanctions

« Ce qui nous inquiète le plus, ce sont les équipements à double usage destinés à l’Asie centrale et immédiatement expédiés en Russie », a déclaré M. Landsbergis.

« Nous constatons de plus en plus de contournements [des sanctions] qui aident la Russie. Dans presque tous les pays, nous observons une augmentation des exportations vers l’Asie centrale ou le Caucase du Sud », a-t-il ajouté.

« Pour nous, il s’agit d’un problème parce que presque tout ce qui est transporté par voie terrestre passe par les pays baltes ou la Pologne — c’est inquiétant, et nous aimerions que ce problème soit résolu afin qu’il ne retombe pas uniquement sur nos épaules », a-t-il expliqué.

Selon M. Landsbergis, ces failles pourraient être comblées en appliquant une solution similaire à celle utilisée lorsque l’UE a imposé des restrictions aux Russes voyageant en Europe l’année dernière après l’invasion de l’Ukraine par son pays voisin.

« Si, au niveau régional — à l’échelle de la Pologne et des pays baltes —, nous pouvions nous mettre d’accord pour restreindre le transit des biens à double usage par nos pays », les contournements seraient limités « de manière assez importante ».

« La pression sur les autres pays qui utilisent nos territoires pour exporter des biens à double usage s’en trouverait accrue », a-t-il poursuivi.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]